"On propose la prison et l'exode à la jeunesse"
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Politique

"On propose la prison et l'exode à la jeunesse"

Jean-Victor Castor, député de la première circonscription prend la parole à l'ouverture des Assises de la sécurité, vendredi dans l'enceinte de la Collectivité territoriale à Cayenne.
Jean-Victor Castor, député de la première circonscription prend la parole à l'ouverture des Assises de la sécurité, vendredi dans l'enceinte de la Collectivité territoriale à Cayenne. • G. GUITTEAU

 Jean-Victor Castor a parlé avec le coeur lors des Assises de la sécurité, vendredi dans l'assemblée plénière à Suzini. Sans note, il a mis devant ses responsabilités séculaires l'Etat français. Un discours retentissant dont France-Guyane publie un long passage

 La tribune était parue judicieusement dans les colonnes de Libération juste avant la venue des trois ministres : justice, Intérieur, comptes publics. Le député indépendantiste du Mouvement de décolonisation et d'émancipation sociale (MDES) y dénonçait : "un Etat défaillant, des services dépassés, une législation inadaptée."
Jean-Victor Castor interpelle les ministres, qui finalement, ne viendront qu'à la conclusion des Assises sans jamais rencontrer pendant leur séjour, des membres de la société civile. "Il serait de bon augure de poser enfin les bons mots sur les vrais maux. Délinquance, violence, pauvreté… ne sont que les symptômes d’un mal plus profond : celui d’une gestion anachronique et possessive d’un pays présenté comme étant celui des droits de l’homme", les prévient-il.
Donc, ce vendredi, vers 9 heures, le député de la première circonscription a joué le jeu car "on ne dit pas non à un rendez-vous où on parle d'insécurité." Il a donné un discours sans note, résumé de plus de trente ans de réflexion et de combat contre ce qui s'apparente pour lui à un impérialisme.

« Sur la forme et sur le fond je suis gêné car les ministres ne sont pas là.
Je pensais que les débats auraient lieu en présence des ministres. Circonscrire les problèmes de la Guyane à l'insécurité c'est s’attaquer aux effets et non aux causes. L'insécurité en Guyane c'est d'abord l'insécurité environnementale.[...]
L'insécurité historique. L’État se dit propriétaire de la terre et dans ce choc civilisationnel ce sont les peuples autochtones qui sont encore concernés principalement. Ils les ont envahis, les ont détruits et maintenant on doit leur demander « S'il vous plaît » pour obtenir un peu de terre.
C'est une insécurité civilisationnelle. C'est aussi une insécurité sociale avec une paupérisation de la population qui passe de 33% à 52% de personnes sous le seuil de pauvreté fixé à 600 euros.
"Je veux parler de l'échec total des politiques régaliennes"
C'est une insécurité économique. L’État s'est attelé à détruire les entreprises guyanaises. Dès qu'une entreprise guyanaise sort la tête, ils la coupent avec des collusions entre le Parquet et le tribunal contre une entreprise.
C'est une insécurité éducative quand on a des milliers d'enfants qui ne vont pas à l'école quand on demande à des jeunes de prendre des pirogues sur des fleuves déclarés non navigables. C'est une insécurité car on propose la prison et l'exode à la jeunesse. La présidente de la cour d'appel a tenu, hier [jeudi] un discours qui m'a plu... bizarrement. Elle a dit qu'il faut former et embaucher localement, qu'il faut s'émnciper et s'affranchir.
C'est une insécurité sanitaire avec des hommes et des femmes qui repartent. L'école des ambulanciers ne fonctionne pas. Il manque 140 personnes.
Nous avons de l'insécurité tout partout. Les ministres auraient dû être là pour leur dire : restituer les terres car ce ne sont pas vos terres. Il n'est pas normal qu'on demande aux collectivités d'acheter des terres. On est où là ? Ce n'est pas possible.
Je parle avec passion parce que c'est mon pays. Et je veux qu'on cesse les mascarades. Je veux parler de l'échec total des politiques régaliennes.

Le pays se fait piller de 10 à 15 tonnes d'or par an, depuis trente ans. La France récupère la taxe carbone mais rien pour nous. Tous les intrants qui rentrent pour la base spatiale sont exonérés d'octroi de mer par notre propre collectivité. Permettons aux enfants de rêver pour construire ce pays, la prison et l'exode ne seront jamais une perspective pour un peuple. Je vous en prie, je vous en supplie ne réduisons pas le problème de la sécurité publique à la répression ou à la prévention. Nous avons un pays immense qui à tous les atouts nécessaires. A nous de faire comprendre à cet État qui a cette tutelle que nos anciens avaient prédit ce qui se passe aujourd'hui : le chaos. »