Adjoint à la délégation des sports au sein de la majorité à Kourou, Michael Rimane a rejoint l'opposition en 2022. À un an des prochaines municipales, l'ancien footballeur, aujourd'hui salarié au sein d'Euro Propulsion au centre spatial, veut rendre la ville plus attractive, en misant entre autres sur la jeunesse kouroucienne.
Vous avez quitté la majorité tenue par le maire actuel, François Ringuet, en 2022. Qu'est-ce qui vous a poussé à changer de camp ? Pourquoi être resté élu ?
La politique menée par la majorité n'était plus en adéquation avec ce pourquoi j'étais venu faire de la politique. Très vite j'ai constaté un manque d'investissement de la part de la majorité. Ce qui a précipité mon départ, c'est une réunion fatidique pour défendre le dossier du financement pour rénover le stade Bois-Chaudat, au ministère des Outre-mer. François Ringuet m'a appelé vingt minutes avant pour me dire qu'il ne viendrait pas et que je devrais gérer mon dossier seul. J'ai compris à ce moment-là que je n'avais plus ma place dans cette majorité.
Lorsque l'on a pris la décision de quitter la majorité, nous avons fait le choix de rester élus. Des gens nous ont fait confiance, on est présents à chaque conseil, on fait des propositions, on fait remarquer les choses qui ne vont pas, et ce, jusqu'à la fin de la mandature.
Quel bilan tirez-vous de cette mandature ?
C'est un bilan catastrophique pour la population. On est une des seules communes en Guyane dont la population baisse. Il ne fait plus bon vivre à Kourou. Avec la vente de la Simko, la mairie a récolté 27 millions d'euros d'argent frais. Il y avait des dettes à combler, c'est vrai. Mais qu'est-ce qu'il a été fait du reste ? Des pistes cyclables, prévues déjà lors de la précédente mandature, et des luminaires, où des zones entières sont encore dans le noir alors que le projet est prévu depuis 2020.
Rien n'a avancé du côté de l'OIN [Opération d'intérêt national, zone d'aménagement urbain prévue entre la D16 et l'avenue Pariacabo, NDLR] : il y a une volonté politique faiblarde du côté de la mairie. Certes, l'État bloque aussi. Il faut trouver une solution et réunir les acteurs autour de la table pour développer Kourou. C'est au maire d'impulser ça.
Aussi, je tire mon chapeau aux agents de la ville qui viennent travailler comme ils peuvent, tout en manquant de matériel et sans formation pendant des années. Le projet politique, c'était par exemple de mettre un million par an pour rénover les écoles de Kourou. La plupart des écoles sont toujours à l'abandon. À côté, la mairie est capable de mettre 500 000 euros pour une fête, alors que ce n'est pas de l'investissement à long terme.
Vous annoncez être tête de liste lors des prochaines élections municipales en mars 2026. Quelle ligne politique allez-vous proposer aux Kourouciens ?
Avec notre nouveau groupe "Avenir et forces kourouciennes" (AFK), créé fin 2024, dont je suis aujourd'hui le président, nous proposons une alternative concrète à la politique menée aujourd'hui par François Ringuet. Depuis 2020, on n'a jamais arrêté de travailler, y compris depuis que nous sommes passés dans l'opposition.
Il faut retrouver une vraie structure administrative et budgétaire, avec une ligne directrice claire. Aujourd'hui, la mairie n'a pas de direction des affaires financières depuis des années. Or sans ça, on ne peut pas mener à bien nos projets. Le maire doit en rester le pilote, il doit faire le point régulièrement, réajuster quand il le faut. Mais c'est surtout un travail d'équipe, de mélange de compétences et d'expériences. Ça demande de la transparence de la part de toutes les parties prenantes, tout au long d'un projet.
Kourou a perdu 2 000 habitants entre 2016 et 2022 selon l'Insee. Vous attribuez cette baisse à un manque d'attractivité de la ville. Comment comptez-vous y répondre ?
Nous proposons d'aider les ménages primo-accédants à acheter à Kourou, quitte à ce que l'on se batte avec l'État pour encadrer les prix du foncier. Avec plus de propriétaires, la taxe foncière sera mieux répartie et le taux diminuera. Le peu de gens qui la payent aujourd'hui sont asphyxiés par son montant mais n'ont même pas d'éclairage dans leur rue. Ce n'est pas juste. Si on demande aux gens de payer autant d'impôts, ils doivent les retrouver dans l'amélioration de leurs conditions de vie au quotidien.
Nous voulons résoudre le problème de l'habitat informel en proposant à l'État, à travers la préfecture, de mettre du foncier à sa disposition afin qu'il puisse y construire des logements. Ces familles sont là, leurs enfants vont à l'école, personne n'accepterait de vivre dans des conditions aussi indignes. Laisser ces quartiers vivoter, c'est aussi laisser se développer toute l'économie informelle qui va avec, laisser prospérer les marchands de sommeil.
On veut permettre à l'ensemble de la population de pratiquer une activité sportive. Le sport véhicule des valeurs fondamentales pour nos jeunes : le respect, le dépassement de soi, la tolérance... C'est aussi un moyen de capter nos jeunes qui ne se retrouvent pas toujours dans d'autres pans de leur quotidien, comme la scolarité.
Pour lutter contre le chômage, nous tisserons des partenariats avec des centres de formation pour recruter en alternance, au sein de la mairie, et valoriser le travail des jeunes en leur servant de tremplin vers le monde professionnel.
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