Jean-Victor Castor : « Décoloniser est un droit que nous devons arracher, pas une question de chantage »
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Jean-Victor Castor : " Décoloniser est un droit que nous devons arracher, pas une question de chantage "

Gérôme GUITTEAU, g.guitteau@agmedias.fr
Jean-Victor Castor, député est revenu lors d'une conférence de presse, samedi, sur son activité de parlementaire.
Jean-Victor Castor, député est revenu lors d'une conférence de presse, samedi, sur son activité de parlementaire. • GG

Le député Jean-Victor Castor tenait une conférence de presse, samedi matin, pour revenir sur le budget 2026, l'état de l'économie guyanaise, les tensions sociales, la santé, la COP30 et plusieurs dossiers sensibles pendant deux heures

Jean-Victor Castor s'est montré critique vis -à-vis de l'ultimatum lancé par la CTG à la France, à la fin de sa conférence de presse donnée samedi matin. 

" Soyons sérieux dans notre manière de procéder. Être inscrits sur la liste des territoires à décoloniser de l'ONU, c'est un droit. Décoloniser, ce n'est pas un mot creux : c'est un droit que nous devons arracher. Il n'y a pas de chantage là-dedans."

Le député se veut plus précis : "La vérité, c'est que la Guyane a toutes les caractéristiques d'un territoire colonisé. La majorité des chefs de service ne sont pas d'ici et repartent au bout de trois ans. Le pouvoir politique, administratif et judiciaire est encore concentré en France. Les conséquences sont concrètes. Même des gens venus d'ailleurs, installés ici, voient le chaos institutionnel et commencent à se poser des questions.

On ne joue pas avec un sujet pareil. Il faut mener ce combat sur des bases solides, sur des principes clairs. Soyons sérieux entre nous si on veut être crédibles face à un État comme celui-là. Sinon, ce sera un coup de sabot dans de l'eau."

Le budget de la France accapare les députés

Dans son exercice de communication, devenu un rituel, à l'égard des citoyens qui l'ont élu, le député GDR est revenu sur son activité ici et à Paris.

Là-bas, c'est le budget qui concentre toutes les attentions. Il s'agit d'un budget " incohérent " et d'une méthode " indigne d'une démocratie."

Jean-Victor Castor dénonce un PLF (projet de loi de finances) et le PLFSS (projet de loi de finances de la Sécurité sociale) 2026, marqués par des votes contradictoires venant aussi bien de la droite que de la gauche, chacune validant des points que l'autre rejette.

" J'ai voté contre, parce que les principes démocratiques ne sont pas respectés ", insiste-t-il, rappelant que la majorité n'a toujours pas " acté sa défaite dans les urnes ".

Le député cite plusieurs mesures qu'il juge néfastes :

  • Gel du barème de l'impôt sur le revenu

  • Taxe Holding inopérante

  • Reconduction de la surtaxe d'impôt sur les grandes sociétés avec la division par deux des taux. ( 4 vs 8 milliard de produit)

  • Fiscalisation des indemnités journalières pour les personnes en affections longues durées

  • Suppression des réductions d'impôts pour enfants dans le supérieur et le secondaire.

  • Baisse de 1,3 milliard de la CVAE et avance de deux ans de sa suppression complète ( 2028 contre 2030)

  • Diverses majorations des droits de timbres fiscaux. En particulier pour les prud'hommes et les demandeurs d'asiles/ de titre de séjour.

  • Mise à la charge du condamné des frais d'enquête

  • Coupe de 4,7 milliards à minima pour les collectivités territoriales

  • Abaissement du seuil de franchise de TVA pour les micro entrepreneurs et réforme de l'abattement de 10% des retraites,
     

autant d'éléments qui pèseront " d'abord sur les plus vulnérables ".

Il rappelle que, faute d'accord en commission mixte paritaire, le texte est revenu à l'Assemblée dans sa version initiale. La ministre Amélie de Montchalin a promis de reprendre certains amendements comme celui sur le malus écologique. "Même si nous avons réussi à faire voter une dizaine d'amendements en notre faveur. Nous devons regarder le budget d'une manière globale et on se rend compte que cela ne va pas. Même les personnes en situation de handicap doivent faire des efforts au nom de la nation. C'est inacceptable."

 

" En Guyane, le tissu économique local s'effondre "

Jean-Victor Castor a longuement insisté sur la situation des socio-professionnels, frappés selon lui par une combinaison dangereuse : baisse de la commande publique, retards de paiement, PGE (Prêt garanti par l'État) encore dus, trésoreries basses et chantiers abandonnés. "Le tribunal de commerce ne donne pas sa chance aux entreprises", analyse-t-il. 

" Ce sont des centaines d'entreprises en difficulté, parfois spécialisées dans des secteurs qui disparaissent totalement ", alerte-t-il.

Il demande la mise en place d'une cellule de crise économique autour du préfet, réunissant État, SocioPro, banques et collectivités, " pour sauver ce qui peut l'être. Entreprise par entreprise ".

