Handi’Cap sur l’Amazonie : premier bilan d’un défi au grand cœur
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Handi’Cap sur l’Amazonie : premier bilan d’un défi au grand cœur

Samuel Reffé (s.reffe@agmedias.fr)
Arrivée le 28 janvier en Guyane, l'équipe de Handi'Cap Amzonie est notamment portée par Yann Jandot, paraplégique et ambassadeur de l'accessibilité, ainsi que l'aventurier Arnaud Chassery.
Arrivée le 28 janvier en Guyane, l'équipe de Handi'Cap Amzonie est notamment portée par Yann Jandot, paraplégique et ambassadeur de l'accessibilité, ainsi que l'aventurier Arnaud Chassery. • ASSOCIATION ALOPIAS

 Depuis le 28 janvier, l’aventurier Arnaud Chassery et Yann Jondot, paraplégique et ambassadeur national de l'accessibilité, sillonnent les communes isolées du territoire dans le cadre du projet Handi'Cap sur l'Amazonie. Un défi sportif et solidaire, qui promeut les initiatives pour une meilleure accessibilité.

  
« L’handicap est sans frontières. Il a des différences, mais ces différences sont nos forces ». Après s’être rendu à Saül, Camopi, Saint-Laurent ou encore sur les Îles du Salut, l’ambassadeur national de l’accessibilité Yann Jondot résume ainsi son leitmotiv, partagé par une quarantaine de bénévoles depuis le 28 janvier. Avec Handi'Cap sur l’Amazonie, il a réalisé une série de défis sportifs et de visites en Guyane pour rendre compte des initiatives locales destinées à faciliter l’insertion sociale des personnes en situation de handicap. Un séjour ponctué d'échanges, de recontres, et d'actions de sensibilisation.

Différentes actions ont été menées depuis le 28 janvier par l’association Alopias, fondée par l'explorateur Arnaud Chassery, et l'EPNAK, qui contribue à l'insertion sociale et professionnelle des personnes atteintes de handicap. En premier lieu, un déplacement à Saül.

« Un village symbole pour nous, parce qu’il est isolé au cœur de la forêt guyanaise, mais il a la particularité de s’être rendu accessible aux personnes atteintes de handicap, notamment par ce carbet PMR [Personnes à mobilité réduites] où les gens atteints de toutes formes de handicaps peuvent venir séjourner », rappelle tout de go Arnaud Chassery, explorateur français, qui a grimpé le Kilimandjaro en 2017 aux côtés de Yann.

Un travail main dans la main est aussi réalisé avec le groupement de coopération social et médico-social (GCSMS) ainsi qu’avec le Parc Amazonien de Guyane pour rendre les sentiers accessibles aux personnes à mobilité réduite.
"Repenser l'accessibilité"

Une opération « lunettes » à Camopi a notamment vu le jour : « nous nous sommes rendus compte que beaucoup de piroguiers ont les yeux esquintés à cause de la réverbération du soleil sur le fleuve », retrace l’explorateur. Une équipe d’opticiens s’est ainsi attelée à répondre à cette forme de handicap en équipant près d’une centaine de personnes. Bien plus que le « quota » prévu initialement.

Opération "lunettes" pour les piroguiers de Camopi, souvent atteints de problèmes de vue en raison de la réverbération. • Association Alopias

« La mission va être d’accompagner tous les acteurs de la Guyane pour s’améliorer, avoir des idées. Par exemple installer des tapis pour que les fauteuils puissent passer partout. Ou encore proposer des rampes amovibles qui permettent aux personnes atteintes de handicap une meilleure accessibilité » résume Emmanuel Ronot, président de l’EPNAK.

Trop longtemps cantonnée au fauteuil roulant, l’image collective de la personne en situation de handicap a été projetée ce matin. Une gamberge collective avec les élus de la CTG pour mieux envisager les solutions d’avenir.

« Une des principales pistes, c’est vraiment de repenser l’accessibilité », fait valoir Aissatou Chambaud, 6e vice-présidente de la CTG déléguée à la famille et à l’aide sociale à l’enfance. « Mais pour tous, souligne-t-elle également, rappelant que certains handicaps sont invisibles ». Et d’ajouter : « Souvent, quand on pense aux personnes handicapées, on pense aux personnes en fauteuil roulant, mais ça représente une infime partie des personnes en situation de handicap. »

Dans ce cadre, l’EPNAK a présenté au cours d'une conférence de presse à l'hôtel territorial de la CTG un dispositif spécialement conçu pour faciliter les prises de commandes des personnes malentendantes dans les établissements de restauration.

Tiarrah Steenwinkel, 14e vice-présidente déléguée à la sûreté et la sécurité, était également présente. Elle a suivi de près les actions menées par Handi’Cap sur l’Amazonie à Camopi. L’histoire du casque d’argent, un projet porté par Yann Jondot, a été rappelée : « à l’âge de 22 ans, il a eu un accident de moto et s’est retrouvé du jour au lendemain handicapé. Son rêve de devenir pompier professionnel lui a été arraché, mais il n’a pas baissé les bras et a quand même voulu se rapprocher des pompiers. Il est désormais coach sportif, une initiative récompensée d’un casque d’argent. L’idée est venue de porter cette action auprès des personnes qui aident les pompiers au quotidien. » souligne Tiarrah Steenwinkel.

En toute modestie, Yann Jondot nous confie : « ce qui est surtout sportif c’est la vie de chaque personne en situation de handicap, quand il faut se lever le matin, aller aux toilettes, se laver… J’ai été sportif professionnel en tennis de table, mais la vraie compétition c’est celle de tous les jours ». Il poursuit, à notre micro : « parfois, dans notre organisation sociétale, on leur rajoute encore des obstacles, et ce sont ces obstacles-là que nous devons effacer. »

Après son ascension du Kilimandjaro en 2017, le nouveau défi de Yann Jondot autour de l’accessibilité et de l’amélioration des conditions de vie des personnes atteintes de handicap se veut humaniste avant tout : « j’ai pris une belle leçon et j’en prends à chaque fois. Par exemple, j’ai rencontré un monsieur qui avait presque autant de temps de fauteuil que moi. Il était tétraplégique et je lui ai posé la question : « mais comment tu arrives à te débrouiller ? ». Il m’a dit : « l’essentiel de ma vie ce n’est pas d’être sur un fauteuil, mais c’est de vivre là où j’ai envie de vivre ». […] Pour moi l’accessibilité universelle, c’est d’être capable de prendre les richesses de chacun, malgré les différences, et d’avancer ensemble. »

En sus de cette réunion attendue avec les élus locaux, Yann Jondot rendra également compte de sa mission à Sophie Cluzel, secrétaire d’Etat chargée des personnes handicapées, à son retour en métropole prévu le 11 février.