La lutte contre le paludisme connaît des étapes déterminantes
Sur la route de l’élimination du paludisme, la Guyane a plusieurs chantiers à mener cette année. Le premier est la pérennisation de Malakit en tant que programme de santé publique.
Malakit est ce projet de recherche mené par l’hôpital de Cayenne auprès des orpailleurs clandestins. Il regroupe un programme d’information et d’éducation à la santé incluant les garimpeiros, la formation à l’utilisation de kits d’autodiagnostic et d’autotraitement contre le paludisme, et la mise en place d’équipes de terrain pour suivre les patients sur les bases arrière de l’orpaillage clandestin, aux frontières Est et Ouest de la Guyane.
L’Agence Régionale de Santé souhaite également soutenir le déploiement de test rapide G6PD [Le déficit en glucose-6-phosphate déshydrogénase (déficit en G6PD, ou favisme) est une maladie héréditaire touchant les globules rouges. La G6PD est une enzyme dont le rôle est de « protéger » les globules rouges de certaines agressions]. La mesure de l’activité de cette enzyme est obligatoire pour pouvoir administrer la primaquine car elle accentue les effets de la maladie. Elle participe à l'oxydation des globules rouges. Un test rapide existe et est en cours d’évaluation par Yassamine Lazrek-Sandot, adjointe de Lise Musset au laboratoire de parasitologie de l’Institut Pasteur de Guyane. Actuellement, les résultats des tests G6PD sont disponibles en trois semaines, retardant d’autant la mise en place du traitement. Il en découle le troisième chantier qui sera d’obtenir une autorisation de mise sur le marché (AMM) pour la primaquine.
Actuellement, celle-ci bénéficie d’une autorisation d’accès précoce (AAP, ex-ATU).
D’autres chantiers ont trait à la prévention et au suivi épidémiologique. Il s’agira notamment d’intégrer une approche communautaire en matière de prévention.
Une stratégie de recherche active de cas sera également mise en place, à chaque fois que surviendront des cas groupés et autochtones de paludisme en Guyane. Il ne s’agira plus d’attendre que des personnes malades se fassent tester mais de chercher les cas, y compris chez des personnes asymptomatiques. Une opération est prévue à Saint-Georges en ce début d’année, après l’apparition d’une vingtaine de cas en quatre semaines, au mois de novembre.
"La fin 2024 verra également la création d’un système d’information épidémio-clinique, géré par l’ARS. Il permettra de centraliser le parcours patient, du test paludique jusqu’aux mesures de gestion des cas (lutte antivectorielle, recherche active de cas, surveillance…) en passant par sa prise en charge", informe la lettre pro de l'ARS.
Qu'est-ce que la Primaquine
Le HCSP a revu son avis de 2008 sur le traitement radical du paludisme à Plasmodium vivax et à Plasmodium ovale par la primaquine, seul médicament disponible dans cette indication, en complément d’un traitement par chloroquine ou dérivé de l’artémisinine. A partir des recommandations de l’OMS de 2015, du contexte national et des connaissances sur le déficit en G6PD, le HCSP recommande qu’un dépistage quantitatif du G6PD et d’anémie soit systématiquement réalisé avant la prescription de primaquine en traitement radical. En l’absence de déficit en G6PD, il préconise qu’un traitement par primaquine soit prescrit d’emblée lors d’un accès de paludisme à P. vivax ou P. ovale à la posologie de 0,5 mg/kg/j pendant 14 jours avec une surveillance médicale de l’évolution de l’accès palustre et de la tolérance de la primaquine. En cas de déficit en G6PD avec une activité inférieure à 30% chez l’homme et intermédiaire (entre 30 et 80%) chez la femme, il recommande que le traitement soit prescrit à la posologie de 0,75 mg/kg/semaine pendant 8 semaines, uniquement s’il existe une possibilité de suivi rapproché du patient ainsi que de transfusion rapide en cas d’anémie aigue. Il rappelle les contre-indications d’un traitement par primaquine à respecter : déficit en G6PD de variant B connu ou sévère, grossesse, allaitement ou âge inférieur à 6 mois. Le HCSP préconise le développement de tests rapides de dépistage des déficits en G6PD ainsi que la réalisation d’études thérapeutiques.

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