Parkinson "caribéen" : le corossol et les fruits exotiques sous surveillance
Une vaste étude menée depuis vingt ans par le CHU de Guadeloupe révèle un lien inquiétant entre la consommation régulière de certains fruits tropicaux comme le corossol et le développement d'une forme sévère de la maladie de Parkinson.
Les neurologues ont identifié une variante particulièrement agressive de la maladie, qui représente près de 70 % des cas locaux. Contrairement à la forme classique, cette version "caribéenne" se caractérise non seulement par les symptômes moteurs habituels (tremblements, raideurs), mais aussi par des atteintes cognitives précoces. "Nous observons des troubles de la mémoire, des difficultés de raisonnement, parfois même des hallucinations ou des problèmes de déglutition dès les premiers stades", explique le Dr Jean-Médard Zola du CHU de Guadeloupe à nos confrères de France Culture.
La molécule incriminée, l'annonacine, agit comme un poison pour les neurones. Son mode d'action est comparable à certains pesticides : elle bloque la respiration cellulaire, asphyxiant littéralement les cellules nerveuses. Plus inquiétant encore, cette substance favorise l'agrégation des protéines toxiques dans le cerveau, accélérant ainsi la progression de la maladie. Les effets ne sont pas immédiats, mais apparaissent après une consommation régulière et prolongée, à l'image des dommages causés par l'alcool sur le foie.
Un défi de santé publique face aux traditions
La situation est d'autant plus complexe que ces fruits (corossol, pomme cannelle et cachiman) occupent une place centrale dans la culture et la pharmacopée antillaise. Consommés frais, en jus ou en infusion, ils sont réputés pour leurs vertus relaxantes et antioxydantes. Certains patients évoquent des cas familiaux de grands consommateurs jamais malades, illustrant ainsi la variabilité individuelle face aux toxines environnementales.
Un précédent historique vient étayer ces découvertes. Dans les années 1950, l'île de Guam avait connu une épidémie de syndromes parkinsoniens atypiques, liée à la consommation de farine de cycas. Lorsque cette pratique alimentaire avait cessé, la maladie avait pratiquement disparu en quelques décennies. Cette expérience naturelle prouve qu'une maladie neurodégénérative peut avoir une origine purement environnementale.
Vers une meilleure information des consommateurs
Face à ces constats, les spécialistes plaident pour une approche équilibrée. “Il ne s'agit pas d'interdire ces fruits, mais d'informer sur les risques d'une consommation excessive", insiste le Dr Zola. Ils réclament notamment un étiquetage clair des produits transformés (jus en bouteille, glaces, compléments alimentaires), où les concentrations d'annonacine peuvent être particulièrement élevées. Alors que la maladie de Parkinson touche près de 175 000 personnes en France, avec 28 000 nouveaux cas chaque année, cette découverte ouvre de nouvelles pistes de recherche. Les scientifiques souhaitent maintenant déterminer des seuils de consommation sûrs et étudier les interactions entre l'annonacine et d'autres facteurs de risque comme les pesticides agricoles.
Cette étude guadeloupéenne jette une lumière nouvelle sur un problème de santé publique complexe, à l'interface entre traditions culturelles et risques sanitaires. Elle rappelle surtout que dans le domaine des maladies neurodégénératives, l'environnement et l'alimentation jouent un rôle bien plus important qu'on ne l'imaginait il y a encore quelques années.

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