« La vie doit renaître en Haïti »
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« La vie doit renaître en Haïti »

photos : Guillaume AUBERTIN

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Pour Paul Nixon, « l'avenir du pays est trop incertain » (photos d'archives)

Chaque matin, Robert Céliné livre son point de vue sur Radio Caraïbes, la plus ancienne radio haïtienne. La misère qui persiste, la corruption au gouvernement, l'inefficacité des ONG, et le mince espoir d'un peuple qui n'a plus rien à perdre en vue du second tour des élections... Entretien sans langue de bois avec l'un des journalistes les plus célèbres du pays.

Tous les Haïtiens le connaissent sous le diminutif « Bob » . Un pseudo qui lui colle à la peau « depuis le coup d'État et l'exil d'Aristide » . « À l'époque, il fallait que les journalistes se protègent » , explique-t-il au bout du fil. Aujourd'hui, Robert Céliné est l'un des hommes les plus écoutés du pays.
Outre ses chroniques quotidiennes sur Radio Caraïbes, il collabore aussi avec la télévision locale et de nombreuses radios implantées à l'étranger (dont Radio Mosaïque), très suivies par l'importante diaspora haïtienne. Son discours est sans équivoque : alors qu'Haïti commémore aujourd'hui le séisme qui a frappé l'île il y a un an, lui dénonce « la plus grande misère » dans laquelle vivent encore les sinistrés Haïtiens.
Un après le séisme, la situation a-t-elle changé en Haïti ?
Non, pas du tout. On peut même dire que c'est pire qu'avant. Les gens continuent à vivre dans la plus grande misère. Haïti vivait déjà dans une pauvreté extrême avant, mais le tremblement de terre a vraiment tout détruit. Le séisme de 1741 n'a sans doute pas été aussi meurtrier. Mais aujourd'hui, c'est toujours la même chanson, le gouvernement pense à ses propres intérêts et continue de mépriser la population.
Peut-on parler de reconstruction ?
Rien n'a changé. On vit dans l'incertitude. La population vit toujours dehors, les écoles qui ont presque toutes étaient détruites à Port-au-Prince ne fonctionnent qu'à capacité réduite. Les parents sont aux abois et n'ont pas les moyens de scolariser leurs enfants.
Des enfants innocents qui, la plupart du temps, sont mal nourris.
Le soutien des ONG est-il efficace ?
(Rires) Les ONG sont effectivement présentes... sur le plan symbolique. Mais malheureusement, elles ne répondent pas aux besoins de la population. Elles fonctionnent sans aucun contrôle. Certaines continuent à se faire du beurre sur la misère des gens en étant associées avec des personnes malveillantes au pouvoir, et contribuent aussi au blanchiment d'argent. Sincèrement, on entend parler de grands chiffres, mais il y a beaucoup de mensonges.
La population peut-elle trouver du travail pour s'en sortir ?
C'est difficile de trouver un emploi mais le peuple haïtien est courageux et résistant. Ceux qui ont perdu leur maison ou leur commerce essaient de refaire surface pour répondre aux besoins de leur famille. C'est plus facile pour les chauffeurs par exemple, ou les informaticiens, mais c'est toujours mieux de connaître des gens. Après, on vit à la merci de la communauté internationale, et des familles qui nous soutiennent depuis l'étranger. Même si tous les Haïtiens n'ont pas la chance d'avoir des proches pour se faire envoyer de l'argent.
Comment les Haïtiens appréhendent-ils le second tour des élections, si celui-ci a bien lieu un jour ?
C'est toujours la confusion. La crise électorale a tout bousculé au pays. Des gens faibles ont été manipulés. Mais les observateurs de l'Organisation des États d'Amérique (OEA) ont mis en avant les preuves d'irrégularité du 1er tour. Le candidat du gouvernement au pouvoir, Jude Célestin, devrait donc être éliminé du second tour, au profit de Mirlande Manigat et Michel Martelly (lire également en page 10, ndlr). C'est à la commission électorale de le décider.
Le président Préval, lui, s'exprimera après les commémorations du 12 janvier. Mais la population a besoin de changement.
Y a-t-il toujours de l'espoir ?
Je le disais encore à l'antenne ce matin (hier) : la vie doit renaître. Tout n'est pas fini. Aujourd'hui, le peuple doit s'engager à reprendre sa vie en main malgré la douleur et la souffrance. Haïti a déjà a connu des grandes luttes comme lors de notre indépendance. Je le répète tout le temps à mon peuple : « Réveillez-vous! »
« C'est toujours le chaos »
Nous l'avions rencontré deux semaines après la catastrophe. Aujourd'hui, Paul Nixon (dont le grand frère, Italien Etzer, est installé en Guyane) vit toujours « dans la peur » , à Carrefour. Et se dit « très inquiet » pour l'avenir de son pays.
Il ne dort plus « dans la rue, à la belle étoile » . Rencontré deux semaines après la catastrophe, Paul Nixon vit aujourd'hui « dans une petite maisonnette à Carrefour » . À l'époque, il expliquait être au chômage forcé. L'établissement dans lequel il intervenait en tant que professeur d'anglais n'a pas résisté au séisme.
Depuis, sa situation n'a guère évolué. Du travail, il n'en a toujours pas. Il a, certes, « la chance » d'avoir un toit « depuis huit mois » , mais les conditions dans lesquelles il vit en périphérie de la capitale, avec son frère et sa femme, restent des plus spartiates. « C'est vraiment difficile pour tout le monde, raconte-t-il au téléphone. Surtout en centre-ville où des milliers de personnes n'ont rien du tout » .
Comme la plupart des Haïtiens, Paul Nixon vit toujours « dans la peur » . « En un an, rien n'a changé, constate-t-il. C'est toujours le chaos » .
Selon lui, « la vie est même devenue plus compliquée » , avec l'apparition du choléra, et le paludisme. « Les gens se demandent ce qu'il va arriver, si ça va être la fin du monde! Les Haïtiens n'ont pas tous des familles en dehors du pays qui peuvent les aider, poursuit-il. Alors qu'il vaut mieux compter sur la diaspora plutôt que sur le gouvernement ou les ONG » .
Hier, Paul Nixon évoquait aussi la « situation dramatique » qui touche les camps de sinistrés, comme au Champ de Mars, situé en face du Palais présidentiel. « Les conditions d'hygiène sont désastreuses, il n'y a rien pour les ordures, pas de toilettes, et on voit de plus en plus de maladies... Alors les gens manifestent, contre la conjoncture, contre les élections, et contre ces conditions de vie indignes » . Un an après le tremblement de terre, il se dit « très inquiet » pour Haïti. « L'avenir du pays est trop incertain, confie-t-il. Et maintenant, on a peur des résultats du second tour des élections... »
REPÈRE Commémorations en Guyane
Une messe de commémoration du séisme est organisée aujourd'hui en l'église de Mirza, à Cayenne, aujourd'hui à 18 heures.
 
