Législatives 2024. Boris Chong-Sit : "La Guyane mérite d'avoir un député plus ouvert sur d'autres choses que des idéologies hostiles à l'État"
À la suite du scrutin de samedi, Boris Chong-Sit, divers centre, revient sur ses résultats, sa vision pour la Guyane, et ses perspectives pour le second tour. Malgré une progression notable par rapport à 2022, il doit faire face à un écart abyssal avec son principal concurrent, Jean-Victor Castor, et à la défiance suscitée par des accusations d'alignement avec Emmanuel Macron.
Ce soir, quel est votre sentiment ? Soupe à la grimace malgré vos 1 000 voix de plus qu'en 2022 ?
Je suis content de progresser. Cela veut dire que ma candidature a sa place dans le débat public. Je suis très surpris, comme beaucoup de commentateurs de la vie politique, de l'écart qu'il y a entre M. Castor et tous ses concurrents. Dont acte. Il va falloir maintenant convaincre une majorité d'électeurs de rejoindre la position que je défends, qui est une position alternative à M. Castor.
Elle s'inscrit dans une volonté de rassembler, de discuter avec l'État que je ne vois pas de manière hostile, même si j'entends discuter fermement avec lui. Il me semble que la posture de M. Castor, qui est à minima celle de la défiance vis-à-vis de l'État, ne peut pas nous apporter des résultats concrets.
Pour autant, on comprend ce soir qu'en termes de communication politique, cela est efficace. L'élargissement de sa base électorale laisse présumer que beaucoup de supporters du Front populaire sur le plan national sont allés voter pour lui, qui représente ce bloc.
Pensez-vous vous désister ?
Il n'est pas envisageable de se désister. Si je me suis porté candidat, c'est parce que je crois qu'il est utile pour mon pays de proposer à la population une forme alternative d'exercice du mandat. Ma qualification accrédite cette alternative-là même si, avec lucidité, je mesure que le chemin pour rattraper M. Castor sera très difficile. Mais c'est la démocratie et j'accepterai le résultat la semaine prochaine.
Vous y allez dans une forme de respect à donner à vos 3 330 voix qui vous auraient donné la première place au premier tour, il y a deux ans ?
Je ne vais pas abandonner les électeurs et surtout la proposition que je fais. La pratique de la fonction de député par M. Castor n'est pas ce qu'il faut pour la Guyane. La Guyane mérite d'avoir un député plus ouvert sur d'autres choses que des idéologies hostiles à l'État, qui vont même jusqu'à une volonté d'indépendance, alors que nous sommes dans une démarche d'autonomie.
Le positionnement international de M. Castor le conduit à aller à Bakou en Azerbaïdjan auprès de pays non-alignés dont le but est de lutter contre le colonialisme et le néocolonialisme.
Cela reste un choix cohérent pour lui mais cela n'est pas pertinent pour la Guyane. J'ajoute que si on se retrouve avec une majorité RN/LR, il sera en totale incapacité de pouvoir être écouté et suivi par un gouvernement qui ne voit la Guyane ni indépendante ni même autonome.
J'ai peur qu'une telle posture, à l'opposé du spectre politique de ce camp, provoque la paralysie des dossiers guyanais. Nous avons, en tant que représentants de la Guyane, intérêt à travailler avec l'État. C'est ma stratégie, clairement différente de celle de M. Castor.
Vos adversaires vous ont dénigré sur la base d'un engagement auprès d'Emmanuel Macron. Est-ce que cela vous a été préjudiciable ?
Évidemment. Lors de la campagne sur le terrain, c'est revenu alors que je n'ai jamais supporté M. Macron, ni en 2017, ni lors de la crise du Covid et de son plan vaccinal. Les gens se sont montrés surpris quand je leur ai dit que je ne rejoindrai pas Renaissance car on leur a dit que j'étais un faux nez pour M. Macron. C'est le jeu politicien de mes adversaires qui ont mis en avant ce mensonge. Je vais, pendant la semaine, dissiper ce mensonge.
À chaud, quelle est votre analyse du scrutin de samedi ?
Il y a une défiance de la présidence de M. Macron qui fédère des colères de droite et de gauche. Il y a aussi la prime au sortant qui, dans une campagne très courte, laisse peu de place pour convaincre. Et puis, il y a cette explosion de voix qui surprend, qui surprend même M. Castor. Avec de tels chiffres, on doit aussi reconnaître une part d'adhésion des électeurs au discours et à la posture de M. Castor.
Quels sont les thèmes que vous voulez aborder lors du second tour ?
Celui du rapport à l'État. Je ne lui voue aucune hostilité. Je souhaite avoir un discours ferme et des résultats négociés. Je veux venir en soutien de l'activité économique qui sera mise à mal par une majorité NFP et les écologistes. Elle fragilisera la vie des entreprises alors que notre économie est déjà fragile. Je vais aller au fond des sujets et non rester dans la communication.
Est-ce que le scrutin de samedi ne signifie pas la fin du tabou sur l'indépendance ? Les jeunes qui ont voté en masse pour Jean-Victor ne souhaitent-ils pas revoir le paradigme qui nous lie à l'État ?
Les manquements que l'État démontre sur de nombreux sujets : infrastructures défaillantes, carence des services publics, le désenclavement, plus la politique de Macron qui suscite l’hostilité en Outre-mer, fédère tous ces mécontentements. Je ne crois pas que cela concerne la question de l'indépendance. Pour moi, cela ne peut pas se produire.

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