Les démolitions commencent à Vieux-Bourg
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Les Abymes

Les démolitions commencent à Vieux-Bourg

Par Anthony BASSIEN-CAPSA a.bassien-capsa@agmedias.fr
Les habitants du quartier en pleine discussion lundi matin.
Les habitants du quartier en pleine discussion lundi matin. • © DOMINIQUE CHOMEREAU-LAMOTTE

Ce lundi 10 mars, les opérations de démolitions de maisons insalubres ont débuté à Vieux-Bourg Abymes, afin de rénover le quartier. Mais les habitants expriment leur colère quant au manque d'intervention des élus.

Le quartier de Vieux-Bourg/Abymes fait l'objet d'un arrêté préfectoral daté du 6 août 2024 reconnaissant son caractère insalubre. Cela s'inscrit dans le processus engagé par la communauté d'agglomération Cap Excellence afin d'améliorer les conditions de vie de ses habitants, tout en leur proposant des solutions de relogement et de requalification de leur cadre de vie. L'EPCI(1) a confié à l'EPF (établissement public foncier) Terres Caraïbes la maîtrise foncière des parcelles concernées réparties sur une surface de 10 hectares. Cette opération concerne 80 familles. Il sera notamment chargé du portage foncier, de la gestion des biens, ainsi que des travaux de dépollution et déconstruction. Ce lundi matin, une première opération de démolition de bâtiments vides a débuté, au grand désarroi des habitants qui n'ont pas hésité à manifester leur colère envers les élus et l'EPF.

Un sentiment d'oubli

Les résidents se sentent oubliés par la ville des Abymes, Cap Excellence et Terres Caraïbes, bien qu'ils aient été prévenus du début des démolitions de maisons insalubres et inoccupées durant des réunions publiques, comme l'explique Célina Mennock, présidente de l'ADAVBA (Association de défense et d'animation de Vieux-Bourg Abymes) : « Ce que nous demandons simplement, c'est de voir les personnes concernées, ainsi que les autorités, de façon à ce qu'on puisse nous dire où l'on va reloger les résidents n'ayant pas encore de proposition de la part de l'EPF ou des bailleurs sociaux. Nous avons la MOUS (maîtrise d'œuvre urbaine et sociale) qui vient et fait son travail, mais ils ne savent pas où reloger une tranche de la population voulant, par exemple, une accession sociale avec des aides qui viennent avec. C'est donc une problématique, car les logements qu'ils nous proposent ne sont pas décents et ils le savent parfaitement. »

Un manque de respect

Georgette Sainte-Rose et Aurel Niçoise résident à Vieux-Bourg depuis les années 1970. Tout comme la plupart des habitants du quartier, ils dénoncent le manque d'intervention de la part d'Éric Jalton, maire des Abymes et président de Cap Excellence, mais aussi le fait de ne pas avoir été prévenus du début du chantier : « Je ne suis pas contre la démolition des maisons inhabitables, mais ils auraient dû nous voir dans ces conditions, parce qu'on voit des tracteurs et on ne sait pas ce qu'il se passe. On devrait venir nous le dire », se plaint Georgette. « Je les avais déjà prévenus (l'EPF Terres Caraïbes) : je ne suis pas contre le projet, mais ils ne devraient pas toucher au local où je fais ma musique et ils ne vont me pas me donner un lieu approprié pour cela », martèle de son côté Aurel. Les deux résidents ressentent un irrespect de la part des autorités : « Nous pouvons payer le loyer. Est-ce que c'est juste que c'est bon de demander à ces individus si l'on peut détruire le pays sans avertir le peuple ? », s'insurge la résidente. « J'ai une vie à Vieux-Bourg Abymes ! Je plante des madères, j'ai réparé des motos. Ma mère y réside depuis les années 60 et j'ai dit à Jalton que je ne suis pas contre ce projet, mais qu'il ne touche pas à mon atelier. J'ai le droit d'être en désaccord, mais c'est nous qui l'avons élu. Il devrait réhabiliter le quartier pour les Guadeloupéens et il construit des bâtiments partout ! Pas étonnant que cela devienne insalubre par la suite ! Ce n'est pas un projet pour nous », s'exclame Aurel Niçoise.

