L’interview Dèyè mask : Rudy Icaré et Viviane Émigré
France-Antilles Téléchargez l'application France-Guyane Installer

La radio 100% Caraïbes

L’interview Dèyè mask : Rudy Icaré et Viviane Émigré

par Bryan Faham & K.V / photos : Kathryn Vulpillat

Cette semaine, Viviane Émigré et Rudy Icaré, le couple phare de Guyane au registre comédie sur scène et en télévision se prête au jeu de l’interview Déyè mask, avec leur réserve et leur simplicité au naturel. Le rire n’est jamais loin. Interrogés séparément, nous avons croisé leurs réponses.

TV Magazine : On connaît le Rudy Icaré de la scène. Comment est le carnavalier ?
Rudy Icaré : Il est très simple. Il est tombé dedans, vraiment par hasard. À la base, les ambiances dancing, ce n’était pas mon « dada », j’étais plutôt carnaval de rue. C’est avec mon épouse que j’ai découvert les ambiances du samedi soir. Au début, ça ne m’a pas plu du tout, je me suis dit : « Qu’est-ce qu’ils font là, ils sont malades ! » Au fur et à mesure, c’est d’avantage l’ambiance à l’extérieur des dancings qui m’a plu. Maintenant, j’y vais régulièrement pendant le carnaval mais je ne suis pas un grand carnavalier, comme certains qui démarrent du mercredi jusqu’au lundi avec la fête toute la semaine… Ce n’est pas mon truc.
Viviane, quel souvenir gardez-vous de votre premier bal paré-masqué ?
V.É. : C’était chez Nana, je devais avoir une vingtaine d’années. C’est ma tante qui m’avait emmené pour m’initier, et c’était la première fois que je buvais de l’alcool, du gin, j’avais trouvé ça imbuvable !
Et vous Rudy, quel âge aviez-vous lors de votre premier dancing ?
R.I. : J’avais 17 ans, c’était avec mon père. Et la deuxième fois, 19 ans.
Vous êtes plutôt Nana ou Polina ?
V. É. : Je suis d’ici et d’ailleurs, de partout.
R.I. : (Il hésite) Je fréquente plus souvent Nana, mais en fait, je vais dans les deux dancings. C’’est selon, l’ambiance des copains.
Quel est votre meilleur souvenir de carnaval ?
V.É. : Les vidés que nous regardions passer à 5 heures du matin, encore en pyjama. Les parents nous disaient : « Allez, hop, faut y aller » ! Alors, on les rejoignait, à moitié habillés…
Votre pire souvenir ?
R.I. : Une fois, un malaise en dancing. Quand j’ai commencé à danser avec le Touloulou, je me suis rendu compte que j’allais tomber. Je lui ai demandé est-ce qu’elle pouvait m’accompagner d’urgence à l’extérieur. Elle n’a pas compris tout de suite ce qu’il m’arrivait. Elle a réagi quand je lui ai dit : « Je crois que je vais tomber » J’ai pu reprendre mes esprits, mais ce jour-là, je suis rentré chez moi. J’étais vraiment mal. J’avais mangé une soupe très tard, je pense qu’elle est remontée…
V.É. : Les vidés où certains se bousculaient tellement qu’ils s’écrabouillaient. Il y avait plein de sang et c’était écœurant.
Plutôt soupe que galette alors Rudy ?
R.I. : Oui, je suis plutôt soupe. Avec les copains, on se relaie tous les samedis soirs. Chacun son tour, on se reçoit pour manger notre soupe traditionnelle, avant d’aller s’amuser. La galette, c’est à l’occasion.
V.I. : Soupe, galette pas tellement.
Loup ou masque ?
R.I. : Les deux. Mais pour moi, il faut être masqué. Il y a plein de groupes qui font avec les moyens du bord, je comprends, mais le carnaval c’est l’anonymat. C’est la tradition.
V.É. : Les deux, ça dépend des costumes, celui qui s’y prête le mieux.
À choisir, Touloulou ou Tololo ?
V. É. : J’ai très peur des Tololo ! J’imagine ce que ça doit être, à l’inverse, pour les hommes que je trouve beaucoup plus respectueux que les cavalières.
R. I. : Les deux. En fait, au départ, je n’aimais pas tellement le Tololo. La première fois que j’ai essayé, je me suis rendu compte de la souffrance des femmes qui sont masquées de 22 heures à 5 heures du matin. Quand je me suis déguisé pour la première fois, j’ai tenu une demi-heure, je m’en rappellerais toujours, j’étais avec un cousin. J’ai ensuite passé quatre ou cinq ans, sans le faire. La deuxième fois s’est mieux passée, on était mieux préparé. Mais je suis plutôt Touloulou.
La règle la plus sacrée des bals parés-masqués est… ?
R. I. : Que le Touloulou est censé danser et garder l’anonymat. Le cavalier ne doit pas refuser. J’ai déjà vu des carnavaliers refuser de danser avec des Touloulou, sous prétexte que ce sont de gros Touloulou, ou ceci ou cela. La tradition c’est que tu arrives au dancing, on t’invite à danser, peu importe, qu’elle soit énorme, petite ou mince, tu vas danser. Sinon on n’a rien à faire là. On n’a pas à refuser.
V.É : Qu'un Touloulou se démasque dans la salle ou qu'une femme danse sans masque. D'ailleurs, quand elle est repérée dans la salle, l'orchestre s'arrête de jouer.
Votre premier défilé en tant que carnavalier dans les rues, quand était-ce ?
