Les militants anti-chlordécone visent l'échelon national
Dans une conférence de presse organisée ce mardi à Paris, le « Collectif des ouvriers agricoles empoisonnés au pesticide » dévoilait une stratégie ambitieuse pour continuer à faire exister leur lutte.
Malgré le non-lieu de l'année dernière, malgré les refus répétés des autorités de faire droit à leurs demandes de réparations, les militants du « Collectif des ouvriers agricoles empoisonnés au pesticide » ne désarment pas. Ils donnaient une conférence de presse ce mardi 6 février, dans les locaux de l'Académie du climat, dans le 4è arrondissement de la capitale. Leur objectif : « Faire connaître au peuple français les souffrances du peuple de Guadeloupe et de Martinique », résume Yvon Serenus, président du Collectif.« On se bat pour une étude épidémiologique, cela prend du temps mais cela va se faire !, poursuit l'infatigable lanceur d'alerte. Il y a des avancées quand même. Il y a les pétitions : l'ensemble des élus martiniquais travaille avec notre collectif. »
Le but ultime des militants anti-chlordécone est de faire reconnaître leur préjudice – qui ne se limite pas à l'épandage de la chlordécone au pied des bananiers mais concerne un « cocktail de pesticides » auquel les ouvriers et la population ont été exposés – au même titre que le scandale de l'amiante.
Un dispositif large et accessible a été mis en place par les pouvoirs publics dans le cas de cette dernière pollution. S'ils parviennent à sensibiliser l'opinion publique hexagonale, les activistes du « Collectif des ouvriers agricoles empoisonnés au pesticide » espèrent parvenir au même résultat.
D'ici là, et malgré les très nombreuses embûches placées sur leur chemin, il s'agit avant tout de convaincre l'opinion publique hexagonale de l'actualité, et même de l'urgence, de leur combat. « L'État et le lobby de la banane instrumentalisent la chlordécone pour dissimuler la soixantaine de produits qui ont été utilisés pendant toutes ces années, s'insurge Gaelle Fourdrinier, porte-parole du collectif des ouvriers agricoles. Ils nient le lien entre maladies et exposition au cocktail de pesticides. Aujourd'hui, des pollutions ont encore lieu en toute impunité ! Nous avons documenté des cas de captage d'eau illégaux et de pollutions aux herbicides, fongicides... »
À Paris, plusieurs appels sont pendants devant la justice pénale et la justice administrative : les procédures devraient connaître des développements dans les prochaines semaines voire les prochains mois.
Les députés de Guadeloupe Elie Califer et Olivier Serva étaient présents à la conférence de presse de ce mardi matin, à Paris. D'ici la fin du mois de février une proposition de loi (PPL) socialiste portée par le député de Guadeloupe Elie Califer relative à la pollution au chlordécone doit être examinée par le Parlement. Dans l'intitulé de ses motifs on peut lire que « dans de nombreuses rivières de Martinique et de Guadeloupe, la concentration en chlordécone atteint des niveaux 50 fois supérieur à la norme européenne permettant qu’une eau puisse être rendue potable après traitement. Près de 65 % des cours d’eau des Antilles sont contaminés par le chlordécone. »

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