Darmanin veut des maisons de redressement en Outre-mer
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POLITIQUE

Darmanin veut des maisons de redressement en Outre-mer

FXG, à Paris
Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin s'exprime devant les médias, le 30 juillet 2022 à Lyon
Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin s'exprime devant les médias, le 30 juillet 2022 à Lyon • THIERRY ZOCCOLAN (AFP)

Depuis Mayotte, où il se trouvait le 22 août, le ministre de l’Intérieur et des Outre-mer, Gérald Darmanin, a proposé la mise en place, dans les territoires d’outre-mer – et « singulièrement à Mayotte » –, de « lieux de redressement » pour jeunes délinquants, lesquels seraient encadrés par des militaires. Sitôt l’annonce diffusée dans la presse, les réactions n’ont pas tardé. A commencer par celle du président de la collectivité territoriale de Martinique, Serge Létchimy qui a déclaré : « La voie de la discipline carcérale juvénile ne peut être la solution aux maux de notre jeunesse. »

 Cette solution martiale et autoritaire est, selon le président de la CTM, « une mauvaise réponse à la précarité et la démonstration de l'absence de politique de progrès et d’émancipation des jeunes, qui serait un recul terrible pour les droits humains ».

L’idée n’est pas nouvelle, puisque par le passé, la France a eu ses « maisons de correction » ou de « maisons de redressement ». La volonté d'y associer une discipline militaire aussi n’est pas nouvelle puisque dès 1986, le ministre de la Justice d’alors, Albin Chalandon proposait la création de « Centres d'éducation sportive et professionnelle » destinés à recevoir tout jeune délinquant, condamné ou pas, afin d’éviter la prison aux jeunes délinquants mineurs. Des camps ont donc été ouverts et des « Jeunes en Equipes de Travail » ont pu découvrir la discipline militaire, le travail et l'école. L’expérience a duré jusqu’au début des années 2000 dans l’Hexagone. Avec des résultats mitigés.
Outre-mer, terres de relégation ?
Gérald Darmanin a rappelé qu’il s’agissait d’une promesse de campagne d’Emmanuel Macron qui avait évoqué « la possibilité d’un encadrement par des militaires » pour les mineurs délinquants. Dès sa nomination au ministère de la justice, Eric Dupond-Moretti s’était dit lui aussi favorable à cette idée également soutenue par le LR Eric Ciotti.

La proposition du ministre de l’Intérieur et des Outre-mer a suscité des réactions critiques de la gauche : « Et pourquoi pas le bagne de Cayenne aussi ? », a twitté le député LFI Bastien Lachaud.

Car la nouveauté, dans la proposition du ministre, est le positionnement en Outre-mer de ces lieux de redressement. Ce qui a aussitôt fait réagir le président Létchimy : « Enfermer nos jeunes rejetés du système dans des camps militaires très loin de l’Hexagone, c'est reprendre les idées les plus sombres d’une République qui ne voit nos peuples et nos pays que comme l’arrière-boutique de la gestion sociale, humaine et culturelle de l’Homme. »

On se rappelle évidemment les propositions de Nicolas Dupont-Aignan pour créer des lieux d’enfermement pour les terroristes islamistes en Guyane en 2015 avant de se rabattre sur les îles Kerguelen (TAAF).

Serge Létchimy a pris une position forte pour se dire « résolument contre ce type d’institutions qui rappelle les bagnes pour les adultes à une regrettable période de la République française ». Avant d’ajouter : « Il n'y aura pas de bagne en Martinique. »