Davy Rimane, député : « Macron était là pour arroser ses amis, rien d'autre »
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Entretien de rentrée (2/2)

Davy Rimane, député : « Macron était là pour arroser ses amis, rien d'autre »

Propos recueillis par Gérôme GUITTEAU g.guitteau@agmedias.fr
Davy Rimane fait sa rentrée sur France-Guyane à la veille d'importantes échéances électorales.
Davy Rimane fait sa rentrée sur France-Guyane à la veille d'importantes échéances électorales. • K.ODAY

Combat contre la négrophobie, afrocentrisme, bilan de la Macronie, élections présidentielles.... Le second volet de l'entretien avec le député Davy Rimane évoque les sujets propres à la France, toujours sans détours ni langue de bois

Vous avez tout un projet sur la dénonciation de la négrophobie en France. Vous pouvez nous en dire plus ?

Depuis quelques mois, pour ne pas être trop long, je vois le délitement de la société, surtout au niveau de l'Hexagone, sur la question du racisme de façon large. À partir du moment où des ministres et des responsables politiques se permettent de nous regarder et de nous dire que, ben oui, il y a le racisme anti-Blancs, là, il faut arrêter les bêtises. Je leur dis : vous ne pouvez pas sortir de telles inepties. Ce n'est pas possible. Sauf qu'on est sur des personnes qui veulent surfer sur la vague populiste. Et c'est un problème majeur que l'on rencontre aujourd'hui, surtout lorsqu'on va à Paris. On voit qu'il y a une espèce de hiérarchisation qui est faite, dans la société française, sur la question du racisme. Et malheureusement, la réalité que vivent les Noirs dans ce pays, elle est carrément occultée. « Non, il n'y a pas de problème particulier. » Alors que si ! Et avec mon équipe, on a choisi d'aller sur ce que vivent les femmes noires en priorité. Parce que déjà, en tant que femmes, il y a la discrimination, et derrière, pour les femmes noires, c'est la double, la triple peine. On parle là aussi de l'accès aux soins et de la façon dont elles sont traitées.

 

 

 

Et vous savez que c'est un peu une double peine aussi en Guyane ?

Parce que la négrophobie, on la pense souvent circonscrite à l'Hexagone. Mais en Guyane aussi, les femmes noires sont victimes de préjugés, au niveau des médecins, de l'accès aux soins.

 

On dit par exemple qu'elles auraient un seuil de douleur moins tolérant

Oui, le syndrome méditerranéen. C'est bien parce que nous sommes sur une approche totalement occidentale de la chose que celle-ci est possible. Donc il faut le casser. Nous, on parlera de déconstruction de cette idée : comment maintenant on appréhende, comment on lutte positivement, comment les femmes et les hommes noirs perçoivent la vie au quotidien dans la société française ? Voilà toutes les questions qui doivent aujourd'hui trouver une réponse. Et on doit agir collectivement, parce qu'aujourd'hui, en ce qui me concerne, il n'est plus question de rester silencieux, de valider le principe que des Noirs se fassent maltraiter juste parce qu'ils ont la peau noire. Donc, quand on nous dit qu'on est dans une République où tout le monde est logé à la même enseigne, je n'ai de cesse de répéter que non, ce n'est pas vrai. Et on le voit au quotidien. Nous sommes sur des comportements complètement désinhibés. Il n'y a plus de limite, tout simplement. Et lorsque je vois le racisme contre les Noirs qui se déploie, qui se développe, qui s'accentue, le débat qu'on doit avoir, c'est de partir du principe que nous ne serons jamais comme eux et qu'ils ne nous accepteront jamais tels quels. Partir de ce principe, c'est juste rappeler les faits historiques, rappeler l'histoire, et se demander quel comportement nous devons adopter à partir de maintenant pour l'avenir.

 

 

Est-ce que vous voulez en faire un enjeu des futures présidentielles ?

Bien sûr. L'immigration, en tant que telle, je l'ai déjà dit et je le répète, n'est pas un problème. C'est la gestion, surtout quand on ne la gère pas du tout, qui peut devenir un problème sur un territoire. Et en l'occurrence, cette question de négrophobie, de racisme, la question migratoire : regardez bien, ça a toujours existé en France, de façon cyclique. Ça revient, surtout dans les périodes de grandes difficultés économiques et sociales, et chaque fois, il faut trouver un coupable. Il y a la même résonance en Guyane : il ne faut pas se voiler la face, dès qu'il y a des problèmes, « ah oui, c'est à cause des étrangers ». Non, on va arrêter ce discours-là. C'est un discours auquel je n'ai jamais adhéré et auquel je n'adhérerai jamais. Quand il y a un problème, on travaille dessus et on le corrige. Sauf qu'on voit bien qu'en Guyane, une bonne partie des problèmes qu'on vit au quotidien sont des situations qui relèvent du régalien, qui ne sont ni traitées ni gérées. C'est pour ça que je suis un ardent défenseur d'une évolution statutaire, parce qu'aujourd'hui, il est devenu nécessaire que nous ayons la main sur des leviers de décision, afin de pouvoir appliquer une politique en lien avec nos réalités.

