En février 2008, un mois avant de perdre son mandat au profit de René Monerville, Joseph Chanel (avec l'écharpe tricolore) avait reçu Nicolas Sarkozy à Camopi (photo d'archives)
Largement battu en mars dernier lors de l'élection invalidée en juin, Joseph Chanel distance cette fois René Monerville, créant la surprise dans la commune de l'Oyapock.
René Monerville (au centre) avait conservé le soutien de son ancien premier adjoint, Laurent Yawalou (à gauche) mais perdu celui d'Albert Mifsud, chef coutumier Wayana de Camopi (à droite).
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C'est un véritable retournement de situation auquel on a assisté ce dimanche à Camopi. Alors que le maire sortant, René Monerville, s'était largement imposé le 23 mars, il a cette fois été battu par Joseph Chanel, maire de la commune de 1992 à 2008. Crédité d'à peine 31,6% des votes en mars, Chanel en a cette fois recueilli 52%. En nombre de voix, il s'impose avec 297 suffrages contre 274. Chanel a gagné 89 voix par rapport au 23 mars, tandis que Monerville en a perdu 175.
UNE PARTICIPATION EN BAISSE
Le vote de dimanche a moins mobilisé qu'il y a huit mois. Sur 862 inscrits, 575 se sont rendus aux urnes, soit 78 de moins. Mais cette baisse de la participation ne suffit pas à expliquer à elle seule le revers de Monerville. Pas plus que l'évolution du vote à Trois-Sauts. C'est de là qu'était venue l'invalidation du scrutin du 23 mars. Joseph Chanel avait en effet déposé un recours en arguant que ses colistiers avaient été écartés de ce bureau de vote par René Monerville lors du dépouillement. Mais le maire sortant y reste majoritaire, recueillant 14 0 voix contre 63 pour son adversaire. C'est plutôt dans le bourg que Chanel a fait la différence. Il y distance Monerville de cent voix tout juste (234 voix contre 134). La présence, en troisième position, d'Albert Mifsud, chef coutumier Wayana de Camopi, sur la liste de Chanel n'y est peut-être pas totalement étrangère. Il avait pourtant été intronisé par... René Monerville.
DES COLISTIERS QUI SE DÉSISTENT
Ce qui pourrait aussi expliquer la défaite du maire sortant, c'est l'évolution de sa liste entre le scrutin du 23 mars et celui de ce dimanche. René Monerville a en effet vu la défection de huit de ses colistiers, notamment de six agents du parc national. En huit mois, Monerville a donc perdu de précieux soutiens parmi ces agents qui, à Camopi, disposent d'une certaine influence. Il a peut-être payé là son manque de positionnement clair sur le sujet sensible de l'adhésion à la charte du parc national, bien que son adversaire ait une position pour le moins ambiguë sur le sujet (lire ci-dessus).
Ce qui est sûr, c'est que cette fois les Camopiens n'ont pas fait payer à Chanel ses démêlés avec la justice pour complicité d'orpaillage. En 2008, il avait écopé de dix mois de prison avec sursis pour avoir utilisé sa pirogue afin de ravitailler des sites d'orpaillage illégaux. L'histoire retiendra qu'il naviguait alors avec un moteur offert en 2007 par le président Sarkozy.
Retrouvez le détail des résultats sur www.france-guyane.fr
Régina retournera aux urnes
Quatre sièges sont à pourvoir au conseil municipal de Régina lors de l'élection municipale partielle, dont le premier tour avait lieu dimanche. La participation a été faible, à peine 39,6%. Dix candidats étaient en lice mais aucun n'est parvenu à être élu dès ce premier tour. Seule Natalie Nelom, qui ne s'était pas présentée en mars dernier, a obtenu plus de 50% des suffrages exprimés (52,6%). Mais ayant obtenu moins de 25% du nombre total d'inscrits (20,34%), elle devra passer par le second tour qui se tiendra ce dimanche 23 novembre.
Charte du Pag, le dossier en souffrance
À l'origine, Camopi devait se prononcer sur son adhésion ou non à la charte du Parc amazonien de Guyane (Pag) avant le premier tour de l'élection de mars dernier. Mais René Monerville avait repoussé le vote, jugeant plus juste que la décision soit prise par le nouveau conseil municipal. L'annulation de l'élection du 23 mars avait provoqué un nouveau report de cette décision. Interrogé par France-Guyane peu avant le 23 mars, René Monerville était resté prudent sur le sujet, refusant de se positionner personnellement. Quant à Joseph Chanel, lors d'un débat radiophonique, il avait simplement répondu qu'il était à la fois « pour et contre » le Parc, sans développer cette position schizophrène.
AUCUN AGENT DU PARC AU CONSEIL MUNICIPAL
Depuis, un changement de taille s'est produit au sein du conseil municipal, qui pourrait, en quelque sorte, libérer le débat. La nouvelle municipalité ne compte en effet aucun agent du Pag, alors qu'ils étaient sept à siéger dans l'ancienne équipe. Tandis que les discussions étaient largement entamées avec Monerville, un agent du Pag reconnaissait hier qu'avec l'élection de Chanel, il faudrait « repartir de zéro » . Partisans et opposants n'en ont donc pas fini avec leur lobbying. L'enjeu est qu'en cas de refus de la charte, le bourg de Camopi, qui se trouve en zone de libre adhésion, sortirait du périmètre du parc national. Camopi se priverait alors des aides du Parc pour le développement du bourg qui ne serait, dans le même temps, plus contraint de respecter la réglementation du parc national.
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