Danièle Obono : «La Guyane est une terre d'insoumission»
France-Antilles Téléchargez l'application France-Guyane Installer

La radio 100% Caraïbes
PRESIDENTIELLE 2022

Danièle Obono : "La Guyane est une terre d'insoumission"

Elias HALILE-AGRESTI (e.halile-agresti@agmedias.fr)
Danièle Obono à Cayenne, le 29/03/2022.
Danièle Obono à Cayenne, le 29/03/2022. • EHA

La député La France Insoumise de la 17e circonscription de Paris, conclut ce jeudi une visite de 5 jours en Guyane, dans le cadre de la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon. Entretien.

Pourquoi était-ce important pour vous de venir ici, en Guyane, dans le cadre de cette campagne présidentielle ?

Parce que nous menons une campagne de terrain depuis plus d’un an. Nous voulons que nos propositions imprègnent la population, et le terrain c’est la meilleure manière de le faire. Nous voulons faire campagne sur l’ensemble du territoire national, il est donc impensable que la Guyane en soit exclue. Pour ma part, en tant que député, j’étais membre de la délégation Outre-mer. J’ai eu l’occasion de traiter un certains nombre de sujets et de problématiques guyanaises, dans ce cadre-là. Et puis j’ai eu l’occasion de venir ici en 2018, avec Jean-Luc Mélenchon. C’est un territoire que je connais un peu. Nous voulons rassembler le peuple, toucher celles et ceux qui ont intérêt à un changement de système. Notamment les abstentionnistes. Et puis, la Guyane est une terre d’insoumission…
Quels sont les grands axes de la campagne de Jean-Luc Mélenchon pour la présidentielle ?

Nous avons trois axes principaux : l’urgence sociale, l’urgence écologique, et l’urgence démocratique. D’abord, la redistribution des richesses. Doit-on rappeler que la France est une des premières puissances économiques du monde ? Pourtant, nous avons bien vu pendant la crise du Covid que la distribution des richesses est inégale. Pendant que l’écrasante majorité de la population s’est appauvrie, une poignée de privilégiés ont profité de cette occasion pour s’enrichir. Les inégalités se sont considérablement creusées. C’est un révélateur. En partant de ce postulat, nous formulons plusieurs propositions. D’abord, une augmentation du Smic à 1400 euros net, dès le début du mandat. Ensuite l’établissement d’un revenu dignité pour s’assurer que personne ne vit en dessous du seuil de pauvreté. Nous augmenterons les minimas sociaux pour celles et ceux qui n’ont pas la possibilité de travailler, ou qui, par exemple, sont momentanément en incapacité de le faire. Nous bloquerons les prix sur l’alimentaire et l’énergie. Ce sont des mesures immédiates. Concernant l’urgence écologique, si on veut être capable de s’adapter au dérèglement climatique, il faut donc réduire les inégalités et renforcer les réseaux de solidarité et investir pour adapter la société. Sur toutes ces questions, la Guyane est particulièrement concernée et son potentiel sur les énergies renouvelables est immense. L’éolien, l’hydraulique, le solaire… Il y a tant de choses à faire. Enfin, l’urgence démocratique. Aujourd’hui, le système institutionnel semble en décalage avec les enjeux et les aspirations de l’époque. Nous proposons une 6e République, avec une assemblée constituante regroupant élus et citoyens, pour refonder et moderniser le système politique.
Quelles mesures spécifiques pour la Guyane ?

Ici, nous avons des services publics particulièrement sous-dotés, et un taux de chômage énorme, notamment concernant les jeunes. Le congrès général des territoires doit acter un budget de 13 milliards d’euros pour les Outre-mer, en plus des mesures nationales. Ce budget doit permettre de mettre en place des filières de formations, de la création d’emplois, une remise à niveau des services publics. Notamment en ce qui concerne la santé, l’éducation et les transports. Nous devons développer et/ou réparer les grandes infrastructures, avec la transition écologique comme boussole. Sur cette question, les Outre-mer ont tout pour être à l’avant-garde. Enfin, dans le cadre de la continuité territoriale, nous devons développer les liaisons maritimes et aériennes entre les Outre-mer, et avec l’hexagone. Il est temps d’encadrer le prix des billets d’avions.

Danièle Obono, au le siège de l'association Ébène, à Mont-Lucas, accompagnée par l'élu de la CTG Philippe Bouba, à la rencontre de personnels hospitaliers grévistes. Cayenne, le 29/03/2022. • EHA

Quid de l’autonomie ?