R. I. : J’ai commencé à quatre ou cinq ans, pour arrêter à dix-sept ans, à la fin des années quatre-vingt. À l’époque, j’animais sur une radio libre, RTM, on avait monté un groupe : le Boom Boom Show. On était une bande de jeunes. J’ai notamment défilé dans le groupe Safari de Simon Égalgi car mon père en faisait partie. Avec mes frères, on attendait le carnaval pour porter les costumes confectionnés par ma grand-mère. En revanche, j’avais horriblement peur des gorilles. Les quelques fois où on est juste allé regarder le carnaval avec ma mère, il y en a eu des jupes déchirées. J’étais terrorisé. Jusqu’à présent, en temps qu’adulte, quand je vais dans les rues avec mes enfants, il y a toujours cette petite crainte du gorille.
Qu’est-ce qui vous agace ou vous gêne ?
V.É. : Kassialata, ils ont de beaux costumes, de très belles musiques mais une réputation de groupe qui trimballe la violence, même si ce ne sont pas les membres du groupe qui le font. Cela me gêne, c’est un peu comme si c’était la guerre, j’avoue que je n’emmènerai pas mon fils dans ce groupe. Pour moi, le carnaval ne sert pas à régler des comptes, ce n’est pas fait pour ça. C’est l’occasion de rire, de s’amuser, ou encore de courtiser les filles…
Quel est votre Touloulou traditionnel préféré ?
R.I. : J’aime bien le Jé farine et aussi le Bobi. Quand je défilais, j’aimais bien envoyer de la farine sur les passants.
V. É. : La Caroline, c’est beaucoup de travail pour le confectionner et c’est tellement réel, après et le Rivière salé, j’aime bien le mouvement de ses reins.
Un groupe de rue favori ?
R.I. : À l’époque, c’était La bande des quatre parce qu’ils avaient ce son du carnaval guyanais, ce son de rues qui est important pour moi. Il y a une dizaine d’années, les groupes antillais ont apporté leurs fameux bidons, qui petit à petit, ont sans doute influencé les autres groupes péyi jusqu’à perdre ce son particulier qu’avait le défilé du dimanche après-midi en Guyane. Celui de La bande des quatre, de Porc Épic, de Safari, etc.
V. É. : J’en aime plusieurs, chacun pour différentes raisons. J’aime Os Band, pour le respect de tradition, leur ponctualité et leur originalité. J’aime aussi les nouveaux groupes de jeunes, ils font beaucoup d’efforts sur les costumes, les groupes libres qui me font beaucoup rire. Ils n’ont pas de thème, c’est spontané, il y a un peu de tout et n’importe quoi, il faut rire aussi et ils le font bien.
Une vieille chanson de carnaval que vous garderiez en tête ?
R.I. : Ça date. Je dirais la chanson du groupe Bon pou piké, avec Claude Orient, Henri Placide et Guy Rémy (1994). Ils avaient fait une chanson qui s’appelait San annyen qui racontait l’histoire des cavaliers qui refusaient de payer à boire aux Touloulou. Ça a été un sacré tube. Elle m’a marquée car c’était le début des chansons de dancing avec des auteurs-compositeurs guyanais.
V. É. : Petit Soldat. (Elle le fredonne)
Et l’air que vous sifflotez en ce moment ?
V. É. : Pa gain nom d’Orlane Jadfard.
Rudy vous l’avez un peu évoqué mais vous Viviane êtes-vous d’accord avec l’idée que la tradition du carnaval se perde ?
V. É. : Oui, un peu quand même. Malgré tout, la tradition évolue, il y a des choses neuves qui arrivent, ne serait-ce que dans les bals paré masqué, y a qu’à voir les costumes qui ne ressemblent plus du tout à ce qu’ils étaient à l’origine, par exemple avec les coussins pour ne pas être identifiable…
Pour conclure, diriez-vous que le carnaval : « C’était mieux avant » ou qu’ « Il faut vivre avec son temps » ?
R.I. : Il faut vivre avec son époque, on ne va pas retourner au carnaval des années soixante-dix ou même quatre-vingt-dix, même s’il y a du bon et du mauvais dans toute évolution. Certains auraient aimé conserver des traditions qui se perdent avec la nouvelle génération de carnavaliers mais il faut évoluer. Le carnaval d’aujourd’hui il faut juste le structurer. Il manque d’organisation.
V. É. : Il faut vivre avec son temps, c’est tout !
Et comment percevez-vous cette évolution ?
R.I. : Je n’ai pas de jugement à porter mais je dis qu’il faut aussi que les politiques s’investissent d’avantage. Un carnaval ça se prépare un an à l’avance, au moins. C’est le cas depuis quelques années, mais le problème qui reste entier, c’est toujours le nerf de la guerre : l’argent. Les groupes n’en ont en pas. C’est dommage. Et on pourrait faire mieux quand on sait qu’on a été classé carnaval numéro trois. Il faut dire que c’était surtout les dancings qui faisaient qu’on avait une note assez satisfaisante. Concernant le carnaval de rue, je crois qu’il y a encore beaucoup de choses à améliorer… ça viendra. On devrait avoir une académie, un budget, quelque chose de sérieux et de conséquent.

Édition spéciale :
Rétro 2025

Revivez toute l'actualité marquante de la Martinique

Voir la boutique

Suivez l'info en temps réel
sur l'appli France-Guyane!

Télécharger