Le collectif Séisme Haïti organise aussi à Saint-Laurent, à partir de 19 heures sur la place du marché, une manifestation intitulée « Pa blié Ayiti chérie » , où seront diffusés de nombreux clips et témoignages en hommage aux victimes du séisme.
Les dons guyanais enfin arrivés !
Un an. C'est le temps qu'il aura fallu aux dons récoltés auprès des Guyanais pour rejoindre Port-au-Prince après le tremblement de terre. Les huit containers remplis de vêtements, denrées, et de matériaux de construction (avec un kit de boulangerie) sont bel et bien arrivés dimanche en Haïti, d'après Serge Occean, le président du Collectif Séisme Haïti 2010. Une petite délégation devrait se rendre sur place dans les jours prochains pour assurer la coordination de la distribution. « Il n'y aura pas de distribution individuelle » , insiste Serge Occean. On va s'en occuper avec les associations sur place répertoriées au niveau local pour faire les choses sérieusement » . Les quelque 6 000 euros récoltés en numéraires (et versés sur un compte bancaire) serviront aux dépenses logistiques. Daniel Ferey fera aussi le voyage, du 8 au 10 février, pour remettre symboliquement les clefs des containers. Longtemps bloqués au camp du Tigre à Cayenne, les dons n'avaient pu partir qu'au mois de décembre, grâce à l'intervention du préfet. Lequel avait alors débloqué « 50 000 euros auprès du ministère de l'Outre-mer » pour financer le transport.
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Pour Paul Nixon, « l'avenir du pays est trop incertain » (photos d'archives)
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