Toujours pas de Père Noël en Guyane
France-Antilles Téléchargez l'application France-Guyane Installer

La radio 100% Caraïbes
8s
×
VISITE MINISTÉRIELLE

Toujours pas de Père Noël en Guyane

par Gérôme GUITTEAU, g.guitteau@agmedias.fr
Jean-François Carenco s’est plié aux exigences du cabinet du maire de Cayenne qui voulait que l’édile et le ministre se rendent sur le camp précaire de migrants à la cathédrale dès vendredi soir. Il a rendu hommage à Sandra Trochimara. Cinq jours plus tard le camp était démantelé. La CTG a relogé les réfugiés dans un de ses gymnases. Si elle est allé au-delà de ses compétences, il faut savoir que la CTG est propriétaire des édifices religieux en Guyane. -
Jean-François Carenco s’est plié aux exigences du cabinet du maire de Cayenne qui voulait que l’édile et le ministre se rendent sur le camp précaire de migrants à la cathédrale dès vendredi soir. Il a rendu hommage à Sandra Trochimara. Cinq jours plus tard le camp était démantelé. La CTG a relogé les réfugiés dans un de ses gymnases. Si elle est allé au-delà de ses compétences, il faut savoir que la CTG est propriétaire des édifices religieux en Guyane. - • G.G

Le ministre délégué aux Outre-mer, Jean-François Carenco a séjourné en Guyane du 9 décembre au 14 décembre. Une visite longue qui n’a pas accouché d’annonces tonitruantes au contraire des séjours express des ministres de l’Intérieur et de la justice fin septembre.

Il habite loin de nos contrées, certes. Ses rennes ne s’épanouissent pas chez nous comme dans la toundra du cercle arctique. Le manteau pèse lourd sous cette humidité. Les raisons de la non venue du Père Noël sont nombreuses et compréhensibles mais toujours frustrantes surtout quand le ministre délégué aux Outre-mer se déplace en plein calendrier de l’Avent. La date pouvait laisser augurer des annonces heureuses... Hé ben non ! Les Guyanais n’ont pas été sages apparemment. Nous avons élu deux députés de gauche, pire des radicaux dont un veut faire le coup de poing avec le vice-président de la majorité relative à l’Assemblée nationale et un autre qui menace de mettre les manquements de l’Etat sur la scène internationale.

Les deux malmènent les services étatiques dont l’Office nationale des Forêts. Il faut croire que l’ONF a dû octroyer quelques hectares à Santa Claus sans loyer ni impôts à payer. Et selon le proverbe les ennemis de mes amis sont mes ennemis. Donc pas de cadeaux pour la Guyane cette année ou plutôt pas ceux inscrits sur la liste.

Jean-François Carenco a annoncé lors de son long séjour de 5 jours : la capitalisation de l’Epfag (Etablissement Public Foncier et d’Aménagement de la Guyane) à auteur de 26 millions plus 8 millions d’euros soit 34 millions d’euros qui vont permettre à l’organisme d’accélérer la sortie de terre des 24 OIN (Opération d’intérêt national) de plus de 5 000 hectares. De quoi sortir près de 1700 logements par an ; installation d’une mission pour lutter contre le suicide des agriculteurs et mettre sur pied un plan de développement de la filière agricole; mise en place du comité de pilotage du projet Jean-Martial ; demande à toutes les collectivités de préparer la prochaine génération 2024-2027 en recensant dès maintenant les infrastructures nécessaires ; révision simplifiée de la programmation pluriannuelle de l’énergie pour intégrer les besoins urgents de sécurisation énergétique et dans le logement.

