Ryan Persaud : «Ce n'est pas une baguette magique qui résoudra tous les maux du quotidien»
France-Antilles Téléchargez l'application France-Guyane Installer

Audio wave La radio 100% Caraïbes
8s
×
SÉNATORIALES

Ryan Persaud : "Ce n'est pas une baguette magique qui résoudra tous les maux du quotidien"

Propos recueillis parGérôme GUITTEAU,g.guitteau@agmedias.fr
Ryan Persaud, 32 ans, se présente aux sénatoriales. Il est un enfant de l'Ouest né à saint-Laurent, élevé à Mana.
Ryan Persaud, 32 ans, se présente aux sénatoriales. Il est un enfant de l'Ouest né à saint-Laurent, élevé à Mana. • K.ODAY

Ryan Persaud se lance dans les sénatoriales. Une candidature qui détonne tant par l'âge que par le profil professionnel de cet enfant de Mana

Vous êtes la candidature surprise de ce scrutin déjà par votre âge, vous avez moins de 60 ans ? Vous le savez ?

C'est une réalité fondée sur un cliché. Celui qui dit que les sénateurs sont en fin de carrière. Je tranche de par mon âge et mon profil, c'est vrai..

Êtes-vous le candidat de l'Ouest ?

Pas véritablement. J'ai des soutiens dans l'Ouest. Ce sont même mes premiers soutiens. D'autres le soutiennent , malgré d'autres candidatures de dernière minute.

Vous tranchez avec les autres candidats car vous ne parlez pas de suite d'évolution statutaire mais de vie chère. Vous êtes directeur d'un groupe dédié à la pêche. Est-ce que cela fait de vous le candidat du monde économique ?

Oui. Je pense qu'au vu de mes précédentes expériences dans le secteur privé, j'apparais aujourd'hui, de par mon profil, comme le candidat porteur d'une approche axée sur l'économie. Et je pense, à juste titre, qu'un territoire ne peut pas se développer sans un secteur économique fort. Or, un secteur économique fort ne peut pas se développer sans politiques publiques fortes non plus. Donc, pour moi, les deux vont de pair : je ne les oppose pas. Et c'est véritablement sur ces aspects-là que je parle de regard différencié et d'approche différenciée.

Alors la vie chère, clairement, c'est l'un de vos engagements. Vous êtes un ancien de Super U. Qu'est-ce qu'il faut pour que la vie chère ne le soit plus ?

Pour moi, il y a deux éléments. D'abord, les mécanismes et les leviers que l'on peut actionner sur le plan des tarifs et des taxes. Je ne parle même pas en termes de marge, car pour nous, l'approche est différente de celle des Antilles. On partage certaines réalités, mais le contexte est vraiment différent. Il y a donc un travail, un consensus à construire au niveau local avec les bonnes instances : la CTG, les services douaniers, le syndicat de la grande distribution et la préfecture.

Deuxièmement, il y a un travail législatif à mener : reprendre la loi sur la vie chère votée au Sénat en octobre 2025. Certes, elle a été votée sans l'accord des sénateurs ultramarins, mais pour moi, elle constitue une base de travail intéressante. Il faudra sans doute l'amender, y ajouter des dispositions propres à la Guyane. Nous avons une géographie particulière, qui doit être un atout aujourd'hui plutôt qu'un handicap.

Cette loi, promesse de Manuel Valls, quand il était au Mom, ne verra sans doute pas le jour vu le calendrier électoral et parlemantaire...

Je pense qu'aujourd'hui, les échéances présidentielles ne nous permettent pas d'assurer avec certitude que la proposition ou le projet de loi parvienne jusqu'aux bancs de l'Assemblée nationale, puis revienne au Sénat. Mais pour autant, ce n'est pas la fin de l'aventure, ni la fin du sujet de la vie chère. Il faudra le poursuivre avec la prochaine majorité présidentielle. Et nous, en tant que parlementaires de la Guyane et des Outre-mer, il faudra voir comment amender le texte et parvenir à mettre en place de véritables garde-fous, des processus de contrôle. Mais on ne peut pas non plus faire peser toute la question de la vie chère sur la seule grande distribution, qui reste un acteur en fin de circuit.

La grande distribution affirme que le premier responsable de la vie chère, c'est le manque de travail, des salaires trop bas et que la première mission des politiques serait donc de sortir des milliers de Guyanais de la pauvreté ?

C'est vrai que c'est un élément à prendre en considération. On le sait tous : en Guyane, le seuil de pauvreté concerne plus de 50 % de la population. Mais il y a également un travail à mener sur les coûts, sur les charges liées à l'acheminement des produits jusqu'en Guyane. Il y a un travail à faire sur l'octroi de mer, un vieux serpent de mer. Pour les collectivités, c'est une ressource vitale et essentielle ; il n'est donc pas question d'y toucher ou de le supprimer. Mais du point de vue du consommateur et du secteur privé, il y a sans doute des corrections à apporter, voire des exonérations à envisager. Cela dit, rien de tout cela ne pourra se faire sans une action concrète et des engagements réels de l'État.

Les entreprises sont obligées de la payer dès l'entrée en douane. Ne pourrait-on pas transformer l'octroi de mer pour la payer une fois le produit vendu ?

C'est l'une des propositions actuellement en discussion. Mais il règne un tel flou autour de cette idée de TVA de substitution : d'une part, cela menacerait la trésorerie des communes et se pose la question de savoir comment cette TVA leur serait reversée ; d'autre part, quel en serait le taux, et si, au final, le consommateur y gagnerait ou y perdrait.

Mais la TVA, ça nous ferait perdre l'autonomie fiscale, non ?