Nous mettrons en place deux processus de consultation. D’abord un conseil général des territoires pour répondre aux urgences, en partant des réalités de terrain, et des besoins des territoires. Ensuite, en 2023, nous proposerons un grand congrès des territoires sur l’évolution institutionnelle. Nous devons nous adapter aux réalités et aux aspirations d’aujourd’hui, et garantir l’égalité des droits pour tous. Ça, ça n’est pas négociable, et nous serons vigilants sur le fait que ces derniers ne deviennent pas « à la carte ». En revanche, concernant les moyens et l’organisation institutionnelle, nous devons nous orienter vers des prises de décisions, et des consultations locales, avec des acteurs et des élus locaux au centre des débats. Pour le moment, il faut se conformer aux textes en vigueur, à savoir les articles 72, 73, 74 et même 76. Ils concernent la Corse, et l’ensemble des Outre-mer. Quoi qu’il en soit, nous sommes ouverts à la discussion, notamment sur la question de l’autonomie statutaire. Le sujet du foncier sera aussi au cœur des débats. Que ce soit pour les peuples autochtones, pour les particuliers ou, bien sûr, pour les agriculteurs

Quelles propositions sur l’immigration ?

Nous sommes favorables à la régularisation des travailleurs sans papiers. Ils participent à l’activité économique, et nous avons besoin d’eux. Il faut donner des droits. Les gens présents sur le territoire français doivent être protégés. On voit bien avec la guerre en Ukraine que c’est une question de volonté politique. C’est un choix politique de mal accueillir certaines populations. Quand on veut, on peut ! Y compris lors de situations d’urgence. Nous avons les moyens de le faire. Ça c’est un premier point. Mais on oublie souvent que l’exil est rarement un choix. Nous devons aussi permettre aux gens de vivre là où ils sont, ça passe par la scène internationale, en établissant et en renforçant les coopérations avec les pays concernés. Et en rééquilibrant notre politique étrangère. Avec les événements climatiques qui nous attendent, les dynamiques de migrations risquent de s’accentuer. Nous devons nous préparer. Y compris en luttant contre la déforestation et la pollution. Les problèmes sont liés, comme on le voit sur le sujet de l’orpaillage illégal. Ce sujet regroupe les questions liées à l’écologie, aux inégalités ou à a la sécurité. Nous devons bien sûr donner les moyens suffisants aux forces armées, à la gendarmerie, à la police et aux douanes, de faire leur travail dans les meilleures conditions possibles. Mais nous ne croyons pas à la militarisation. Le territoire est immense, et les gens trouveront toujours un moyen pour fuir la misère. Il faut avant tout mettre le paquet sur la coopération.
 
 
Danièle Obono à la rencontre de l’association ébène

 Mardi matin, la député La France Insoumise de la 17e circonscription de Paris, est venue à la rencontre d’une dizaine de personnels hospitaliers, en grève depuis plusieurs mois, contre la vaccination obligatoire. La rencontre a eu lieu dans les locaux de l’association Ebène, à Mont-Lucas. Les membres de l’association ont exposé les raisons qui les poussent à refuser ce type de vaccination, mais aussi les méthodes de fonctionnement des centres hospitalier guyanais, de l'ARS, ainsi que la question du pouvoir d’achat (certains grévistes ne touchent plus de salaire depuis 6 mois). La député a répondu en énumérant différentes mesures économiques et sociales, du programme présidentiel de Jean-Luc Mélenchon. Sur le sujet de la vaccination, elle déplore « une volonté de contraindre, pour masquer ses propres erreurs (celles du gouvernement) ».

Danièle Obono, devant le siège de l'association Ébène, à Mont-Lucas, accompagnée par l'élu de la CTG Philippe Bouba, et des personnels hospitaliers grévistes. Cayenne, le 29/03/2022. • EHA

En assurant qu’il aurait fallu laisser le choix aux citoyens, avec moins de coercition, mais aussi en proposant des solutions et des traitements alternatifs. La député a également plaidé pour la réintégration des personnels grévistes ou suspendus, suite à la campagne de vaccination obligatoire dans les hôpitaux.
 
Danièle Obono, au le siège de l'association Ébène, à Mont-Lucas, accompagnée par l'élu de la CTG Philippe Bouba, à la rencontre de personnels hospitaliers grévistes. Cayenne, le 29/03/2022. • EHA

Édition spéciale :
Rétro 2025

Revivez toute l'actualité marquante de la Martinique

Voir la boutique

Suivez l'info en temps réel
sur l'appli France-Guyane!

Télécharger