Le ministre délégué aux Outre-mer visite l’ancien hôpital Jean-Martial. Une exposition sur le carnaval est dressée. Emmanuel Prince, délégué à la culture à la CTG est très attentif au ministre qui détient le sort du second volet du projet de musée des cultures de Guyane. L’Etat met déjà 5 millions d’euros, l’Europe 5 millions et la CTG 5 autres millions. Il manque près de dix millions d’euros pour boucler un budget qui n’est toujours pas fini alors qu’il date de... 1988 d’après Marie-Paule Jean-Louis, conservatrice en chef du patrimoine et directrice du Musée des cultures guyanaises. • D.R
Une liste qui divise les personnes interrogées

Jean-Yves Tarcy, président du Grage, vice-président de la Chambre d’agriculture

« Précipitation et manque de réponse »

« On a découvert le programme du ministre Carenco à la dernière minute. La Chambre d’agriculture n’a d’ailleurs pas reçu d’invitation officielle quant à une rencontre. Nous avons donc publié un communiqué déplorant qu’il n’ait pas trouvé le temps d’aborder le développement agricole de la Guyane lors de cette visite. Juste après la publication de ce communiqué, nous avons reçu une invitation. L’équipe du ministre m’a appelé pour me proposer de le rencontrer en tête à tête. J’ai refusé car nous sommes dans une démarche collective. Nous demandons la mise en place d’un véritable plan de développement agricole. Notamment, un programme permettant de compenser les surcoûts des matières premières dus à l’éloignement et l’insularité. Le ministre a botté en touche. Cela nous laisse l’impression d’une visite d’inauguration, comme on a l’habitude d’en voir, avec lancement de fusée au programme etc… »

 

Gabriel Serville , président de la Collectivité territoriale de Guyane

« On s'associe à ces démarches »

« Le ministre s’était engagé à venir, il a tenu son engagement. Je ne crois pas que c’est un pas de recul qu’a annoncé le ministre dans vos colonnes. Il a compris qu’il faut aller très très vite sur des points extrêmement pressants. Il va proposer un projet de loi qui va tenter d’apporter des réponses sur certains freins mais sans préjudice du gros travail que nous avons commencé pour faire évoluer le projet statutaire. Tout ce qui peut être bon pour la Guyane doit avoir notre soutien et on s’associe à ces démarches. »

 

Thara Govindin, présidente du Mouvement des entrepreneurs de France (Medef)

 « On a un ministre qui est volontaire, pragmatique »

« J’ai vu Monsieur Carenco samedi. On a eu une petite réunion avec notamment la grande distribution, puis avec les autres acteurs du monde économique, et j’ai pu constater qu’on a un ministre qui est volontaire, pragmatique et qui semble vouloir travailler avec le monde économique. Il a très bien compris qu’il peut compter sur le Medef Guyane et on travaille sur certaines propositions qu’on doit lui faire remonter. »

 

Olivier Mantez, président de la cellule économique régionale de la construction

« Nous devons nous adapter et échanger »

« Le ministre veut qu’on fasse plus vite mais c’est difficile avec le dérèglement climatique, la saison sèche se raccourcit. Ce que nous pouvions réaliser en quatre mois on doit le faire en deux mois, maintenant. L’an dernier, on n’a pas pu travailler sur la zone Palika. Pareil, il veut densifier l’habitat mais il faut en parler aux élus comme madame le maire de Saint-Laurent. Elle ne veut pas de R+3 dans sa commune. Donc comment pouvons-nous faire ? On va utiliser du concassé ? Mais ce n’est pas possible car les budgets exploseront. Donc nous devons nous adapter et échanger entre nous pour trouver des solutions. »

 

Davy Rimane, député d’opposition de la deuxième circonscription

« L'Etat doit emboîter le pas car il n'y aura pas de machine arrière de notre part »

« Je retiens que c’est quelqu’un qui découvre le territoire en tant que ministre délégué aux Outremer. Il n’y a donc pas eu d’annonces particulières. Ce sont des prises de notes, des rendez-vous. Tout cela doit se traduire dans des contrats de convergence et de transformation (CCT) [les anciens plan état-région pour les Outre-mer] qui seront arbitrés au niveau du gouvernement. Mais concrètement, il n’ y a rien.

Lors de sa visite, j’ai insisté sur le problème de fleuves non navigables et le manque de statut des piroguiers. Ce sont eux qui permettent le développement sur le fleuve. Il est temps de leur donner de la reconnaissance pour leur profession. A cela, il a répondu « oui » de suite ainsi que la présidente de l’Assemblée Nationale, en visite chez nous en ce moment à la demande de Jean-Victor Castor et moi-même.

