Roger Aron : «Les parlementaires ont failli à leur mission»
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ÉLECTIONS SÉNATORIALES

Roger Aron : "Les parlementaires ont failli à leur mission"

Propos recueillis par Gérôme GUITTEAU,g.guitteau@agmedias.fr
Roger Aron, VP de la CTG, se présente aux sénatoriales, le 27 septmebre 2027. Il ne lâche pas son combat de toujours : l'autonomie pour la Guyane.
Roger Aron, VP de la CTG, se présente aux sénatoriales, le 27 septmebre 2027. Il ne lâche pas son combat de toujours : l'autonomie pour la Guyane. • K.ODAY

Le vice-président de la Collectivité territoriale à l'évolution institutionnelle se présente aux sénatoriales qui se jount dimanche 27 septembre. Il présente son programme et sa méthode de travail

Vous êtes candidat aux sénatoriales. Dans quel état d'esprit abordez-vous cette campagne ?

Je pars confiant. J'ai pratiqué le karaté, l'aïkido, je suis deuxième dan, ceinture noire, et j'ai le fighting spirit. On y va pour gagner, quel que soit l'adversaire. Je n'ai d'ailleurs pas d'adversaire : en politique, cela n'existe pas, c'est une bataille de convictions, d'idées.

Quelles sont vos convictions ?

Elles viennent de mon vécu, de mon parcours politique en tant que militant, de mon parcours professionnel dans le privé, dans le pétrole, puis de mon rôle d'entrepreneur dans les auto-écoles. Il y a aussi mes responsabilités au Sdis [Service départemental d'incendie et de secours] de Guyane, à la mairie de Matoury, et aujourd'hui comme vice-président à la CTG, avec surtout l'évolution institutionnelle comme délégation.

Votre candidature, c'est celle de l'évolution institutionnelle. C'est la CTG qui envoie un ancrage au Palais du Luxembourg ?

Il y a d'autres sujets prioritaires, tout aussi importants que l'évolution de nos statuts, mais vous avez raison de le voir comme ça. Il faut se battre pour les ressources des collectivités, le foncier, la protection de notre biodiversité et l'exploitation de nos richesses. Il y a aussi la continuité territoriale, ainsi que le statut de nos fleuves. Je rappelle que la navigabilité de nos fleuves est toujours interdite.

Sur le foncier, on arrive au bout de la lutte, en tout cas dans la rétrocession des 250 000 hectares. On devrait à terme être au-dessus ?

Non. C'est un problème, et cela doit être organisé. Les agriculteurs ont besoin de terres. Il ne faut pas qu'il y ait de chevauchement avec la Safer et les terres redistribuées. Et il y a la question de la restitution des terres aux autochtones, qui reste lettre morte. Il faut trouver une gouvernance afin de ne défavoriser personne.

Et sur la protection et l'exploitation des ressources, comment allez-vous expliquer à vos collègues parisiens que ce n'est pas une contradiction ?

La vision de la protection est aujourd'hui totalement occidentale. Si on applique la loi Littoral telle quelle, on serait coincés. Or, avec la montée des eaux, il faudra bien se déplacer, aller davantage vers l'intérieur du pays. La loi européenne et la loi Littoral s'y opposent : qu'est-ce qu'on fait ?

Les ressources halieutiques doivent être protégées, mais on peut armer les pêcheurs, avec des filets bien définis, pour éviter la destruction de la vie dans les océans. On doit rechercher la souveraineté alimentaire. Il en va de même pour les mines : on les laisse piller par les illégaux, alors que les légaux sont capables de les exploiter. Nos richesses doivent servir notre pays, tout en leur permettant de se régénérer.

Une question de politique politicienne. Cela a surpris beaucoup de monde quand on a appris que Lénaïck Adam appelait à voter pour vous. D'où vient cette amitié ?

Je suis moi-même de Saint-Laurent-du-Maroni, et mes deux enfants y sont nés. Nous avons des origines saamaka et barbadiennes. Notre amitié date de son papa. Abango était un ami cher. Puis nous avons un point commun : au moment du travail institutionnel, il a été le seul parlementaire à apporter une contribution écrite sur l'autonomie de la Guyane, dont nous nous sommes servis. J'ai fait du porte-à-porte avec lui pour les municipales, je ne cache pas mes préférences. J'ai mouillé mon maillot pour lui.

Quand j'étais à Saint-Laurent avec Alain Michel, nous savions qu'un jour ou l'autre, des Afro-descendants comme nous seraient aux commandes. Et nous en sommes fiers.