 
 
 

On entend beaucoup parler des gens qui fraudent la CAF, mais de l'argent qui s'évapore au niveau fiscal, personne n'en parle, alors que c'est sans commune mesure.

J'ai demandé à  France Travail à quel niveau se situe la fraude ? À peine 1 %. Tandis que la fraude fiscale des plus riches, on est sur plusieurs dizaines de milliards. Ça n'a rien à voir. Il y a une fraude fiscale estimée entre 80 et 100 milliards d'euros, parce que Bercy est dans l'incapacité de vous dire exactement à combien elle s'élève. Et derrière, on sait que les cadeaux fiscaux plus ou moins identifiés dans le budget, faits à cette catégorie de la population ou à ces entités, représentent à peu près 60 milliards. Tiens, bizarrement, c'est justement le chiffre qui manque pour qu'on ait un budget à l'équilibre.

Donc ça veut dire qu'on sait où est l'argent. D'autant plus que c'est un choix d'Emmanuel Macron d'avoir voulu arroser au plus haut avec cette fameuse politique du ruissellement. Ça n'a jamais fonctionné : l'argent est resté capté là où il a été versé. Alors qu'il suffisait de dire : « les cadeaux fiscaux que je faisais jusqu'alors, je les arrête, et je préfère remettre cet argent directement pour accompagner les PME et les TPE ». Parce que ce qu'Emmanuel Macron n'avait pas compris, c'est que le cœur industriel de la France, ce sont les PME et les TPE, pas les grands groupes du CAC 40. Et là, patatras, ce cœur industriel est en train de s'effondrer sur lui-même. C'est une catastrophe, ce qui se passe aujourd'hui. Mais pour autant, on n'a pas un président qui prend conscience et qui change de politique. On continue jusqu'au bout. Ça veut bien dire que, pour moi, et de façon factuelle, sans faire d'idéologie là-dessus, c'était quelqu'un qui était là pour arroser ses amis, rien d'autre. 

La rupture avec la gauche, est-elle consommée ? 

En ce qui me concerne, elle est claire. On ne peut pas se prévaloir d'être progressiste, humaniste, et tout ce que vous voulez, et puis, au moment où l'on doit faire des choix volontaristes, alignés avec des positions progressistes sur le plan politique, dire non, finalement, sous couvert de calculs politiques. Ça, ça me pose un problème. Et c'est pour ça que je l'ai dit ouvertement : je suis en rupture avec la gauche française. Déjà, avec le PS, je n'y arrivais plus, parce que j'étais saturé de tout ce qui se faisait avec la Macronie.

 

 

 

 

Mais j'ai eu une très grande déception de la gauche de façon générale au moment de la niche parlementaire, parce que le texte porté par Jean-Victor Castor et moi-même sur l'exclusion de nos territoires de la loi Hulot n'exprimait pas une volonté absolue d'aller vers l'exploitation d'hydrocarbures, mais on doit explorer désormais toutes les pistes potentielles, puisqu'aujourd'hui, on a un État défaillant par rapport aux besoins de nos réalités. Donc moi, je ne suis pas du genre à rester là à me résigner. J'ai un État défaillant qui ne veut pas faire. Je dois maintenant trouver des solutions pour permettre à ce territoire de prendre son histoire en main, et surtout pour que la population qui y habite puisse y vivre décemment. Mon Dieu, dans un territoire français, des gens n'ont pas accès à l'eau potable, n'ont pas accès à l'électricité, n'ont pas accès aux soins.

Est-ce que vous vous sentez utile au Parlement ? Ne faudrait-il pas faire évoluer le rôle du député, contraindre l'exécutif à mieux vous écouter ?

C'est une question extrêmement pertinente. Je vais y répondre en deux temps. En premier lieu, j'ai déposé une proposition de loi constitutionnelle pour transformer la délégation aux Outre-mer et la délégation aux collectivités territoriales en commission permanente. Pourquoi ? Parce que j'ai bien compris qu'une délégation n'a pas le poids politique ni les moyens nécessaires pour mener à bien les débats, les discussions, les travaux nécessaires par rapport aux textes de loi qui arrivent à l'Assemblée. Une délégation n'a pas ce poids : elle ne peut pas déposer d'amendements, elle ne peut pas s'autosaisir d'un texte, ni faire de propositions. Tandis qu'en la transformant en commission permanente ça aurait été l'une des commissions les plus sollicitées au sein de l'Assemblée nationale.

