La « Boss Lady » demeure incarcérée et ses sept coprévenus restent libres
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La « Boss Lady » demeure incarcérée et ses sept coprévenus restent libres

Richard GARNIER r.garnier@agmedias.fr
Le 18 septembre prochain, Laurie Salin sera cette fois-ci jugée pour avoir acquis, détenu et cédé du matériel de guerre, des armes et leurs munitions.
Le 18 septembre prochain, Laurie Salin sera cette fois-ci jugée pour avoir acquis, détenu et cédé du matériel de guerre, des armes et leurs munitions. • PAGE FACEBOOK DE LAURIE SALIN

Pour transport sans motif légitime, acquisition en réunion, détention non autorisée, cession de matériel de guerre, d'armes et de munitions, Laurie Salin, âgée de 38 ans, alias « Boss Lady » est encore la seule en détention provisoire dans ce dossier. L'audience au fond a été renvoyée au 18 septembre prochain.

Dans les geôles du quartier des femmes du centre pénitentiaire de Baie-Mahault, qui contrairement à celles des hommes, ne sont pas encore surpeuplées, une figure singulière émerge. Une personnalité défiant les stéréotypes et brouillant les lignes. Il s'agit de Laurie Salin, surnommée la « Boss Lady » du gangstérisme guadeloupéen. Elle était présentée hier après-midi, devant le tribunal correctionnel de Pointe-à-Pitre pour trafic d'armes en réunion. Fidèle à son image, elle est apparue dans la cage en verre du tribunal, élégamment vêtue. Très apprêtée, portant un tailleur de grand luxe de couleur grenat cintré d'une ceinture de marque en cuir marron, le cou supportant un foulard d'un rose fuchsia.

Poursuivie pour trafic d'armes en réunion 

Il s'agit de son troisième procès. Certainement le plus risqué. Celui qui lui vaut d'être toujours en détention provisoire.  Elle y est poursuivie pour avoir acquis, détenu et cédé du matériel de guerre, des armes et leurs munitions. Dossier volumineux ayant valu renvoi devant l'instance correctionnelle le 30 mai dernier, après une longue instruction. Il est impossible de traiter un tel dossier de 10 000 pages, qui exigera un examen minutieux. Le tribunal s'est positionné sur son renvoi. Le procureur Etienne Moreau ne s'y oppose pas, « d'autant qu'il s'agit en fait d'une audience de relai. J'anticipe sur les mesures de sureté, notamment concernant Mme Salin qui est toujours incarcérée provisoirement. Même si elle passe et réussi des diplômes, je vous demande de la maintenir en détention, et de confirmer les contrôles judiciaires imposés à ses coprévenus ».

Laurie Salin se lève et plaide clairement sa cause : « Mon incarcération est difficile. Je suis à l'isolement. Je suis fouillée systématiquement à nue trois fois par semaine. Je ne peux pas participer aux activités. Des mesures extrêmes, avec une cellule sonorisée avec un micro. J'optimise ma détention en peaufinant ma thèse en biologie. Je ne suis jamais passée en commission de discipline. Je reste focus sur mes objectifs académiques. Je ne suis pas une criminelle. Je ne suis pas dangereuse ». Intervenant en dernier, après ses avocats, Laurie Salin ajoutait, toujours en des termes bien choisis : « J'ai des garanties de représentation, et je n'ai aucune intention de récidive. Malgré ma détention difficile, j'ai eu une bonne attitude ». Après délibération, les trois juges ont indiqué ne pas avoir minimisé les efforts de la prévenue fournis en détention, mais ils ont tout de même ordonné son maintien. Avec, comme motif, d'éviter le risque de réitération des faits. Et ils ont confirmé les placements sous contrôle judiciaire de Pascal Zelie, 33 ans, Bryan Marie-Eliza, 27 ans et Sébastien Calme, 30 ans, qui se sont présentés à l'audience. Et d'Antonio Joseph 24 ans, de Jean-Emmanuel François, 24 ans et de Biran Dover, 31 ans, qui eux, n'étaient pas présents.

Profitant de ses connaissances, celle que l'on surnomme "Boss Lady" aurait orchestré des opérations illicites complexes, mêlant blanchiment d'argent et trafics en tout genre.
Profitant de ses connaissances, celle que l'on surnomme "Boss Lady" aurait orchestré des opérations illicites complexes, mêlant blanchiment d'argent et trafics en tout genre.  • PAGE FACEBOOK DE LAURIE SALIN
La double vie de Laurie Salin 

Laurie Salin n'était pas destinée à suivre un chemin hors des sentiers battus. Issue d'un milieu aisé, elle s'est distinguée par une soif de savoir insatiable. Si l'on en croit sa page Facebook, elle est multi diplômée. Elle a notamment obtenu des certifications en finance internationale, après avoir suivi des études dans un institut privé de management et de marketing. Et elle mena aussi des études d'attachée de recherche, après son Master 2, qui lui ont permis de bénéficier d'un contrat dans le laboratoire du CHU. Derrière les barreaux, elle poursuit ses études supérieures et prépare sa thèse scientifique. Son parcours académique exemplaire la prédestinait à une carrière brillante. Cependant, derrière cette façade de réussite, Laurie Salin semblait mener une double vie. Qui lui valut son accession au rang de « gangsta woman ». Avant de provoquer sa chute. Profitant de ses connaissances, elle aurait orchestré des opérations illicites complexes, mêlant violences et trafics en tout genre. A-t-elle été attirée par l'excitation et l'adrénaline que procure ce milieu ?

La révélation de ses activités clandestines a choqué la communauté guadeloupéenne. Comment une femme aussi instruite et respectée a-t-elle pu basculer dans l'illégalité ? Certains y voient une critique du système, une manière pour elle de dénoncer les inégalités persistantes. D'autres estiment qu'elle a simplement succombé à la tentation du pouvoir et de l'argent facile. Sa page Facebook, toujours en activité, sur son autre statut d'influenceuse. Laurie Salin aime se montrer, souvent très décomplexée. Elle incarne les contradictions d'une société en mutation, où les parcours ne sont jamais linéaires. Son histoire soulève des questions sur les pressions sociales, les attentes culturelles et les choix individuels. Elle demeure une figure énigmatique, à la fois admirée pour son intelligence et critiquée pour ses actions criminelles. En somme, la trajectoire de Laurie Salin rappelle que derrière chaque réussite se cachent des histoires complexes et que les apparences peuvent être trompeuses.

Ses avocats s'expriment 

Maître Vérité Djimi, avocate de Laurie Salin :

« C'est une femme de caractère, très élégante, ambitieuse, qui ne se laisse pas faire. C'est certainement ce qui lui est reproché. Nous souhaitons qu'elle retrouve la liberté dans ce dossier correctionnel. Elle n'a jamais été poursuivie pour quelconque indiscipline en détention. Derrière les barreaux, elle ne s'est jamais fait remarquer. Je m'associe donc à mon confrère pour demander son placement sous contrôle judiciaire ».

Maître Gérald Coralie, avocat de Laurie Salin : 

« Dans ce dossier particulier au long court, le juge a décidé que ma cliente soit la seule à être encore incarcérée provisoirement, depuis plus de deux ans maintenant. Avec des mesures carcérales difficiles qu'elle vient de mentionner. Laurie Salin, ma cliente, subit un régime spécial de détention. Nous contestons d'ailleurs devant le tribunal administratif les nombreuses fouilles à nue que nous jugeons inacceptables. Nous irons jusqu'à la cour européenne des droits de l'homme, si nécessaire. Sa forte personnalité parle pour elle et justifierait d'un placement sous contrôle judiciaire ».

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