Illettrisme dans les outre-mer : un diagnostic alarmant qui pousse l'État à agir
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Illettrisme dans les outre-mer : un diagnostic alarmant qui pousse l'État à agir

Christophe VERGER
Le gouvernement a présenté le premier plan interministériel entièrement consacré à la prévention et à la lutte contre l'illettrisme.
Le gouvernement a présenté le premier plan interministériel entièrement consacré à la prévention et à la lutte contre l'illettrisme. • PEXELS @LEAH NEWHOUSE

Avec des taux jusqu'à cinq fois supérieurs à ceux de l'Hexagone et une jeunesse massivement touchée, l'illettrisme demeure l'un des principaux freins au développement social et économique des territoires ultramarins. Face à cette urgence, l'État lance un plan interministériel inédit pour la période 2025-2028.

Dans les départements et régions d'outre-mer, l'illettrisme reste un défi majeur. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : jusqu'à 25 % de la population à Mayotte, plus de 20 % en Guyane, environ 12 % à La Réunion, 9 % en Guadeloupe, 8 % en Martinique. Ces taux, deux à cinq fois supérieurs à ceux observés dans l'Hexagone, traduisent l'ampleur d'un phénomène qui touche des milliers de familles et fragilise durablement les trajectoires individuelles. Plus d'un jeune sur deux est confronté à de graves difficultés de lecture dans certains territoires, signe d'une urgence éducative et sociale persistante.

Être en situation d'illettrisme va bien au-delà de la simple incapacité à lire ou à écrire. Selon les études de l'INSEE, les personnes concernées sont plus exposées à la pauvreté, disposent de revenus plus modestes et accèdent plus difficilement à un emploi durable. Les difficultés s'accumulent : accès limité à la formation, obstacles dans les démarches administratives, fragilité face au logement ou à la santé. L'illettrisme et la précarité s'entretiennent mutuellement, créant un cercle vicieux dont il est difficile de sortir sans accompagnement.

Un frein au développement des territoires

Les conséquences de l'illettrisme dépassent largement les trajectoires individuelles. Elles pèsent aussi sur la vitalité économique et sociale des outre-mer. En réduisant les niveaux de qualification, l'illettrisme limite la compétitivité des entreprises et freine les dynamiques d'innovation. Les acteurs économiques peinent à recruter, notamment dans les secteurs en tension où la maîtrise des compétences de base reste indispensable. Les services publics, eux, doivent consacrer des moyens supplémentaires pour accompagner des publics fragilisés, tandis que les dynamiques de croissance s'essoufflent. L'illettrisme agit ainsi comme un frein structurel au développement des territoires ultramarins.

Une démarche construite avec les territoires

Ce plan n'a pas été élaboré depuis Paris, mais avec les territoires. Un large travail de diagnostic et de concertation a été mené localement avec les préfets, les recteurs, les commissaires à la lutte contre la pauvreté, les DEETS, les collectivités territoriales, les missions locales, les opérateurs de formation, les OPCO et de nombreux acteurs de terrain. Cette approche vise à garantir la pertinence et l'efficacité des mesures en prenant en compte les réalités locales.

Le plan reconnaît pleinement la diversité linguistique et culturelle des outre-mer. Le plurilinguisme, créole, langues amérindiennes, comorien, shimaoré, bushinengue n'est pas considéré comme un frein, mais comme une ressource à valoriser pour faciliter l'apprentissage du français, langue de l'école, de l'emploi et de la citoyenneté. Les contraintes géographiques, l'accès parfois difficile aux structures de formation et l'hétérogénéité des parcours scolaires rendent indispensable une stratégie adaptée à chaque territoire.

Six axes stratégiques pour rompre la spirale de l'illettrisme

Le plan s'articule autour de six axes stratégiques et seize mesures destinées à agir à toutes les étapes de la vie : 

- Le premier axe vise à structurer et piloter la politique de lutte contre l'illettrisme en renforçant la coordination des acteurs. 

- Le deuxième se concentre sur la prévention précoce, de la petite enfance jusqu'à la scolarité obligatoire, en impliquant davantage les familles. 

- Le troisième repose sur la généralisation du repérage des personnes en difficulté

- Le quatrième cherche à faciliter l'accès aux savoirs de base dans le monde du travail. 

- Le cinquième met l'accent sur l'évaluation des dispositifs pour mieux exploiter les résultats

- Le sixième sur la sensibilisation, afin de réduire les stéréotypes, encourager la mobilisation et rendre visible l'illettrisme comme un enjeu collectif.

Cette stratégie couvre à la fois la prévention et la remédiation. Elle s'adresse aux enfants, aux jeunes, aux actifs, aux demandeurs d'emploi comme aux personnes les plus vulnérables, pour garantir que personne ne soit laissé de côté.

Un suivi exigeant pour mesurer les résultats

Pour garantir l'efficacité du dispositif, un suivi annuel et une évaluation régulière seront menés dans chaque territoire ultramarin. L'objectif est de disposer d'indicateurs fiables permettant de mesurer l'évolution de l'illettrisme et de l'illectronisme, d'ajuster les actions si nécessaire et d'assurer la transparence des résultats. Cette culture de l'évaluation vise à maximiser l'impact du plan et à garantir que chaque investissement public contribue à réduire durablement les inégalités.

En lançant ce premier plan interministériel, l'État affiche une volonté forte : réduire l'une des inégalités les plus profondes qui touchent les territoires ultramarins. La lutte contre l'illettrisme n'est pas seulement une question éducative ; elle engage l'avenir économique, social et citoyen des outre-mer. Ce plan marque une étape structurante pour leur permettre d'avancer vers plus d'égalité des chances, de cohésion et de développement.

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