Chlordécone : l'État condamné à indemniser deux ouvrières agricoles pour préjudice d'anxiété
Le tribunal administratif de la Martinique a reconnu la responsabilité de l'État dans l'exposition au chlordécone de deux ouvrières agricoles et l'a condamné à les indemniser pour leur préjudice d'anxiété.
Par deux jugements rendus ce lundi (12 mai), le tribunal administratif de la Martinique a condamné l'État à indemniser deux anciennes ouvrières agricoles martiniquaises, victimes d'un préjudice moral d'anxiété lié à leur exposition prolongée au chlordécone, pesticide utilisé dans les bananeraies jusqu'en 1993.
Les juges ont estimé que "l'État a commis une série de fautes de nature à engager sa responsabilité ", notamment en autorisant la vente de produits à base de chlordécone "par le biais d'un dispositif dérogatoire d'autorisation provisoire, alors même que les données industrielles et études dont il disposait ne permettaient pas de s'assurer suffisamment de l'innocuité du produit".
Le tribunal a également rappelé que l'interdiction définitive du chlordécone en 1990 n'a pas été respectée : l'État a délivré, "en dehors de tout cadre légal, deux dérogations afin de permettre l'utilisation des stocks restants de chlordécone dans les bananeraies jusqu'en 1993 ".
Concernant les requérantes, les magistrats ont reconnu qu'elles " avaient travaillé pendant plus de dix ans dans une bananeraie, en qualité d'ouvrières agricoles, et qu'elles avaient participé dans ce cadre aux travaux d'épandage manuel du chlordécone dans les zones de culture, sans matériel de protection."
"Pas à la hauteur des préjudices subis"
S'appuyant sur des études scientifiques établissant un lien entre l'exposition aux pesticides et des pathologies graves (maladie de Parkinson, lymphome non hodgkinien, myélome multiple), le tribunal a jugé que "les deux requérantes apportaient suffisamment d'éléments pour justifier d'un préjudice moral d'anxiété réparable". Chacune recevra une indemnisation de 10 000 euros.
Le Collectif des ouvrier(es) agricoles empoisonné(es) par les pesticides (COAADEP), qui a accompagné les plaignantes dans cette procédure, salue "une victoire d'étape" mais souligne que "le montant des indemnisations n'est toujours pas à la hauteur des préjudices subis". Le collectif annonce maintenir sa mobilisation pour que l'ensemble des ouvriers agricoles et riverains touchés par ce scandale reçoivent une réparation juste et complète.

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