L'Assemblée Nationale en surchauffe face à la réintégration des soignants non-vaccinés
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L'Assemblée Nationale en surchauffe face à la réintégration des soignants non-vaccinés

À Paris, Mary Bildy
Olivier Serva député (GUADELOUPE)
Olivier Serva député (GUADELOUPE) • JS

Lors d'une séance de nuit houleuse et imprévisible (de jeudi à vendredi), les députés ont renoncé à voter la proposition de loi permettant de réintégrer les soignants non-vaccinés. Ulcérés, les élus antillais, guyanais et de tout l'Outre-mer ont promis de ne pas en rester là.

« La huitième vague épidémique est déjà là, certains endroits connaissent des déprogrammations : l'épidémie de Covid n'est pas terminée ! ». À écouter Olivier Véran, sur les bancs de l'Assemblée nationale, dans la nuit de jeudi à vendredi, il se dégageait une curieuse impression de « déjà-vu ». Olivier Véran n'est plus ministre de la Santé mais porte-parole du gouvernement : il a fait une arrivée inattendue dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale à une heure tardive.

Au moment où Olivier Véran vient défendre la vaccination obligatoire, la séance a viré au pugilat depuis plusieurs heures déjà. Contre toute attente - et parce que les élus du parti de gauche La France Insoumise ont finalement renoncé à discuter de leur texte d'abolition de la corrida - la proposition de loi sur la réintégration des soignants non-vaccinés est débattue dans l'hémicycle. « La suspension des personnels soignants non-vaccinés a déclenché une crise sociale partout en France mais particulièrement dans l'Outre-mer, rappelait le député (LFI) martiniquais Jean-Philippe Nilor. La situation a bien changé depuis la crise. L'État doit reconnaître l'abandon de nos hôpitaux depuis tant d'années ! Vous nous parlez d'éthique mais où fut l'éthique pendant l'empoisonnement au chlordécone ? Nous avons besoin de tous les soignants ! Il n'y a pas de droit à la santé en Martinique ! ».

Face à lui - et aux élus de tout l'Outre-mer, tout aussi remontés - le gouvernement et les élus qui le soutiennent avançaient des arguments sanitaires pour justifier leur opposition farouche à la réintégration des soignants non-vaccinés. « Ce serait un signal désastreux pour les soignants vaccinés, justifiait ainsi Thomas Mesnier, député (Horizons, soutien de la majorité présidentielle). La Haute autorité de santé s'est dite favorable au maintien de la suspension des personnels non-vaccinés. L'abroger serait une prime à la désobéissance ».

 

 

« Nous ne vous lâcherons pas ! »

« Nos territoires sont à l'agonie sanitaire, les services d'urgence sont fermés la nuit, l'argument selon lequel la vaccination empêche d'attraper ou de transmettre la maladie n'a aucun fondement scientifique », argumentait encore de façon passionnée Davy Rimane, élu (GDR) de Guyane. Jusqu'à ce que la situation bascule encore, en raison d'une coalition des élus ultramarins et du faible nombre de députés de la majorité - relative - des députés soutenant le gouvernement d'Emmanuel Macron. « C'est un sujet important où la passion n'a pas sa place, lançait Elie Califer, deputé (PS) de Guadeloupe. Nous ne sommes plus en état d'urgence sanitaire. Les restaurants sont ouverts, les centres commerciaux aussi, qui brassent beaucoup de monde : la vie a repris et c'est tant mieux. »

Avec des élus au pied du mur, dans une séance consacrée à l'examen de cette proposition de loi de l'opposition de gauche censée se terminer à minuit au plus tard, la séance a déraillé. Rappels au règlement, suspensions, invectives entre députés et dépôts d'amendements de dernière minute : les élus favorables au vote de la proposition de loi ont dénoncé « de l'obstruction » de la part du gouvernement. Pour le parti de la majorité présidentielle, il s'agissait surtout de gagner du temps.

Constatant son échec, la rapporteure du texte, l'élue de gauche (LFI) Caroline Fiat, a promis au gouvernement que le texte reviendrait pour un nouvel examen dans l'hémicycle. « Nous ne vous lâcherons pas ! », a-t-elle lancé. 

Quelques minutes avant l'heure fatidique de la fin de la séance, les élus de gauche et tous les élus d'Outre-mer ont quitté bruyamment l'hémicycle. Au milieu du brouhaha et des insultes qui fusaient de toutes parts, la présidente de la séance, la députée (Horizons) Naïma Moutchou a clôturé les débats : « La séance est suspendue ! »

 

Encadré
Complément n°2049834
 

Olivier Serva perd ses nerfs

Olivier Serva député (GUADELOUPE)
Olivier Serva député (GUADELOUPE) • JS

Ce n'est qu'un épisode parmi les innombrables invectives et les passes d'armes fleuries qui ont émaillé cette séance houleuse mais c'est peut-être la petite phrase qui résume le mieux la soirée : " Tu vas la fermer ! ", a lancé Olivier Serva, député (LIOT) de Guadeloupe à l'un de ses collègues. La séance a été immédiatement suspendue.

Un peu plus tard, le député Serva est réapparu, plus remonté que jamais, entouré de ses collègues de gauche de Martinique, de Guadeloupe et de la Réunion. " Vous êtes minoritaires et vous empêchez le débat par vos petites mesquineries obstructives ", constatait-il, amer, à l'endroit de groupes politiques qu'il lui arrive pourtant de soutenir à d'autres moments de la vie parlementaire.

Mieux encore que son coup de sang, le fait qu'Olivier Serva ait rejoint ses collègues ultramarins de gauche sur leurs bancs montre que les élus d'Outre-mer se sont sentis mis à l'écart à propos d'un sujet qui revêt pour eux une importance existentielle.


Macron appelle à une décision « scientifique » et « pas politique »


Emmanuel Macron a estimé vendredi que le retour à l'hôpital des soignants non vaccinés contre le Covid-19 devait être une décision "scientifiquement établie", "pas un choix politique". "Si les scientifiques, les médecins, les soignants nous disent que c'est souhaitable d'un point de vue scientifique de réintégrer ces soignants, il faut que le gouvernement le fasse", a déclaré le chef de l'Etat lors d'un déplacement à Dijon. "Ce n'est pas un choix politique", a-t-il ajouté, alors qu'une proposition de loi des députés LFI visant la réintégration du personnel de santé non vacciné n'a pas pu être votée jeudi à l'Assemblée, l'opposition accusant le camp présidentiel de ralentir les débats.