Il estime que la CTG pourrait se substituer à la préfecture si celle-ci refuse de créer cette cellule de crise. "On ne peut pas rester là à observer l'effondrement du tissu économique local sans agir."

Il évoque plusieurs cas concrets à qui il apporte son soutien :

  • Guyacom, écartée selon lui au profit d'Orange/Yana Fibres avec une responsabilité directe de la CTG dans ce cas.
  • Bio Stratège, entravée alors qu'elle développe une filière d'extraction innovante.

" Pas d'économie sans port en eaux profondes "

Le député Castor est revenu sur un moment clé de la semaine de contrôle parlementaire. Il a obtenu, grâce à son groupe parlementaire Gauche Démocrate et Républicaine, deux heures sur les politiques publiques menées en Guyane. L'échange avec la ministre des Outre-mer Naïma Moutchou a été décevant. La nouvelle pensionnaire de la rue Oudinot ne maîtrisait pas ses dossiers, étant prise par les situations compliquées à Mayotte et en Nouvelle-Calédonie. "Elle ne peut pas tout connaître des onze territoires qui rentrent dans sa compétence".

À sa grande surprise, la ministre a affirmé que des études étaient en cours pour un port en eaux profondes… tout en reconnaissant ne pas savoir où ce port serait envisagé.

Castor rappelle ce qu'il considère comme une évidence :

" Il n'y a pas de développement économique possible en Guyane sans port en eaux profondes. "

 

Santé : " Une urgence majeure que l'État refuse de voir "

Le député s'inquiète du désert médical annoncé : " La moitié des médecins de ville partent à la retraite d'ici à un ou deux ans. "

Selon lui, aucune mesure n'est prise à la hauteur de l'enjeu.

Il dénonce aussi :

  • la délivrance de titres de séjour de six mois pour les PADHUE qui complique leur installation. Ils sont prêts de 200 médecins, la moitié du corps médical.
  • une ARS défaillante, accusée d'intervenir tardivement sur l'eau potable entre autres,
  • le scandale Eurofins, où l'ARS (Agence régionale de santé) leur a donné une autorisation d'activités alors que la Cofrac Comité Français d'Accréditation) l'avait suspendu pour des faits graves. Il réclame une transparence totale lors du prochain conseil d'administration de l'ARS, le 11 décembre.

Tensions sociales et gouvernance publique

Castor juge " révélateurs " les conflits sociaux qui se multiplient en Guyane.

Il cite notamment le cas de la SGDE, où une salariée guyanaise – reconnue travailleur handicapé – aurait été " violemment évincée " après trois procédures de licenciement annulées.

Il appelle les EPCI à " rappeler la SGDE à ses obligations ".

Il apporte également son soutien aux postiers, et se félicite de la résolution du conflit des dockers. Il en profite pour remettre sur la scène politique l'exigence portée par son parti le MDES concernant la régionalisation des postes de cadres.

 

COP30, Total et l'orpaillage : " Quand l'État ne propose pas de politique publique, le chaos s'installe "

Jean-Victor Castor revient sur sa lettre ouverte à Sébastien Lecornu concernant les explorations pétrolières menées par Total au large du Guyana, dénonçant l'absurdité de la loi Hulot.

Il analyse la COP30 comme un moment de fracture entre pays occidentaux et pays du Sud, ces derniers refusant de se voir dicter les règles après 150 ans d'industrialisation polluante européenne.

Il prévient : " On doit protéger la nature, mais on doit aussi répondre aux besoins humains fondamentaux : se loger, se nourrir, circuler. "

Sur l'orpaillage, il dénonce " un effondrement politique " : dix jeunes militaires morts "envoyés au casse-pipe", des informations satellitaires insuffisamment exploitées, un ONF sous-dimensionné, avec une petite dizaine d'agents pour exercer la police des forêts, et peu contrôlé, un véritable "État dans l'État'. Un système qui laisse prospérer l'orpaillage illégal jusque dans les zones de captage d'eau. "Alors que la France prépare sa guerre contre la Russie de Poutine, elle ne peut pas résoudre le problème de l'orpaillage illégal qui détruit la vie des Guyanais ?", s'interroge le député.

Ne pas laisser le chaos s'aggraver

"Le chaos mis en place par l'État est vraiment devenu mon fil rouge. Quand les pouvoirs publics ne mettent pas en place des politiques qui répondent aux besoins les plus basiques des gens, le résultat est mécanique : vous ouvrez la porte au chaos. Et dans le chaos, ce sont les prédateurs qui gagnent. Dès qu'une ressource a de la valeur — le poisson, les crevettes, l'or — ils arrivent, ils prennent la place laissée vide et ils s'installent", conclut le Matourien, pour de nouvelles réunions, dont une avec le DG de l'ONF en compagnie de la ministre Barbut. Les amendements, dont celui sur la rétrocession de 125 000 hectares de terres agricoles à la Safer constitueront un de ses objectifs de la fin d'année.

 

 

 

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