Alcoolorexie : jeûner pour boire, la dangereuse stratégie des jeunes pour concilier ivresse et minceur
Une étude récente menée à l'Université de Caen alerte sur un phénomène en pleine expansion : plus de 40 % des étudiants consommateurs d'alcool admettent sauter des repas pour éviter de grossir ou s'enivrer plus vite. Une pratique baptisée "alcoolorexie" ou "drunkorexie".
Née de la collision entre la culture de l'ivresse et la tyrannie de la minceur, l'alcoolorexie ou la drunkorexie gagne du terrain chez les jeunes. Ce trouble du comportement, qui consiste à se priver de nourriture pour compenser les calories de l'alcool ou amplifier ses effets, n'a rien d'anodin. Les experts y voient une porte d'entrée redoutable vers des addictions sévères et des troubles alimentaires durables, sonnant l'alerte sur une crise de santé publique méconnue.
Concrètement, une personne touchée peut sauter le dîner avant une soirée, se faire vomir après avoir bu, ou enchaîner les heures de sport le lendemain pour " éliminer " les calories ingurgitées. L'objectif est double : contrôler son poids tout en pouvant consommer davantage d'alcool sans culpabilité, ou atteindre l'ivresse plus rapidement et à moindre coût.
Une étude française révèle l'ampleur du phénomène
Les travaux de la docteure Ludivine Ritz, neuropsychologue à l'Université de Caen, viennent de dresser un constat saisissant. Sur 3600 étudiants interrogés, plus de 40 % de ceux qui boivent de l'alcool ont déjà eu des comportements relevant de l'alcoolorexie. L'étude, citée dans The Conversation, établit un lien clair entre ces pratiques et une aggravation des risques : les étudiants concernés présentent une consommation d'alcool plus fréquente et plus intense, des ivresses plus sévères, et sont plus susceptibles de développer un trouble de l'usage de l'alcool (TUAL) ainsi que des troubles du comportement alimentaire (TCA) durables.
Pourquoi un jeune adopte-t-il ce comportement ? La réponse réside dans la confrontation de deux pressions sociales contradictoires. D'un côté, une norme esthétique qui vante la minceur et le corps parfait. De l'autre, une culture festive et groupale où l'excès d'alcool est souvent valorisé. " La drunkorexie peut apparaître comme une stratégie d'ajustement à ces deux pressions : rester conforme aux attentes liées à l'apparence tout en participant aux normes sociales de consommation ", analysent les experts. Les jeunes femmes seraient plus touchées par souci de contrôle pondéral, tandis que les hommes chercheraient surtout à amplifier les effets de l'alcool.
Des conséquences physiques et psychiques dévastatrices
Les conséquences de cette pratique sont doubles et se renforcent mutuellement, créant un cercle vicieux extrêmement dangereux :
- Côté alimentaire : elle est une porte ouverte vers l'anorexie, la boulimie ou l'hyperphagie, avec tous leurs risques associés : dénutrition, carences, fatigue extrême et détresse psychologique.
- Côté alcool : boire à jeun accélère et intensifie l'ivresse, augmentant les risques de black-out, de coma éthylique et de comportements à risque (accidents, rapports non protégés, violences). Sur le long terme, cela expose à un risque accru de dépendance et de dommages neurologiques et hépatiques.
Quelles solutions et où trouver de l'aide ?
Face à ce phénomène, la prévention et l'information sont cruciales. Si un proche présente des signes évocateurs (jeûne avant une soirée, vomissements, discours anxiogène sur les calories de l'alcool), plusieurs dispositifs existent :
- Alcool Info Service (0 980 980 930) : une ligne d'écoute anonyme et non surtaxée.
- Fil Santé Jeunes (pour les 12-25 ans) : pour une écoute et une orientation adaptées.
- Le médecin traitant ou les Consultations Jeunes Consommateurs (CJC) : pour un dépistage et une prise en charge spécialisée.
L'enjeu est de désamorcer cette stratégie perverse avant qu'elle ne bascule dans la chronicité, en rappelant qu'aucun verre ne vaut que l'on sacrifie sa santé.

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