CHRU : Pas encore créé et déjà polémique
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Santé

CHRU : Pas encore créé et déjà polémique

Gérôme GUITTEAU, g.guitteau@agmedias.fr
CHC soignants
"La Guyane doit pouvoir bénéficier d’un soutien équivalent compte tenu du dynamisme démographique de la population et de l’effort massif de rattrapage à réaliser", estime le professeur Djossou dans une lettre ouverte alors que la Guadeloupe se voit financer un nouvel CHRU à 600 millions d'euros et Mayotte un second hôpital. • DR

Deux lettres ouvertes apportent un éclaircissement sur les enjeux du futur centre hospitalier régional universitaire dont le premier : qui le dirigera ? Le professeur Djossou estime que le centre hospitalier de Cayenne doit être le fer de lance du futur CHRU, contredit par les directions du CH Kourou et du Chog.

« C’est une communauté médicale dévouée mais exaspérée qui s’adresse à vous. »

Ainsi débute la lettre ouverte du professeur Félix Djossou en tant que président de la Commission médicale d’établissement (CME) du centre hospitalier de Cayenne (CHC) à destination du gouvernement.

Le motif du courroux du spécialiste des médecines tropicales ? La volonté de créer un groupement de coopération sanitaire/établissement de santé (GCS/ES) qui viendrait chapeauter les trois hôpitaux de Guyane. Une solution proposée par le consultant de l'Agence régionale de santé (ARS) qui a été rejetée par la CME (CHC).

« Aujourd’hui, la fusion administrative entre les trois établissements n’est pas consensuelle sur le territoire. Dès lors, pour concrétiser l’objectif fixé, annoncé et très attendu par la population et les professionnels du CHC, de créer un CHRU en Guyane, nous soumettons à votre arbitrage le socle programmatique suivant : la transformation du CHC en CHR dès 2023 pour initier dès que possible les travaux de conventionnement avec l’Université et la poursuite de la dynamique engagée avec le CHK (centre hospitalier de Kourou) et le CHOG (centre hospitalier de l'Ouest guyanais) pour leur intégration au CHRU sur une base volontaire », propose le professeur Félix Djossou.

Il appuie sa réflexion en demandant la création d'un nouvel hôpital siège du plateau de recours du CHRU.

« Nous percevons dans votre lettre une défense d'intérêts cayennais peu compatible avec ce CHRU que nous devons créer ensemble. […] Cette posture cayenno-centrée nous semble d'autant plus flagrante que vous évoquez pour la première fois, la nécessite de construction d'un nouvel hôpital faisant fi des besoins de reconstruction et de modernisation plus globale de notre offre de soins sur le territoire », lui répondent les présidents des CME et les directeurs du CHK et du Chog.

500 millions de rattrapage nécessaire d'après l'ARS

Par ailleurs, eux ne s'opposent pas à la création d'un CGS qui viendrait compenser la prééminence du CHC dans le futur CHRU.

Cela fait donc beaucoup de divisions et de points de vue opposés pour un projet qui doit voir le jour le 1er janvier 2025.

 

 

En revanche, un point les rapproche : l'exigence de moyens supplémentaires de l’État envers le territoire.

« Les enveloppes dédiées au projet de CHRU apparaissent en décalage avec cette ambition. Elles se montent à 99 millions d'euros sur 10 ans alors que le besoin d’investissement à court et moyen terme sur le territoire est estimé par l’ARS à près de 500 millions d'euros. En regard, l’État soutient fortement la construction d’un nouveau CHRU de Guadeloupe à 600 millions d'euros et la construction d’un deuxième hôpital à Mayotte », constate M. Djossou.

La réponse du gouvernement n'est pas encore parvenue ou n'a pas été communiquée. Elle le sera peut-être lors de la venue du ministre délégué aux Outre-mer, Jean-François Carenco, du 9 au 14 décembre.

Les lettres ouvertes à lire ici : 

Lettre ouverte en réponse au CME du CHC Lettre ouverte au gouvernement

Le centre hospitalier de Cayenne va mieux

Le CHC multiplie les projets de développement d'après le professeur Djossou dans sa lettre ouverte : Consolidation des équipes médicales et soignantes avec plus de 50 emplois créés et plus de 200 soignants entre 2019 et 2021 pour un budget qui dépasse désormais 300 millions d'euros. Création d’une unité neuro-vasculaire en 2023 ainsi que la création d’une réanimation pédiatrique en 2024. La livraison, fin 2023, d’un bâtiment dédié à l’enseignement et la recherche. Un projet immobilier qui prévoit à l’horizon 2025, la reconstruction du bâtiment de médecine et de chirurgie, l’extension du plateau de soins critiques, la construction d’un bâtiment pour les consultations, d’un plateau complet de cardiologie et d’une maison hospitalière, la rénovation complète des secteurs de psychiatrie et la livraison de 3 hôpitaux de proximité en territoires isolés.