Munis de ballons roses, la couleur préférée de Yann, famille, amis, élus et anonymes se sont réunis pour rendre un dernier hommage au jeune homme en défilant dans les rues de Cayenne. Ses proches avaient revêtu un tee-shirt à son effigie. Une photo d'un Yann souriant, insouciant, choisie par sa mère. Et ce nom : Dr Yann Crik Crak. « Il avait beaucoup de surnoms. Mais celui-là, c'était son pseudo facebook » , confie Auriane, sa meilleure amie, qui a du mal à dissimuler le chagrin qui la ronge. « Au début, je ne pouvais pas croire à sa mort. Et puis j'ai vu son corps avant les funérailles. Ou plutôt, j'ai vu quelqu'un couché dans un cercueil, quelqu'un qui ressemblait à Yann mais pour moi, ça ne pouvait pas être lui, souffle-t-elle. Quand j'ai finalement réalisé, ça a été le choc. Heureusement, je suis très entourée. Mes amis m'empêchent d'avoir des idées noires. Mais c'est très dur. Yann et moi étions inséparables depuis six ans. Il était comme mon frère, il veillait sur moi. Il était toujours souriant, heureux de vivre... et trop serviable aussi. » « À 14 ANS, ILS ONT TOUS DES ARMES »
En tête de cortège, Raynald et Royann dépeignent le même Yann. Un jeune homme « gentil » , « souriant » et « apprécié » . Ils s'étaient rencontrés au lycée Damas, à Rémire-Montjoly. « On formait un trio, on était très proches. Quand on a appris sa mort, on s'est effondré. » Les deux amis portent une banderole flanquée de ces quelques mots : « Trop violence. An nou reagi » Royann lâche : « On en a marre de cette violence. C'est notre quotidien. On sait que cette marche ne changera rien mais on espère au moins que le message passera. On aurait aimé organiser une opération « déposez les armes » mais on sait que les jeunes n'y participeraient pas. À 14 ans, ils ont tous des armes. C'est une mode. Ils pensent que la violence résout tout. » Raynald intervient : « Le problème c'est que c'est trop facile de s'en procurer. Les armes entrent par le Suriname et le Brésil et beaucoup de gens en font un business. » « Yann, c'est la goutte d'eau, glisse Marie-Eugénie Tabélé, porte-parole du collectif Tròp Violans, qui s'est joint à l'organisation de la marche. On nous annonce de nouvelles mesures de sécurité (les proviseurs de l'Ile de Cayenne étaient réunis en Région vendredi, ndlr). Mais on ne parle pas de délais. On veut des dates, du concret, des informations précises. Et on veut que les jeunes soient associés à cette réflexion. Ce sont eux les premiers concernés. » « ARRÊTER DE PENSER POUR NOUS »
Et justement. Parmi les jeunes réunis hier, on trouvait plusieurs représentants du collectif Jeunesse. Comme Michel, 18 ans. « On a créé ce mouvement en novembre, explique-t-il, pour mettre la jeunesse en avant. On a décidé de se lever et de dire aux élus d'arrêter de penser pour nous. On est capable de penser par nous-mêmes, écoutez-nous. » Même s'il n'avait jamais rencontré Yann, Michel se devait d'être là. « On en a marre que les jeunes se fassent tuer pour se faire voler leurs affaires. J'ai entendu un commissaire de police dire que c'était de notre faute tout ça, parce qu'on avait des bijoux ou de beaux téléphones portables. C'est n'importe quoi. On attend quoi pour réagir ? » Prenant la parole après la marche, la jeune Morgane, elle aussi membre du collectif Jeunesse, va plus loin : « On parle beaucoup de la responsabilité des élus mais nous sommes tous fautifs. La violence n'est pas que physique, elle est aussi verbale et morale. Quand on insulte un camarade pour lui dire bonjour par exemple. La violence passe par des petits gestes qu'on banalise. Et tout le monde doit prendre ses responsabilités. » Plus de photos sur www.franceguyane.fr ILS ONT DIT
Marie-Laure Phinéra-Horth maire de Cayenne : On ne doit pas baisser les bras
Je suis fière de l'initiative du collectif Jeunesse, qui montre une prise de conscience. Je ne suis pas de cette génération mais à l'école, quand une fille me toisait, je ne pensais pas à aller chercher une arme. Il faut arrêter, poser les armes et réfléchir. Quand on prend la vie de quelqu'un, on ne peut pas la lui rendre.
Il faut qu'on organise un séminaire, qu'on se mette tous autour d'une table : les jeunes et les élus. On ne doit pas baisser les bras.
Antoine Karam sénateur de Guyane : Ce n'est pas une fatalité mais j'ai très peur de l'effet spirale
C'est une excellente initiative prise par les jeunes Guyanais qui ont considéré qu'il était important de manifester pacifiquement contre toutes les violences.
Il faut recréer un forum citoyen où tout le monde pourra se retrouver : les élus, les policiers, les gendarmes, le préfet, les jeunes, les familles. On doit organiser des états généraux contre la violence en Guyane. Ce n'est pas une fatalité mais j'ai très peur de l'effet spirale.
Gabriel Serville député-maire de Matoury : Se poser les vraies questions
La démarche des jeunes est salutaire mais les jeunes qui auraient dû entendre ce message ce matin ne sont pas là. Et au-delà de cette marche, il va falloir qu'on se retrouve pour se poser les vraies questions. Il faudra du temps pour éradiquer ce phénomène mais il faut bien commencer un jour. À Matoury, on a des conseils citoyens mais les jeunes sont réticents à participer, ils ne font plus confiance à la classe politique. Il va pour tant falloir réunir tout le monde.
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