10 octobre 1760 : traité de paix entre Hollandais et Marrons
Cette entente historique, survenue près d'un siècle avant l'abolition générale de l'esclavage, marque la reconnaissance politique des communautés Bushinengés par la puissance coloniale néerlandaise.
Le 10 octobre 1760, le gouvernement colonial néerlandais et les Marrons signent le tout premier traité de paix accordant la liberté officielle et l'autonomie territoriale à une communauté d'esclaves révoltés au Suriname. Cela précédait d’un siècle le traité d’abolition de l’esclavage, le préfigurant, en quelques sortes. Le traité signé avec les Aukaners, sera suivi de traités semblables avec les Saramaccas et les Matawais.
Vendredi déjà dans les rues, les ‘’pangis’’, ces étoffes traditionnelles, parmi les plus colorés et les mieux brodés, étaient de sortie. Les dames arboraient le dernier tissage ou les tresses toutes fraîches. Les hommes marrons étaient beaucoup déjà ceints du pangi, en oblique depuis l’épaule droite. Le samedi 10 Octobre, c’est jour férié. Les familles étaient de sortie autour du Palmentuim, le parc du centre ville planté de palmiers royaux. Ce sera l’occasion de déguster un plat traditionnel, souvent à base de viande de bois, à l’ombre des palmiers. Le soir, la promenade ‘’Wakapasi’’ a vu nombre de Djogos, ces grandes bouteilles de bière Parbo débouchées pour célébrer ce jour de fête.
C’est ce que l’on nommerait aujourd’hui un conflit social, qui fût à l’origine de la révolte qui mena au Traité de paix. Les esclaves de la plantation forestière de La Paix, l’une des plantations du colon français Jean Martin, travaillaient le bois en forêt. Plutôt satisfaits de leur condition, ils se rebellèrent alors qu’on leur imposa d’aller travailler à la coupe de la canne, activité réputée très dure et gourmande de la santé des travailleurs. Forts de leurs outils de bûcheronnage, les 250 forestiers se révoltent. Ce sera la révolte de Tamapati, du nom du ruisseau qui coulait dans cette zone de la haute rivière Comewijne, à l’Est de Paramaribo.
Les autorités coloniales néerlandaises ne pouvant accepter un tel mouvement, envoyèrent les troupes blanches appuyés de leurs supplétifs locaux, les Redimusu. La bataille eut lieu sur la plantation de Beerenburg, où le groupe d’esclaves, alliés avec les Aukaners, mena une confrontation sanglante contre les troupes coloniales pendant près de douze heures. Les marrons emportèrent la victoire « La force invincible des Marrons à cette époque était due aux armes qu’ils avaient volées aux troupes de l’époque », dit l’historien. Le gouvernement colonial se révéla incapable de vaincre les Marrons de l’intérieur des terres, qui étaient difficiles d’accès. Il fallu se résoudre à un Traité de Paix.
C’est ainsi que le Sweri fût partagé. Il s’agit de mélanger quelques gouttes de sang des participants avec la terre du lieu et du rhum, dans une calebasse. Le breuvage cérémonial est partagé et le traité divin ainsi scellé. C’est cet événement que nous fêtons aujourd’hui au Suriname.
Pour replacer, dans une perspective historique, cet événement célébré au Suriname, on retiendra, que la même année, un mois plus tôt, en 1760, la France perd Montréal face aux Anglais. Cela marquera la fin de la présence française en Amérique du Nord. Après plus de deux cents cinquante ans, doit-on voir la célébration du 10 Octobre comme un hommage aux ancêtres ou comme une revendication identitaire ? La réponse est, sans doute, à chercher dans l’émergence d’une nouvelle vague politique, au Suriname, comme dans l’Ouest de la Guyane.

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