Coupe du monde : la FIFA impose à Haïti de modifier son maillot jugé « politique »
À quelques jours de son retour historique à la Coupe du monde après plus d’un demi-siècle d’absence, la sélection haïtienne se heurte à la stricte réglementation de la FIFA. L’équipementier des Grenadiers a dû revoir sa copie dans l’urgence, l’instance internationale jugeant le design initial porteur d’un message politique.
C’est une douche froide administrative qui vient court-circuiter l’euphorie sportive. Alors qu’Haïti s’apprête à disputer sa première phase finale de Coupe du monde masculine depuis cinquante-deux ans, les joueurs ne fouleront pas les pelouses américaines avec la tenue originellement validée. La FIFA a exercé son droit de veto, forçant l’équipementier officiel de l’équipe, la marque colombienne Saeta, à produire un maillot alternatif. Le refus, acté mardi soir par un communiqué de Saeta, repose sur l’interprétation du règlement de la FIFA concernant les équipements. Sans préciser explicitement quels motifs visuels ont posé problème, la marque a indiqué que l’instance internationale estimait que certains éléments pouvaient s’apparenter à une déclaration politique. Une intention que l’équipementier réfute. Conçue en étroite collaboration avec la Fédération haïtienne de football au terme de plusieurs mois de développement, la tenue visait à célébrer « la fierté, la résilience et l’esprit du peuple haïtien ». L’objectif affiché était de rendre hommage aux citoyens qui soutiennent l’avenir du pays, loin de toute revendication militante. Le couperet est pourtant tombé lors de la procédure d’approbation standard, obligeant la sélection à revoir ses plans à la dernière minute.
L’identité culturelle haïtienne régulièrement questionnée
Cet incident n’est pas un cas isolé : il s’inscrit dans une séquence où l’expression de l’identité haïtienne crispe de manière récurrente les autorités sportives internationales. En février 2026 déjà, lors des Jeux olympiques d’hiver, le Comité international olympique (CIO) avait exigé de la créatrice italo-haïtienne Stella Jean de masquer le visage de Toussaint Louverture sur les uniformes de la délégation, invoquant ses règles contre la propagande politique. Quelques mois plus tôt, ce sont les tenues portées par les Grenadiers lors des éliminatoires qui avaient suscité le débat. Leurs motifs géométriques avaient été interprétés par de nombreux observateurs comme des « vèvè », ces symboles sacrés tracés lors des cérémonies vaudoues, soulevant la question épineuse de la frontière entre héritage spirituel et neutralité exigée par les fédérations.
Urgence logistique à la veille du premier match
Sur le terrain, ce recadrage administratif se transforme en casse-tête logistique. Actuellement en stage de préparation à l’université de Stockton (New Jersey), l’équipe dirigée par Thecieux Jeanty n’a plus le droit à l’erreur. Haïti entrera en lice face à l’Écosse le 13 juin à Boston, avant de défier le Brésil le 19 juin à Philadelphie, puis le Maroc le 24 juin à Atlanta. Ce veto complique également la tâche de Saeta sur le plan commercial. Partenaire historique venu au secours de la sélection après le séisme dévastateur de 2010, l’équipementier peinait déjà à absorber l’explosion de la demande générée par cette qualification inespérée. Ce retard de production imprévu laisse désormais le champ libre à un marché parallèle florissant, où les supporters se tournent vers des produits non officiels pour afficher leurs couleurs.

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