Une crise humanitaire sans précédent
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Sinistrés du Mont Baduel

Une crise humanitaire sans précédent

Marion LECAS
Femmes et enfants sont réunis dans le gymnase du collège Gérard Holder, à Cayenne.
Femmes et enfants sont réunis dans le gymnase du collège Gérard Holder, à Cayenne. • G.T.

Après le dramatique incendie du Mont Baduel, qui a laissé sans toit un millier de sinistrés, la catastrophe se poursuit. Les forces de l'ordre ont commencé à déloger les sinistrés, dont certains restent à la rue. Pour éviter qu'une crise sanitaire ne s'ajoute à la situation, les acteurs de la santé sont mobilisés.

Être à la rue ou rentrer en Haïti. C'est peu ou prou le choix qui a été imposé aux sinistrés du Mont Baduel qui étaient réfugiés dans le gymnase du collège Paul-Kapel, à Cayenne. Ce lundi 12 août, les forces de l'ordre les ont priés de quitter les lieux, préparation de la rentrée scolaire oblige. Sur les 298 individus - tous des hommes seuls - trente-cinq ont été accueillis en urgence, à Stoupan, grâce à la mobilisation de l'association RAHG (Réseau des Acteurs Haïtiens Guyane). « Nous avons recueilli ceux qui s'apprêtaient à passer la nuit sur le parking. Pour les autres, nous n'avons aucune idée où ils sont allés », rapporte Rosita Pierre-Louis, présidente du RAHG. 

1 042 sinistrés d'après la CTG

Une partie non négligeable des 1 042 sinistrés recensés par la Collectivité territoriale de Guyane seraient aujourd'hui en situation irrégulière. L'Office français de l'immigration et de l'intégration a proposé « environ 1 500 euros » à certains afin qu'ils retournent volontairement en Haïti. Cela alors même que, comme nous l'évoquions dans une édition précédente, depuis le second trimestre 2023 l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) prévoit l'octroi d'une protection internationale aux civils haïtiens qui fuient la violence de leur pays. 

Tout porte à croire que les sinistrés approchés refuseront de repartir. Où iront-ils alors ? Dans d'autres squats, à l'instar du village Saint-Pierre, à Matoury ? « Certains nous demandent quand ils pourront se réinstaller sur le Mont Baduel, souffle-t-on à la Collectivité territoriale de Guyane. Il en est évidemment hors de question. »

Pour les quelque deux cents sinistrés en situation régulière, à l'heure où sont écrites ces lignes, aucune solution de relogement n'a été annoncée. La quasi-totalité des hébergements d'urgence accueillent aujourd'hui des réfugiés du Moyen-Orient. Et côté logements sociaux, c'est la pénurie totale.

« Il faut qu'on arrive à imaginer des solutions innovantes pour atténuer la souffrance de ces populations », a enjoint le président de la CTG Gabriel Serville, qui s'est rendu auprès des sinistrés la semaine passée. « La situation est dramatique, c'est la première fois que notre territoire est confronté à une telle crise humanitaire. Nous risquons une crise sociale sans précédent, en Guyane et particulièrement à Cayenne », a estimé quant à elle Sandra Trochimara.

Des hébergements modulaires

La maire de Cayenne a été reçue à l'Élysée par Patrice Faure, le directeur de cabinet du chef de l'État, après avoir interpellé le président de la République dans deux lettres ouvertes. « Nous [Gabriel Serville a participé à l'échange par téléphone, NDLR] avons mentionné un plan Orsec Hébergement, dont les dispositions permettent de répondre en urgence au relogement de populations sinistrées », a rapporté Sandra Trochimara. La création de logements modulaires a notamment été évoquée. « Il n'est pas question de créer de nouvelles problématiques de logement, ni de créer un sentiment d'inégalité pour les personnes qui attendent un logement social depuis longtemps », a ajouté la maire. Cette « réponse modulaire » serait « une phase » dans l'attente de logements pérennes.

