Législatives 2024. Vers un second tour sans suspens et atypique
C'était le slogan lancé dès le premier jour de campagne par Jean-Victor Castor. Cela apparaissait présomptueux mais la prime au sortant et la volonté de donner sa chance jusqu'au bout au duo formé avec Davy Rimane a emporté le scrutin anticipé. Pour autant, malgré ce raz de marée, un second tour se déroule samedi prochain. Pourquoi ?
Dès les premiers bulletins de vote dépouillés, à 18 heures, samedi, la tendance à la continuité l'emporte.
Jean-Victor Castor et Davy Rimane obtiennent plus de la moitié des voix dans les bureaux de vote, avec quelques exceptions ici ou là. Yvane Goua l'emporte à Saint-Georges, Boris Chong-Sit à Régina, Sophie Charles à Papaïchton et à Grand-Santi.
Pour autant, une victoire dès le premier tour se dessine. Le slogan "Un jour, un tour" d'Élie Castor et de Georges Othily fait son effet. Le sort qui avait frappé Rodolphe Alexandre en 2021 est rompu. Les Guyanais choisissent la continuité lors de ce premier tour.
Les porte-voix de la dignité
"Je sentais cela arriver. Les gens se moquent de savoir si Jean-Victor Castor est indépendantiste. Ils veulent un porte-voix qui pose les questions de notre dignité. En plus, la jeunesse monte. Le corps sociétal change et porte cette question de dignité. Ce n'est pas propre à la Guyane, mais à l'ensemble des Outre-mers", observe maître Lingibé.
On rappelle que nos deux députés étaient parmi les 150 les plus actifs à l'oral.
En plus d'un colloque international sur le foncier, une contre-rentrée des députés ultramarins en Guyane...
Si le raz de marée, selon des résultats qui restent provisoires jusqu'à dimanche soir, se confirme, les deux membres de la Gauche démocrate et républicaine l'emportent dès le premier tour. Mais incongruité du code électoral, un second tour est annoncé. Pourquoi ?
"Le code électoral L126 est limpide. Nul n'est élu au premier tour de scrutin s'il n'a réuni : 1° La majorité absolue des suffrages exprimés ; 2° Un nombre de suffrages égal au quart du nombre des électeurs inscrits. Il faut donc 14 799 voix pour l'emporter au premier tour dans la première circonscription et 12 390 dans la seconde", indique maître Lingibé.
L'article L126
Avec une participation certes en hausse mais pas mirobolante, autour de 33 %, il est quasi impossible de rassembler autant de suffrages.
En 2022, seuls 5 députés sont élus au premier tour, contre 110 en 2017.
Néanmoins, le candidat arrivé en deuxième place peut se désister, mais il y aura quand même un second tour. Et si le candidat arrivé deuxième se désiste, le troisième ne peut pas se présenter. Enfin, il peut présenter sa candidature mais le préfet saisit le Tribunal administratif qui décide dans les trois jours de la validée ou non de la candidature.
C'est ce que propose de faire Jean-Philippe Dolor, arrivé 3e, samedi dans la seconde circonscription, depuis le désistement de Sophie Charles. Un précédent existe, nous l'avons trouvé avec maître Patrick Lingibé.
Seul au second tour ?
"Le cas s'est présenté en 1978 dans le Val-de-Marne. Georges Marchais, le communiste, l'emporte au premier tour largement avec 43 % des voix. Patrice Hernu du PS, qui cumule 17 % des voix, se désiste. Jean-Marie Benoist de l'UDF ne peut pas se présenter car il a moins de 12,5 % des inscrits et il est arrivé 3e. Le TA du Val-de-Marne, confirmé par le Conseil constitutionnel, refuse sa participation au second tour", raconte Patrick Lingibé. Georges Marchais ira seul au second tour. Une voix lui suffit. Il est élu avec 100 % des suffrages.
La décision du CC Le précédent de 1978 dans le Val de Marne
Des fonctionnaires de la préfecture partagent la lecture de cette jurisprudence. Nous avons un magistrat du TA dès samedi, mais il a refusé de nous répondre.
Dans la première circonscription, Boris Chong-Sit n'envisage pas de se désister (lire l'entretien réalisé dimanche). "La seule règle est la loi électorale. C'est aussi simple que ça", déclare le candidat divers centre.
Se pose la question de l'intérêt d'aller au second tour face à quelqu'un qui a recueilli plus de 60 % des suffrages lors du premier tour. Si on peut comprendre la déception de Sophie Charles, qui perd dans son propre bureau de vote, la position de se maintenir de Boris Chong-Sit se comprend aussi. "Je ne veux pas abandonner les 3 300 électeurs et ma proposition politique qui a toute sa place dans le débat public. Le report des voix en ma faveur par rapport à 2022 en est la preuve", remarque l'avocat.
Une manière de montrer aussi le nouveau clivage qui s'installe en Guyane entre la volonté d'une autonomie la plus large possible et celle d'une autonomie négociée avec la France.

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