L'Outre-mer victime collatérale de la crise politique
Instabilité gouvernementale et visites ministérielles sans résultats apparents créent les conditions de « nouvelles explosions sociales » dans les départements et pays d'Outre-mer, alerte l'historienne Karine Sitcharn, dans une tribune parue ce jeudi 9 octobre dans le quotidien Libération
Projet de loi contre la vie chère, réforme constitutionnelle de la Nouvelle-Calédonie, groupes de travail martiniquais, guyanais et guadeloupéens sur leur propre évolution statutaire, réforme des exonérations fiscales accordées aux patrons ultramarins, reconstruction de Mayotte : la liste des sujets « Outre-mer » à l'agenda du pouvoir exécutif est interminable. Tous ces dossiers, sans exception, sont en suspens.
Ni en cours, ni annulés, il ne s'agit pas non plus des « affaires courantes » traitées par le gouvernement démissionnaire. « Dans les DROM-COM, la crise institutionnelle risque de renforcer le sentiment d'exclusion qui teinte les relations avec l'Hexagone depuis des décennies », analyse l'historienne Karine Sitcharn, dans une tribune parue ce jeudi 9 octobre dans le journal Libération.
Pour être traités, ces sujets devront a minima attendre la nomination d'un Premier ministre par le président de la République Emmanuel Macron. Selon l'enseignante-chercheuse à l'université des Antilles, « l'instabilité politique éclaire les relations entre la Vᵉ République et les départements et territoires d'outre-mer depuis 1958, scandées par deux problématiques : la question des marges d'autonomie entre ces territoires et l'État central et celle de la misère sociale et de la revendication d'égalité avec l'Hexagone. »
« Voulons-nous aussi dissoudre l’effort inédit engagé pour la Nouvelle-Calédonie et les Outre-mer ? », s'interrogeait de son côté le ministre des Outre-mer démissionnaire Manuel Valls, lui aussi dans une tribune, parue mercredi 8 octobre dans le Figaro. Pour le locataire actuel de la rue Oudinot – et qui entend bien le rester – l'enjeu est d'éviter une dissolution de l'Assemblée nationale. « Notamment parce qu’elle empêcherait de mener à terme tous les chantiers engagés pour les 2,8 millions de nos compatriotes ultramarins. » Cela reviendrait à « d’abord hypothéquer l’avenir de la Nouvelle Calédonie [mais] aussi à laisser la vie chère continuer à étrangler nos compatriotes ultramarins. »
Bien que selon le ministre, « le protocole d’objectifs et de moyens martiniquais a poursuivi sa mise en œuvre, conduisant à des baisses de prix non négligeables », les attentes des citoyens guyanais, martiniquais et guadeloupéens en la matière sont loin d'être satisfaites. Les visites ministérielles se sont succédées ces derniers mois pour dire la bonne volonté de l'État mais, les mois passant, c'est l'action même de la puissance publique qui est interrogée.
« En vérité, jamais dans ces cinquante dernières années, l'Outre-mer ne s'est trouvée en si mauvaise situation », a tenu à répondre à Manuel Valls le député européen (Rassemblement national, RN) André Rougé, dans les colonnes du magazine Valeurs actuelles. Au nom de son parti, il appelle de ses vœux une dissolution afin de « retourner aux urnes » et de porter Jordan Bardella à Matignon. Sans parler de la rue Oudinot...
« Le sentiment de relégation qu'éprouvent les habitants des DROM-COM n'est pas nouveau », conclut l'historienne Karine Sitcharn.

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