Les élus guyanais espèrent des réponses concrètes de la part de l'État d'ici à la semaine prochaine. Les deux gymnases restant, à savoir celui de Justin-Catayée et celui de Gérard-Holder, sont censés être évacués avant le 16 août. À Gabriel Serville de repousser ou non l'échéance. Parmi le millier de sinistrés, près de cinq cents enfants, mineurs ou à peine majeurs, ont été identifiés. « Je ne peux pas me résoudre à ce que la rentrée se fasse sans ces enfants car ils vivraient encore dans des camps de fortune » a, par ailleurs, déclaré le président de la Collectivité.

D'après Guyane la 1ère, le maire de Sinnamary a proposé de loger trente familles de quatre membres minimum, soit 120 personnes environ, à l'hôtel du fleuve de Sinnamary. Le recensement des familles éligibles devrait être achevé la semaine prochaine. 

L'inquiétude des associations

« Quoiqu'il advienne, nous serons très attentifs à la suite », insiste Cédric Lavenu, directeur national du secours et de la protection au sein de La Croix-Rouge, venu spécialement de l'Hexagone pour apporter son expertise. Pour éviter qu'une crise sanitaire n'aggrave cette crise humanitaire, les acteurs de la santé ont été extrêmement réactifs. Coordonnés par l'Agence régionale de santé (ARS), les effectifs de La Croix-Rouge française, Médecins du Monde, la Permanence d'accès aux soins de santé (Pass) ainsi que le service de la Protection maternelle et infantile (PMI) ont assuré une permanence quotidienne sur le terrain.

« On fonctionne en roulement sur les sites, afin de garantir la présence de médecins généralistes et de professionnels paramédicaux », détaille Dimitri Grygowski, directeur général de l'ARS. Un « tour de force » lorsqu'on connaît le manque de professionnels de la santé en Guyane, d'autant plus impressionnant que nous sommes en pleine période de congés. 

« Dans un milieu confiné comme un gymnase, où autant de personnes vivent ensemble, la prolifération des maladies peut être rapide », poursuit Cédric Lavenu.

Des cas de gale ont notamment été identifiés, avant d'être aussitôt traités. « Une vigilance particulière » est apportée aux problèmes dermatologiques, explique Cédric Lavenu. L'ARS a d'ailleurs dépêché une équipe dermatologique du Centre hospitalier de Cayenne (CHC). 

Garantir la continuité des soins

L'autre défi consistait à garantir le traitement des maladies chroniques. Certains individus, pris en charge par l'hôpital, ont perdu leurs prescriptions dans l'incendie. Des professionnels du CHC ont été déployés pour éviter toute interruption de traitement. La prise en charge psychologique et sanitaire des sinistrés « s'inscrit dans deux temporalités » explique le directeur de l'ARS. D'abord, une veille dans des sites circonscrits, à savoir les gymnases. Ensuite, lorsque les gymnases seront libérés, un suivi des personnes aux besoins spécifiques. « Par exemple, on va garantir à un individu souffrant de diabète ou d'une maladie chronique qu'il puisse être suivi, et, peu importe où il sera relogé, nous nous assurerons de sa mobilité », promet Dimitri Grygowski. 

Mieux lutter contre l'immigration clandestine

Sans surprise, ce drame a relancé le débat sur l'immigration.  « Dans l'urgence, ce qui a été fait, a été bien fait, a salué le président de la Collectivité territoriale de Guyane, Gabriel Serville. Maintenant que l'urgence est passée, il faut que l'on approfondisse pour éviter que la Guyane ne se retrouve dans cette situation une nouvelle fois. »

Le président de la Collectivité réclame, entre autres, « une grande conférence sur la crise migratoire et ses conséquences sur le territoire ». 

La maire de Cayenne, Sandra Trochimara, a quant à elle rappelé à Emmanuel Macron les engagements qu'il avait pris lors de son déplacement en Guyane, le 26 mars dernier, alors même que l'incendie du squat de Zénon venait de faire trois morts. Le chef de l'État avait entre autres annoncé un renforcement de la lutte contre l'immigration clandestine et une meilleure prise en charge des demandeurs d'asile.

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