Admiral T et Kalash : « libres mais fatigués »
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ANTILLES - PARIS

Admiral T et Kalash : « libres mais fatigués »

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En haut, de gauche à droite : Me Arneton, Me Michel-Gabriel, Admiral T, Kalash et Me Ramaël (Rébecca Marival)
En haut, de gauche à droite : Me Arneton, Me Michel-Gabriel, Admiral T, Kalash et Me Ramaël (Rébecca Marival)

Les deux chanteurs de ragga dancehall ont été libérés samedi soir, mais sont maintenus sous contrôle judiciaire. Une enquête a été confiée à un juge d'instruction. Retour sur l'affaire.

C'est libres, mais placées sous contrôle judiciaire, que les deux vedettes de ragga dancehall Admiral T et Kalash sont ressorties du tribunal de grande instance de Paris, samedi peu après 23 heures (heure de Paris). Auparavant, ils ont été auditionnés par le juge Madre qui leur a signifié leur mise en examen pour violences aggravées. Ainsi se sont achevées ces quarante-huit heures de garde à vue et cette journée d'audience au tribunal de Paris où l'on devait juger les deux garçons samedi. Le tribunal a ordonné l'ouverture d'une information judiciaire qui a été confiée au juge d'instruction, M. Madre. Il lui reviendra d'entendre les témoins (un voisin d'immeuble, un pompier, un restaurateur...), d'examiner les bandes de vidéo surveillance et la séquence filmée par Jessica Campbell, l'épouse d'Admiral T, sur son smartphone. Le juge Madre devra aussi examiner la plainte déposée par les avocats des deux artistes (Mes Ramaël, Arneton et Michel-Gabriel) pour abus d'autorité et violences policières. L'instruction peut prendre désormais plusieurs mois et aboutir à un nouveau renvoi devant un tribunal correctionnel ou un non-lieu.
POLICIER EN CIVIL, MAIS PAS EN SERVICE
Jeudi 13 novembre vers 2 heures, Admiral T, Kalash et Jessica Campbell sont au bas de l'immeuble qu'ils occupent le temps de leur promotion parisienne, rue des Taillandiers (parallèle à la rue Keller, particulièrement surveillée car c'est là que se trouve la résidence de la compagne du Premier ministre). Kalash et Admiral T s'amusent et Jessica les filme avec son portable. Si la prévention parle d'ivresse manifeste des deux hommes, ceux-ci l'ont contestée samedi soir, Me Arneton évoquant même une manoeuvre pour « maquiller des violences policières » . S'estimant gêné par le bruit, M. B., voisin dans l'immeuble, est descendu avec dans l'idée de faire cesser le chahut, fort de se savoir investi de la puissance publique (s'il est bien un fonctionnaire de police, M. B. n'était pas en service). C'est ainsi qu'il aurait interrogé Jessica Campbell sur les faits avant de jeter au sol son téléphone, provoquant la réaction immédiate de Kalash. Il aurait alors balancé coups de pied et coups de poing sur M. B. avant de le projeter au sol. Ce dernier aurait alors appelé des collègues en renfort : un homme et une femme, en service, eux.
Mais ça ne se serait pas bien passé puisque Admiral T et Kalash auraient giflé l'homme, lui arrachant sa radio et ses lunettes, projeté la fonctionnaire au sol, non sans l'avoir frappée et insultée ; Kalash ayant même dit à cette dernière : « Sale pute, va te faire enculer. Tu n'appelleras pas de renforts. » Des renforts sont finalement intervenus, ont maîtrisé les deux hommes qu'ils ont conduits au poste.
Les trois avocats de la défense devant la porte de la 23e chambre du tribunal correctionnel, encerclés par les journalistes (FXG)
Les trois avocats de la défense devant la porte de la 23e chambre du tribunal correctionnel, encerclés par les journalistes (FXG)
FXG, à Paris
« Flicaille » contre « négraille »
Certains résument l'histoire à un fait divers banal où un voisin, parce que flic en civil, croit être investi de l'autorité nécessaire pour faire seul la police avec des gens qu'il a pris pour des racailles, simplement parce qu'ils sont noirs : « Sé flic kont neg » , a-t-on entendu samedi dans les couloirs du palais.
Eu égard à la personnalité d'Admiral T, considéré comme un étendard et un modèle pour la jeunesse antillaise, et au regard du nombre de personnes venues soutenir les deux artistes au tribunal, la situation était sensible. D'ailleurs, dès samedi soir, Eli Domota et l'UGTG ont « condamné avec la plus grande fermeté les intimidations, provocations et agressions dont ont été victimes » les deux artistes. Au niveau gouvernemental aussi, on a été attentif à l'évolution du dossier, craignant des risques de débordement et des troubles à l'ordre public. Mais l'annonce de la libération des deux garçons, « fatigués mais soulagés » , samedi soir, a permis de faire retomber la pression. C'est aujourd'hui que sort le 5e album d'Admiral T, I am Christy Campbell, avec un concert prévu le 11 décembre au dernier étage de la tour Montparnasse.

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