 

 

 

 

Elle aurait pu produire un certain nombre de travaux pesant dans les débats sur les textes de loi et surtout sur les amendements, et sortir un tas d'amendements qui auraient permis de faire bouger concrètement les lignes. Mais pour des questions de pouvoir et de jeu politique à l'échelle parisienne, ils ne l'ont pas voulu. Ce n'est pas pour autant que j'ai arrêté de travailler et de réfléchir. Le parlementaire ne peut plus être un exécutif depuis François Hollande. Sauf que tout tourne autour de l'exécutif dans la Ve République, dans sa Constitution. Donc, quand ils prennent ces décisions, ils enlèvent un poids important au parlementaire dans son action politique quotidienne. D'autant plus qu'avec la Macronie, ils ont aussi supprimé la réserve parlementaire, qui permettait aux députés d'accompagner les associations par des subventions. Une enveloppe importante, entre 100 000 et 120 000 euros. Je vous donne un exemple : en tant que député, aujourd'hui, je peux siéger en tant qu'invité au sein d'une administration comme l'ARS. Nous pouvons y siéger, mais nous n'avons pas de voix délibérative.

 

 

 

On peut lever la main, on peut s'exprimer, mais pas de droit de vote. On est toléré. En fait, on voit bien qu'au niveau du territoire lui-même, on n'a aucun poids.

Pour la rentrée parlementaire, je vais déposer à l'Assemblée une nouvelle proposition de loi constitutionnelle où, en vérité, je modifie des articles de la Constitution qui régissent le fonctionnement de ces institutions, pour donner plus d'amplitude aux parlementaires. Je vous donne un exemple : si demain je veux récupérer des documents au niveau d'un ministère, je ne peux pas y aller comme ça, je n'en ai pas le droit. Quel que soit le document que le député demande - on a dû batailler pour obtenir certains rapports - pourquoi un député devrait-il saisir la Cada pour avoir un document officiel ? C'est invraisemblable. Ce sont des petites choses comme celles-ci qui permettraient au député d'avoir plus de poids, plus d'amplitude dans sa fonction et, bien sûr, plus d'impact.

 

 

 

Parce que, quand vous regardez bien les auditions - par exemple les commissions d'enquête parlementaires, qui pour la plupart sont publiques lorsqu'elles se tiennent à l'Assemblée - regardez le comportement qu'ont eu certains influenceurs face aux députés de la nation. Pourquoi ? Parce qu'en vérité, concrètement, quel est l'argument du député ? On fait un signalement au titre de l'article 40 au procureur, et c'est le procureur qui décide s'il instruit ou pas.

Je pense qu'il faut rééquilibrer les choses. Il y a un déséquilibre trop important, actuellement, entre le pouvoir exécutif et le pouvoir du parlementaire. Soit on rééquilibre les choses, soit - si on ne veut pas se casser la tête, ce que j'appelle de la fainéantise intellectuelle - on permet à nouveau au parlementaire d'être exécutif, et la question est réglée. Parce que, dans la Ve République, tout tourne autour de l'exécutif. Un exemple concret : si demain un gouvernement tombe parce qu'on aura fait une motion de censure, l'Assemblée arrête ses travaux. Si l'on veut une session extraordinaire, c'est le président de la République qui la convoque ; s'il n'en demande pas, il n'y en aura pas. Pourtant, il y a tout un tas de textes en souffrance qui sont nécessaires pour les Françaises et les Français. Si je prends le cas du projet de loi Vie Chère, que le Premier ministre a présenté comme extrêmement important pour nos territoires, il ne verra pas le jour. Le texte sorti du Sénat était trop léger pour véritablement avoir un impact sur la société, donc nous, on a renforcé un certain nombre de mesures. En tout cas, à mon niveau, on a dédié un titre spécifique à la Guyane, parce que la réalité guyanaise n'est pas la réalité antillaise, ni calédonienne, ni encore moins polynésienne. Mais jusqu'à présent, depuis le mois de mars, il est resté au frigo. La reprise des travaux au 1er octobre se fera par la loi de programmation des finances et de la sécurité sociale, ce qui veut dire que le texte ne passerait pas - tout simplement. Voilà la réalité : aujourd'hui, on a des gens qui font croire qu'ils prennent en compte nos réalités, qui disent vouloir faire des choses, mais qui en vérité ne font rien du tout, parce que ça leur glisse dessus.

 
 
Davy Rimane et Christian Baptiste
Davy Rimane et Christian Baptiste • Mickael Alcide
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