(1) établissement public de coopération intercommunale

Célina Mennock, présidente de l'ADAVBA (Association de défense et d'animation de Vieux-Bourg Abymes).
Célina Mennock, présidente de l'ADAVBA (Association de défense et d'animation de Vieux-Bourg Abymes). • © Dominique CHOMEREAU-LAMOTTE
Georgette Sainte-Rose, habitante de Vieux-Bourg Abymes.
Georgette Sainte-Rose, habitante de Vieux-Bourg Abymes. • © Dominique CHOMEREAU-LAMOTTE
Les opérations de démolition des maisons insalubres et inoccupées ont commencé ce lundi 10 mars à Vieux-Bourg/Abymes.
Les opérations de démolition des maisons insalubres et inoccupées ont commencé ce lundi 10 mars à Vieux-Bourg/Abymes. • © Dominique CHOMEREAU-LAMOTTE

Deux programmes résidentiels en construction aux Abymes

Pendant que les travaux de démolition des maisons vacantes débutent à Vieux-Bourg, dans d'autres secteur des Abymes, deux programmes résidentiels neufs sont en train de voir le jour : la résidence P19/P20 à Grand-Camp, amenée à remplacer l'ancienne résidence des Collinettes 130 (démolie entre 2022 et 2024) et celle du Terrain Mapa à Dothémare, non loin du centre-ville. Ces deux projets sont réalisés sous la houlette du bailleur social qu'est la SIKOA. Le premier sera un programme de type PSLA (prêt social location-accession) comportant 84 logements (de typologie T3 et T4) et 4 locaux d'activités. Le deuxième est une opération mixte de 48 logements (35 logements pour les séniors, 13 logements individuels en PSLA) et d'1 local d'activités qui est d'ailleurs labellisée HQE (haute qualité environnementale) par le certficateur CERQUAL. Ces deux programmes résidentiels devraient être achevés dans le courant de cette année ou l'année prochaine. 

Source : SIKOA

Des grands ensembles HLM seront démolis dans le cadre de la RUCAP

Le secteur de Vieux-Bourg/Abymes n'est pas le seul secteur qui verra des démolitions de logements vétustes dans le cadre de la RUCAP (Rénovation urbaine de Cap Excellence). Ce sera aussi le cas des bâtiments des résidences des Chicanes à Grand-Camp, dont leur démolition est actée depuis 2022 et qui aurait dû avoir débuté l'an passé, alors que l'on s'interroge toujours sur le relogement des locataires. À Pointe-à-Pitre, ce sont les résidences des Lauriers et Mandela, ainsi que les cités Bergevin et Mortenol qui disparaîtront du paysage de la ville dans les mois et les années à venir. Tous ces ensembles de logements sociaux seront remplacés par des bâtiments plus modernes et à taille humaine d'ici 2030. 

Des concertations ont eu néanmoins lieu

Corine Vingataramin, directrice générale de Terres Caraïbes se veut rassurante quant au bon déroulement de ce projet urbain ambitieux : « Il y a eu plusieurs réunions de concertations avec l'ensemble des habitants. Ils ont tous été informés que Terres Caraïbes avait été mandaté par Cap Excellence pour procéder à l'acquisition des terrains et à la libération des sols. Je rappelle qu'on n'est pas en train de détruire l'ensemble du quartier, mais que nous sommes en train d'initier une première phase de travaux. L'objectif de cette dernière est de démolir les maisons vacantes et de faire un curage des ruines, de manière à assainir le quartier, autrement dit, on va le rendre plus sain tout en évitant la prolifération de nuisibles ». Elle évoque ensuite le relogement des résidents : « Certains d'entre eux veulent être relogés, parce qu'ils ont vu le quartier se dégrader au fil des ans et cette insalubrité de plus en plus menaçante les gêne profondément. Et contrairement à ce que l'on pense, beaucoup d'habitants souhaitent partir ». Reste à savoir si des résidents de longue date accepteront de voir des structures modernes entrer dans leur lieu de vie pour leur bien.

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