Le ministre a beaucoup insisté sur le désenclavement aérien mais celui routier est repoussé. Il souhaite que nous l’inscrivions dans le futur CCT. Il doit se rendre compte que les élus et les habitants sont ensemble, dans le collectif Apachi (route en aluku tango). L’Etat doit emboîter le pas car il n’y aura pas Sur l’évolutions statuaire, j’ai lu avec étonnement la réponse M. Carenco. Ce n’est pas à lui de prendre position. Il y a une option prise par les élus de Guyane donc lui il ne peut pas interagir. Pourquoi choisir telle ou telle stratégie ? Cela ne lui revient pas. Le Copil n’a pas statué sur ce sujet. Par ailleurs, il y a les accords de Guyane qui restent à finaliser. La communication unilatérale de la préfecture ne nous satisfait pas. Il n’y a pas eu encore de bilan partagé. Je ne suis pas d’accord avec les chiffres avancés. »

Jean-François Carenco prend du plaisir au marché de Noël de la CTG qu’il a inauguré, vendredi, en soirée. Des produits cent pour cent Guyane qui l’ont enthousiasmé comme ceux de Biostratège, start-up fondée par la scientifique Mariana Royer. En revanche, dès son premier point presse, on sent le MOM peu avare de commentaires ou d’annonces. • G.G

Nicolas Abchée, armateur de la société Antoine Abchée et fils

« Nous n’avons reçu aucune invitation officielle. Notre comité a invité toutes les personnes intéressées pour un rendez-vous à la dernière minute et je n’y suis pas allé. La situation est connue assisté pendant longtemps ne sont pas suivi d’effets. Nous avons des problèmes de flotte. Je n’ai plus que six navires pour la pêche à la crevette au lieu de 20. On nous oblige à vendre des navires au Suriname car impropre à la pratique et on retrouve ces mêmes bateaux en train de pêcher illégalement dans nos eaux. Nous voulions récupérer des navires européens en sortie de pêche. Cela est apparemment impossible sur le plan légal car ces navires bénéficient d’un dédommagement au prix fort pour les détruire. Nous avons un décalage de vingt ans avec l’Europe. Eux veulent détruire des navires, nous en voulons des nouveaux. Chez nous, il n’y a aucune pression de ligne sur la crevette. Officiellement, la pêche illégale n’est pas intéressée par cette ressource.

Nous rencontrons aussi des problèmes de ressources humaines. Nous avons fait des dossiers de validation par acquis de l’expérience à nos capitaines en 2017. Aucun n’a obtenu son diplôme. Dans les équipages, aucun français ne veut travailler dans cette filière et l’Etat Français nous empêche d’embaucher des gens du Guyana, du Suriname et encore moins du Brésil.

Nous pourrions aussi nous lancer dans le poisson pélagique mais il faut investir 3 millions d’euros dans le navire et avoir un équipage apte à la capture. Alors, ce sont les bateaux antillais qui viennent pêcher dans les eaux guyanaises. »

Quelques haïkus de Jean-François Carenco

« Les mecs d’en face, c’est génial on les adore mais ils polluent vos rivières, donc on a besoin d’un bon service de sécurité. Ils ne peuvent pas saloper votre pays, les fleuves sont dégueulasses. Ils sont en train de vous tuer. Il faudrait interdire le mercure ». « Sur les primaires, une projection assurée sur les trois ans qui viennent : 150 classes de plus en 2025. C’est beaucoup, mais certainement pas assez ». « Nous étions à Saül, le seul endroit où il y a une église à deux clochers. Il faut y aller sur la pointe des pieds car elle est en bois. Il y a les sous pour refaire l’église de Saül qui va s’effondrer et qui est l’histoire de ce pays, mais on est sur une réglementation qui n’est pas terrible. Vous voyez le poids des procédures ». « Tous les problèmes se rencontrent en concentré ici. »

 

Édition spéciale :
Rétro 2025

Revivez toute l'actualité marquante de la Martinique

Voir la boutique

Suivez l'info en temps réel
sur l'appli France-Guyane!

Télécharger
8s
×