Exactement. C'est bien pour cela que le débat existe. Il y a aussi le système de l'entrepôt sous douane, nous l'utilisons, par exemple, à la SAF (société Antoine et frères). Mais c'est compliqué à mettre en place pour l'ensemble des entreprises, car cela représente une charge administrative et procédurale non négligeable.

Il y a eu l'arrivée du PIF, un poste aux frontières européennes...

C'est ça, le PIF, le poste d'inspection frontalier.

...qui devait faire baisser les prix, et on apprend finalement que les entreprises paient environ 1 000 € de plus par conteneur ?

Pour moi, c'est là que la situation géographique de la Guyane prend tout son sens. Nous devons tirer parti de notre position frontalière avec le Brésil, le Suriname ou le Guyana qui sont déjà en autonomie alimentaire. Et le statut de région ultrapériphérique (RUP) de la Guyane doit permettre d'avoir un regard différencié dans nos échanges commerciaux avec les pays voisins.

Sur l'évolution institutionnelle, dans quel camp vous situez-vous : article 74, statut sui generis, article 72-4 ?

Je me situe dans le camp du pragmatisme. Il y a l'option de l'article 74, envisageable dès demain, et celle du statut sui generis, peut-être pour plus tard. De manière pragmatique, il faut saisir l'opportunité offerte par la spécialité législative, donc le 74. Mais il faut le faire avec une véritable méthodologie, afin de bien identifier les compétences que l'on souhaite exercer, mais aussi nos moyens réels, et les domaines dans lesquels nous avons encore besoin de l'État.

Je propose une méthode en trois temps :

Un audit de la CTG mené par les services compétents : l'Inspection générale des finances pour la fiscalité et le budget, l'Inspection générale de l'administration pour la gouvernance et la territorialité, et la Cour des comptes pour la gestion des fonds européens. Il faut ensuite se penchait sur les compétences qui concernent les " irritants du quotidien " : la gestion des déchets, l'eau, l'électricité, le transport, le désenclavement, et l'ensemble des compétences des communes et des EPCI, qui ne sont parfois pas exercées à la hauteur des besoins. Troisième partie, la négociation avec l'État d'un véritable contrat d'engagement, fondé sur les compétences que l'on souhaite exercer et sur ce dont on a besoin pour développer le territoire.

Une autonomie raisonnée, donc ?

Oui. Je ne considère pas l'autonomie, ou l'indépendance, comme une fin en soi. Ce n'est pas une baguette magique qui résoudra tous les maux du quotidien. Il faut une véritable méthodologie et une réflexion collective entre Guyanais, mais aussi l'adhésion de la population. Aujourd'hui, on constate une frustration générale largement partagée, mais sur le sujet de l'évolution statutaire, il y a beaucoup d'interrogations : on ne sait pas toujours très bien quelles sont les positions des uns et des autres. Il y a donc un gros travail à mener pour que la population puisse elle-même participer et donner son avis.

En 2017, on parlait d'une zone franche intégrale pour la Guyane. Pensez-vous qu'une telle mesure pourrait passer au Sénat ?

Aujourd'hui, concernant les aides aux entreprises et la défiscalisation, le premier combat consistera déjà à maintenir les dispositifs existants, remis en cause chaque année. Il faut sans cesse se battre pour les préserver, pour expliquer leur intérêt et l'écart réel entre nos coûts de production et ceux de l'Hexagone. Je ne suis donc pas convaincu qu'une zone franche englobant toute la Guyane puisse passer au niveau national. Ce serait sans doute une bonne chose dans l'idéal, mais la réalité, c'est que chaque année, les parlementaires ultramarins doivent déjà se battre pour préserver l'octroi de mer et le dispositif de défiscalisation.

Vous êtes le seul candidat à avoir demandé à reprendre le dossier sur les transfusions sanguines de la sénatrice. Pourquoi ?

De manière générale, je m'inscris dans une logique de continuité. Je ne suis pas là pour marquer une rupture avec les précédents sénateurs, qui ont porté des dossiers importants et permis de réelles avancées. Pour moi, il s'agit de m'inspirer de leur travail et de le poursuivre, aussi bien sur la question du don du sang en Guyane, un sujet important, que sur celle de la fiscalité des communes enclavées, portée par Georges Patient.

L'élection est-elle jouée d'avance pour Rodolphe Alexandre ?

Je pense que rien n'est fait. C'est une élection qui se joue jusqu'à la dernière heure : les tractations vont bon train. Il faut aussi tenir compte de cette élection " à trois coups ", puisque suivront ensuite les élections présidentielles, législatives et territoriales. Beaucoup jouent des stratégies à moyen et long terme. Rien n'est donc joué d'avance.

Certains observateurs voient en vous le " Padawan " de Rodolphe Alexandre, qui vous a embauché dès votre sortie d'école, et y voient une stratégie en vue de 2028...

Honnêtement, je n'en sais rien. On peut échafauder plusieurs hypothèses, mais comme je l'ai dit, c'est une élection à trois coups, et chacun a sans doute ses propres stratégies en tête. La mienne, c'est de représenter la Guyane, d'être l'élu, le sénateur de proximité qu'appellent de leurs vœux les grands électeurs — c'est en tout cas ce qui ressort des nombreux échanges que j'ai pu avoir. C'est pour cette raison que, dans mes engagements, le point n° 1 est la proximité avec une réunion institutionnelle mensuelle et une tournée de l'ensemble des mairies, afin de mener ce travail d'échange et d'écoute avec les grands électeurs.

Actualités en direct

L'essentiel de l'info sur WhatsApp

Rejoignez la chaîne officielle pour recevoir nos alertes, enquêtes et reportages majeurs en temps réel.

Édition spéciale :
Rétro 2025

Revivez toute l'actualité marquante de la Martinique

Voir la boutique

Suivez l'info en temps réel
sur l'appli France-Guyane!

Télécharger
8s
×