Pont du Larivot : la justice détaille les raisons du retard
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JUSTICE

Pont du Larivot : la justice détaille les raisons du retard

Gaëtan TRINGHAM, g.tringham@agmedias.fr
Pont du Larivot
Photo d'illustration de l'actuel pont du Larivot prise il y a quelques mois. Les travaux du nouveau pont sur la droite de la photo • G.T.

Un expert sera chargé d'analyser les causes des retards du chantier et d'évaluer les responsabilités

La Cour administrative d'appel de Bordeaux a rejeté, ce 16 décembre, le recours de l'État dans le dossier du pont du Larivot. Le ministère de l'Aménagement du territoire contestait la nomination d'un expert par le tribunal administratif de Cayenne à la demande du groupement d'entreprises en charge des travaux.

La juridiction d'appel confirme la désignation de l'expert. Il sera chargé d'analyser les causes des retards et de donner son avis sur la faisabilité de l'ouvrage. Il devra aussi, selon la décision : "fournir tous éléments de nature à évaluer les responsabilités encourues, en précisant si les difficultés d'exécution rencontrées pour la réalisation du remblai en rive droite et des pieux sont imputables aux travaux de construction ou à la conception même du projet." On comprend, à la lecture du jugement, que c'est ce dernier point que l'État contestait. Le gouvernement souhaitait limiter la mission de l'expert. 

 

"Des durées anormalement longues de consolidation"

Dans son ordonnance, la cour administrative d'appel précise les difficultés rencontrées sur les rives du Larivot. "Le titulaire du marché a été confronté, au cours des travaux d'exécution, à des difficultés d'ordre géotechnique remettant en cause les modes constructifs retenus pour la réalisation du remblai en rive droite et des pieux et a décidé d'arrêter les travaux à partir de septembre 2024."

Les sociétés ont été "confrontées pour la réalisation du remblai en rive droite, à des durées anormalement longues de consolidation, quatre à cinq fois supérieures à celles figurant dans ses études d'exécution, entrainant un retard conséquent du chantier. Le groupement a ensuite été confronté à un phénomène de remontée des têtes des inclusions rigides, destinées à densifier le sol, provoquant un soulèvement de la plateforme."

Difficulté d'ancrage des pieux

L'ordonnance poursuit et évoque d'autres complications : "le groupement titulaire du marché a été confronté à des difficultés d'ancrage des pieux des piles et des culées du pont." Ces problématiques sont imputées "aux caractéristiques des arènes, insuffisamment argileuses et homogènes pour jouer leur rôle de soutènement, à la venue de matériaux dans les forages en raison du caractère disloqué du substratum rocheux, à la présence de blocs rocheux de grande dimension et à l'existence, sous le toit du rocher, de zones d'altération remettant en cause la portance du rocher en profondeur."

La décision soutient enfin que l'expertise ordonnée par le tribunal qui "permettra d'apporter un éclairage sur les causes de l'arrêt des travaux et sur les solutions techniques permettant de remédier aux difficultés rencontrées, en déterminant le coût et les délais de mise en œuvre de ces solutions, présente une utilité."

L'État face à ses contradictions

Ce jugement contredit certaines affirmations du gouvernement, il y a près d'un an, dans une réponse à une question du député Castor. L'État affirmait que "les caractéristiques principales des sols étaient documentées avant l'engagement des travaux et portées à la connaissance des entreprises candidates pour leur permettre de définir leur organisation et les techniques à mettre en œuvre." La justice administrative va aujourd'hui dans le sens du député qui soulignait : "l'État a tenu à réaliser ce projet sur la base d'éléments et documents d'aménagement dépassés. Ce projet, non revu et donc sous-dimensionné, est réalisé sans avoir pris la juste mesure des contraintes géotechniques des sols."

Le nouveau pont du Larivot, long de 1 300 m et prévu par les Accords de Guyane de 2017, est l'un des projets les plus attendus par les Guyanais. Chaque jour, des milliers de personnes sont prises dans les embouteillages entre Cayenne et Macouria. Le nouveau pont doit permettre un doublement de la voie et faciliter la circulation à cet endroit stratégique. 

Reste à savoir qui va payer le surcoût de plusieurs dizaines de millions d'euros sur ce chantier évalué, avant ces difficultés, à près de 150 millions d'euros. 

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