Vous présentez-vous comme le candidat de l'Ouest guyanais ?

Non, je ne suis pas le candidat de l'Ouest. Je sais que j'y ai un soutien fort, avec le maire de Saint-Laurent-du-Maroni : des liens presque familiaux. Mais non !

Parmi les réformes que je porterais au Sénat, il y a deux anomalies à régler. Deux sénateurs pour une unique circonscription, ce n'est pas normal. Il faut la couper en deux. Le maire d'Apatou nous a alertés sur le découpage des sections électorales lors des élections territoriales. C'est une loi écrite dans la précipitation, qui organise la CTG avec des sections territoriales, un mélange entre canton et région. On a cinq communes dans le Haut-Maroni [Maripasoula, Papaïchton, Grand-Santi, Apatou et Saül], une à Saint-Laurent, une en Basse-Mana : c'est mal équilibré. À l'horizon 2028, il faudra regarder du côté de l'Insee pour savoir où se trouvera le plus grand nombre d'électeurs. Dimanche, Saint-Laurent représente 38,6 % des grands électeurs, l'île de Cayenne 38,9 %.

Votre combat, c'est l'autonomie. Pour l'instant, est-ce que vous reconnaissez un certain échec ?

L'autonomie, c'est toute l'histoire de la Guyane. Nous devons toujours la poursuivre, peu importe les obstacles. Il ne faut pas l'abandonner : ce serait trahir notre mission de Guyanais. Donc ce n'est pas un échec, mais le système colonial français est rusé. Ils savent comment nous retourner, nous diviser, nous entourlouper. Toutes les évolutions outre-mer sont à l'arrêt. On attend les prochaines élections pour continuer le travail.

On nous a roulés dans la farine, et d'autres ont changé de bord. Hors de question de se contenter d'un " 74 light ". Si on le veut vraiment, il faut retourner au Congrès et le dire. La posture actuelle de certains, c'est : " Au secours, courage, fuyons. " Peu importe l'adversité, il faudra être pragmatique, tactique et trouver des alliances au Parlement. Il faut que cela aboutisse. Le contraire, c'est le chaos. En ce moment, dans les programmes des candidats à la présidentielle, tous sont favorables à l'autonomie, sauf le RN. Et ça, c'est nouveau.

Finalement, vous le dites, cela se joue au Parlement et non à l'Élysée. C'était bien une erreur de stratégie ?

Non, ce n'était pas la mission de la CTG mais celle des parlementaires. C'est là qu'on voit qu'ils ont failli à leur mission : c'était leur travail. Lors des Copil, on leur demandait et ils n'ont rien fait. Aucun lobby. Regardez la proposition de loi de Georges Patient : le résultat a été catastrophique.

Abandonnez-vous la CTG si vous êtes élu ?

Je reste à la CTG, mais je rends mes délégations exécutives. J'ai besoin de ce contact de terrain.

Vous savez où vous siégerez au Palais du Luxembourg ?

J'ai des critères, des valeurs progressistes et humanistes. Il faut que la Guyane soit visible, avec une liberté de vote.

La base minimale, c'est être en faveur de l'évolution du statut de la Guyane.

Pour finir, une question politico-politicienne. Dans le scénario où Rodolphe Alexandre passe au premier tour...

C'est loin d'être fait ! La campagne des municipales a laissé des traces. Rodolphe était en faveur de Serge Anelli à Maripasoula et de Sophie Charles à Saint-Laurent...

... on suppute sur les possibles reports de voix des soutiens de Rodolphe Alexandre. Étonnamment, en tout cas pour moi, votre nom revient aux côtés de ceux d'Hélène Sirder, par loyauté, et de Ryan Persaud, son ancien conseiller spécial proche des socio-pro, un élément important pour 2028. Pourquoi ?

Nous avons le même âge. Nous sommes des camarades d'enfance. Nous allions tous les deux au karaté. Puis nous étions ensemble dans notre groupe politique, La Crique populaire... et révolutionnaire. Nous étions marxistes-léninistes au départ, puis Rodolphe est parti à Bordeaux. Quand nous étions à Toulouse, nous appelions nos camarades de Bordeaux les Albanais, car ils lisaient le Livre vert de Kadhafi et reprenaient les idées d'Enver Hoxha.

Moi, j'étais au Moguyde, qui voulait rejoindre Héder et le PSG. Rodolphe nous accusait de faire le lit de la bourgeoisie. Bref, c'était une autre époque.

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