Inquiétudes autour de la future prison de Saint-Laurent-du-Maroni : les avocats dénoncent une décision stigmatisante et prise sans concertation
Le projet du ministre de la Justice de création d’un quartier de haute sécurité en Guyane suscite une vive inquiétude dans la profession d’avocat, au niveau national comme local.
L’annonce par le ministre de la Justice Gérald Darmanin, lors de son déplacement en Guyane, de la création d’un quartier de haute sécurité (QHS) à Saint-Laurent-du-Maroni, destiné à accueillir des détenus « radicalisés » ou issus du grand banditisme, continue de faire réagir les représentants de la profession d’avocat.
Dans un communiqué publié ce week-end, le Conseil national des barreaux (CNB) s’est fermement opposé à cette mesure, qu’il qualifie de stigmatisante pour les populations ultramarines. « Associer la Guyane à l’enfermement des profils les plus dangereux alimente un récit dangereux, réactivant le souvenir douloureux du bagne », dénonce l’instance représentative nationale.
Elle s’alarme également de l’absence de concertation préalable et des atteintes potentielles aux droits de la défense, en particulier en cas de transferts de détenus depuis l’Hexagone. « L’éloignement géographique remettrait en cause l’accès aux avocats, aux juridictions et aux familles », rappelle le CNB.
En Guyane, le Barreau local, emmené par sa bâtonnière Christine Charlot, a exprimé le même désarroi lors d’une rencontre avec le ministre de la Justice, lundi. Dans un communiqué diffusé le 19 mai, le Barreau de la Guyane dit avoir fait part de « l’émoi et de l’indignation » suscités par cette annonce, notamment à Saint-Laurent-du-Maroni, où les conditions d’accès au droit sont déjà fortement dégradées.
La délégation du barreau guyanais a profité de cet échange pour rappeler l’état sinistré de la justice sur le territoire : éclatement des sites judiciaires, manque de visibilité sur la future cité judiciaire de Cayenne, difficultés d’intervention dans l’Ouest… Autant de réalités locales que le projet gouvernemental semble ignorer, selon les avocats.
Dans sa réponse, le ministre a tenté de rassurer, précisant que seuls les détenus en lien avec le territoire guyanais ou les Antilles seraient concernés. Un argument jugé insuffisant par les instances représentatives.
Pour le CNB comme pour le Barreau de la Guyane, la sécurité ne peut se résumer à une accumulation de projets carcéraux. Ils appellent à un changement de cap : renforcer la prévention, améliorer les infrastructures judiciaires et garantir un véritable accès au droit.

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