Mgr Lafont : « Il touchait l'âme »
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Mgr Lafont : « Il touchait l'âme »

Propos recueillis par Audrey VIRASSAMY
Mgr Lafont, lorsqu'il était curé à Soweto, banlieue pauvre de Johannesburg, a rencontré Nelson Mandela à plusieurs reprises (DR)
Mgr Lafont, lorsqu'il était curé à Soweto, banlieue pauvre de Johannesburg, a rencontré Nelson Mandela à plusieurs reprises (DR)

Avant d'être évêque en Guyane, Emmanuel Lafont a vécu en Afrique du Sud durant l'apartheid. En juin, quand Nelson Mandela avait été hospitalisé, l'ancien curé de Soweto avait partagé avec nous ses souvenirs avec « Madiba » . Un entretien que nous publions aujourd'hui, à l'heure où le monde entier pleure le premier président noir d'Afrique du Sud, décédé hier à l'âge de 95 ans.

Pourquoi, selon vous, Nelson Mandela, exerce-t-il cette fascination sur les gens à travers le monde ?
Les gens l'aiment parce que c'est un homme bon. Il a vraiment voulu que tous vivent ensemble parce qu'il estime que la Terre appartient à tous ceux qui y habitent. Il ne pouvait pas imaginer le bonheur d'un être à l'exclusion de celui des autres. Je me souviens de cette phrase qu'il a utilisée pour terminer sa plaidoirie à son procès et qu'il a redite à sa sortie de prison 27 ans après : « Toute ma vie, j'ai lutté contre la domination blanche et j'ai lutté contre la domination noire ; je chéris l'idée d'une démocratie libre dans laquelle tout le monde pourrait vivre avec des chances égales. »
Quand avez-vous rencontré Nelson Mandela pour la première fois ?
La première fois, c'était à sa sortie de prison. Il est sorti le dimanche (11 février 1990, ndlr). Le mardi, je l'ai vu dans le stade, avec 120 000 personnes. Le vendredi d'après, grâce à sa fille, j'ai pu le voir chez lui. Nous avons rapidement été rejoints par des journalistes, mais avant, nous avons passé une demi-heure ensemble.
Comment était-il à ce moment-là ?
C'était époustouflant de voir cet homme qui était sorti de 27 ans de prison cinq jours auparavant et qui maîtrisait tout : sa façon de parler, ce qu'il avait à faire, sa vision de l'Afrique du Sud et comment y parvenir. Il était déjà aux commandes. Il dominait. Il était le maître, c'est ahurissant.
Vous êtes vous revus après cela ?
Oui, plusieurs fois. (Il se lève et montre deux photos sur son mur). Là, c'était pour un enterrement après des émeutes (Mgr Lafont est dans un stade aux gradins bondés. Au centre, plusieurs cercueils sont alignés).
Mandela est passé juste après moi. C'était six mois après sa sortie de prison. Ici (il désigne une autre photo où ils sont côte à côte), c'était pour le 1er mai.
Et la dernière fois que vous vous êtes vus ?
C'était à Paris, en 2003. Une promotion de l'Ena portait son nom et j'avais également été invité. Lorsqu'il m'a vu, il m'a demandé en souriant : « Mais qu'est-ce qu'on vous a fait en Afrique du Sud pour que vous partiez ? » Mandela, ce n'est pas un bonhomme qui veut faire l'important. C'est l'inverse. Je le vois aussi dans les dédicaces qu'il m'a faites en 1995. Lorsqu'il écrit « Compliments et meilleurs voeux pour une personne publique dont le courage et l'amour pour les plus pauvres ont produit une formidable impression sur nous tous » , c'est lui qui en ressort grandi!
Êtes-vous vous êtes d'accord pour dire que Mandela est la dernière grande figure mondiale pour la paix ?
Je ne crois pas qu'il y ait d'homme de cette taille, aujourd'hui dans le monde, même s'il y a de grands bonshommes. Lula a marqué son peuple. Mais il est quand même quelques pointures en dessous. Gorbatchev, lui aussi, a changé le cours de l'histoire, même s'il n'a pas le même charisme africain. Dans une révolution, celui qui la commence ne peut pas en récolter les fruits. Mandela a récolté les fruits comme De Gaulle en 45. Mais ce n'est pas la même histoire, on ne retiendra pas cela de la même manière.
À qui pourrait-on le comparer ?
Des hommes de cette stature, au XXe siècle, je crois qu'il y en a eu trois : Mandela, Gandhi et Jean-Paul II. Chez les trois, il y avait cette même grandeur d'être. De Gaulle pouvait forcer le respect, mais pas l'admiration comme Mandela. Il est resté humain et fragile comme un humain. Il pouvait être touché dans sa chair. C'est pour cela qu'il pouvait ressembler au plus petit. Mandela, il se souvenait de vous, il s'intéressait aux gens. Il touchait l'âme. (Il désigne deux livres sur Mandela, disposés devant lui, dont celui du journaliste Allister Sparks). J'ai avec lui des souvenirs qui ne sont dans aucun bouquin...
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(DR)
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