Ressources biologiques : les collectivités unanimes
Réunis en congrès hier matin au Conseil régional, les élus de Guyane ont voté de façon unanime la résolution pour l’accès aux ressources biologiques et au partage des avantages. Non sans avoir débattu et modifié le texte original.
Le congrès n’avait toutefois pas pour but d’évoquer dans le détail les questions liées à la diversité biologique, à leur exploitation, aux retombées économiques dont pourrait bénéficier le département, ainsi qu’aux perspectives de développement qui en découleraient. Ces réflexions ont déjà été partiellement menées et seront approfondies dans les mois qui viennent. L’objectif était avant tout de parvenir à établir un document qui permette d’appréhender les particularités guyanaises dans leur globalité. Ce, pour que la Guyane se voit dotée d’un dispositif APA qui tienne compte de ses spécificités. Les interventions des élus ont donc principalement porté sur la forme du document. Mais dans le but d’y apporter des éléments de contexte supplémentaires.
L’enjeu était donc de concevoir un document aussi exhaustif que possible. Pour ce faire, les élus ont été invités à formuler des propositions. Elles ne furent pas nombreuses, mais chaque intervention a entraîné une modification de la résolution initiale. Fabien Canavy intervient pour le groupe Nouvel élan et souligne : « La crainte du pillage de nos ressources naturelles doit rester la même. Car la manière dont les choses sont présentées me laisse penser que nous aurons toujours du retard. » Il réclame une résolution sur les OGM (organismes génétiquement modifiés) et souhaite « réaffirmer la présence des populations autochtones ».
Pour Roger-Michel Loupec, membre de la majorité régionale, il est nécessaire de « mettre en place un partenariat clair avec toutes les strates de la population ». L’objectif étant de « faire prendre conscience à tous des potentialités de notre territoire ». Et de provoquer les applaudissements de l’opposition en lançant : « Il n’y a pas d’ambiguité sur les objectifs à atteindre et nous voulons avoir les leviers qui nous permettent d’assurer notre développement. »
Line Létard siège dans les rangs de l’opposition. Elle s’étonne de ne pas voir apparaître en préambule un rappel des principales caractéristiques du territoire. « Le problème de la rétrocession des terres par l’Etat, le parallèle avec nos ressources endogènes, telles que l’or ou les hydrocarbures, la lutte contre l’exploitation illégale de ces ressources, nous devons rappeler ces éléments pour donner plus de force à nos parlementaires lorsqu’ils présenteront la résolution », déclare-t-elle.
A l’ensemble de ces suggestions, Rodolphe Alexandre acquiesce, mais rappelle toutefois : « Aujourd’hui, nous ne rédigeons pas un texte fondamental, mais une déclaration commune qui devra être transmise aux parlementaires, puis au gouvernement. Attention à ne pas nous diluer. » Ou l’expression d’une volonté de ne pas s’engouffrer immédiatement dans un débat de fond qui risquerait de compliquer davantage une question éminemment complexe. Comme le souligne le sénateur-maire de Kourou, Jean-Etienne Antoinette.
« Comment, dans le cadre actuel, bénéficier des avantages liés à notre biodiversité, s’interroge le sénateur. C’est un parcours du combattant. Car il faut démontrer que le droit actuel ne permet pas à la Guyane de tirer profit de ses ressources naturelles. Il faut donc définir un cadre juridique et fiscal, et le faire en coopération avec nos voisins. Car se pose aussi la question de la compétitivité. Les combats seront complexes. Par ailleurs, qui va financer les dépenses quand on sait que les retombées économiques ne sont pas pour demain ? L’Etat ? La Région ? La question est aussi de savoir si le gouvernement veut se doter des moyens économiques et financiers pour développer son territoire. » Et de citer l’exemple des activités d’exploitation aurifère et des hydrocarbures.
Après avoir revu et corrigé la résolution initiale, les élus régionaux et départementaux votent à l’unanimité en faveur du document. Sous le regard satisfait de la députée Chantal Berthelot. « Les élus sont bien conscients de l’enjeu de la mise en place d’un tel dispositif, assure-t-elle. Nous devons tous être acteurs de la gestion de nos ressources naturelles, en faisant participer pleinement toutes les communautés présentes sur le territoire. »
Prochaine étape : la transmission de la résolution par les parlementaires de Guyane auprès des ministères, avant la mise en place d’une commission ad hoc. Rodolphe Alexandre espère voir le dispositif aboutir « dans moins de deux ans ».
Lors du congrès, les élus devaient également se pencher sur l’inscription de quinze plantes médicinales à la pharmacopée française. Une mesure arrêté par le Conseil interministériel de l’Outre- mer (Ciom) le 6 novembre 2009. Il s’agit de permettre une valorisation de la biodiversité par le biais de l’exploitation des plantes à parfum, aromatiques et médicinales. Si les élus ont accepté de voter à l’unanimité la résolution portant sur ce point, ils ont toutefois réclamé la tenue d’un congrès consacré à cette question en septembre. « Nous contestons la méthode qui, telle qu’elle est appliquée en Guadeloupe, ne correspond pas aux réalités de la Guyane », a précisé Rodolphe Alexandre. Le docteur en pharmacologie Henri Joseph a souligné qu’une telle mesure « ouvre des perspectives de développement économique ». La Martinique, la Guadeloupe et la Réunion ont déjà établi une liste de quinze plantes. Ne manque que la Guyane.

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