Tapouilles illégales : une omniprésence record
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PECHE CLANDESTINE

Tapouilles illégales : une omniprésence record

Gaëtan Tringham (g.tringham@agmedias.fr)
Quatre embarcations clandestines vues en train de se diriger à l'intérieur des eaux guyanaises ce 23 septembre au large de la réserve naturelle de l'Amana.
Quatre embarcations clandestines vues en train de se diriger à l'intérieur des eaux guyanaises ce 23 septembre au large de la réserve naturelle de l'Amana. • WWF GUYANE / CLÉMENT VILLIEN

 Lors de son dernier survol des côtes guyanaises, la WWF Guyane a recensé 29 bateaux de pêche clandestins en  seulement 2 h 30. Jamais autant n’avaient été identifiés lors de ces missions. Le constat au niveau de la faune sous-marine est plus alarmant encore. 

 C’est un triste record, à nouveau battu sur le front de la pêche clandestine. 29 tapouilles étrangères illégales ont été recensées entre Kourou et la frontière du Suriname. Le tout en seulement 2 h 30 de survol. Un décompte pire encore que celui réalisé l’année dernière. En octobre 2021, nous avions accompagné la WWF lors d’une même mission et le constat était déjà un récord. À l’époque, 25 tapouilles avaient été clairement identifiées.

Carte de survol et synthèse des observations effectuées par la WWF Guyane ce 23 septembre • WWF Guyane
En ce qui concerne la faune observée, le bilan est alarmant. « Pour la première fois, lors d'un tel survol, nous n'avons observé aucun dauphin de Guyane, ni aucune tortue marine… », relate la WWF Guyane. Seules des raies manta, et une dizaine d’entre elles, ont été vues depuis les airs. « C’est un signe très inquiétant, mais pas surprenant vu le déploiement de filets maillants. Ces efforts de pêche sont complétement démesurés par rapport aux capacités de renouvellement des ressources », juge Laurent Kelle, responsable du bureau WWF Guyane. En octobre 2021, un banc de dauphin de Guyane ; trois tortues ; une raie Manta, et une raie léopard avaient pu être recensées. Un bilan déjà bien mince face à la densité impressionnante de navires de pêche illégaux.

Autre observation : un filet immense, d’au moins 8 km de long, a été observé au cours de ce survol. L’année dernière, les plus grands d’entre eux dépassaient tout juste les 4 km…

Un sentiment d'impunité ?
Autre fait inquiétant, les tapouilles se rapprochent du centre littoral de la Guyane. Pour la première fois, elles ont été surprises à moins de 20 km du Centre spatial guyanais... à plus de 120 km de la frontière surinamaise. « Cela dénote que le risque d’être interpellé est faible pour eux, même aussi loin dans les eaux territoriales françaises », estime encore Laurent Kelle. « des campagnes de pêche sont organisées pour aller toujours plus loin. Cela devient un problème pour le centre et plus uniquement pour les zones frontalières », continue-t-il.

Embarcation observée en pleine action de pêche. Ceux à bord ne semblent pas très préoccupés. • WWF Guyane / Clément Villien

En ce qui concerne le dispositif de lutte contre la pêche illégale. Il reste « insuffisant », pour la WWF. Il est « évident et urgent de repenser les moyens de lutte avec des moyens nautiques légers en zones frontalières, capables de se déployer rapidement. » Développer une approche bilatérale claire avec les pays voisins, et notamment le Suriname, apparait à présent comme une nécessité.

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