Diagonale des Fous: Hugo Deck, la victoire de l'insouciance
Une semaine après sa victoire sur la Diagonale des Fous (180 km), le Français Hugo Deck a raconté à l'AFP comment il s'efforce de préserver une forme de légèreté dans un trail de plus en plus professionnalisé.
"Je veux conserver la joie de la première fois", a expliqué la star montante du trail français, qui voit cette philosophie comme l'une des clefs de son succès.
QUESTION: Comment vous sentez-vous quelques jours après cet effort de 22 h 54 à travers La Réunion ?
REPONSE : "Je commence à avoir bien récupéré, même s'il y a encore quelques coups de fatigue. Toutes les émotions qui entourent cette victoire prennent un peu le dessus. Sur la ligne de départ, il y avait le mélange parfait entre excitation et stress. Cela faisait dix ans que je rêvais de cette course, donc j'étais forcément impatient. Mais chaque émotion était bien dosée. Je pense que c'est ce qui a permis au cocktail de fonctionner."
Q: Que se passe-t-il dans la tête d'un coureur pendant 23 heures ?
R: "Un grand dialogue intérieur. Ce qui m'a marqué, c'est surtout la vitesse à laquelle le temps est passé. Pourtant au 30e kilomètre, à Notre-Dame-de-la-Paix, j'ai connu un gros moment de stress parce que ma mère n'était pas au ravitaillement prévu. J'ai crié +Maman !+ comme un enfant perdu dans un supermarché. J'ai dû trouver une solution pour récupérer un gel énergétique et j'en ai notamment obtenu un auprès d'un concurrent, Jean-Philippe Tschumi. C'est un geste que je n'oublierai pas et qui illustre parfaitement l'esprit trail."
Q: Vous êtes coureur pro, pourquoi avoir fait appel à votre famille pour les ravitaillements ?
R: "Mes parents m'ont toujours soutenu dans cette passion, bien avant qu'elle ne devienne mon métier. Pouvoir partager ces émotions avec eux est quelque chose qui me touche. Voir ma grand-mère au ravitaillement, puis les larmes aux yeux à l'arrivée, c'est difficile à décrire. Et puis cela me procure un sentiment de sérénité. J'ai confiance en eux, ils savent à mon regard si je suis dans le dur."
Q: Est-ce aussi un moyen de garder une approche plus spontanée de la performance ?
R: "L'insouciance se perd avec les années, avec les succès mais aussi les difficultés que l'on traverse. Pourtant, j'essaie de la cultiver. Il y a des périodes où je suis très rigoureux et focalisé sur la performance. Et d'autres où je vais privilégier les sorties tranquilles avec des amis. J'essaye de varier les plaisirs, découvrir de nouveaux terrains, faire parfois un peu d'alpinisme ou simplement explorer."
Q: Cela permet de durer, à une période où le trail se professionnalise ?
R: "Oui, parce qu'on passe énormément de temps à s'entraîner. Je dépasse parfois les 1.000 heures d'entraînement par an. Si on passe mille heures dans la souffrance sans y trouver de plaisir, cela devient compliqué. Être heureux dans sa pratique reste ma priorité. Et à chaque fois que j'ai été heureux dans ma vie comme dans mon sport, les performances ont suivi."
Q: Qu'avez-vous ressenti justement au moment de passer la ligne d'arrivée ?
R: "Un immense vide, dans le bon sens du terme. Le public réunionnais était extraordinaire. J'avais presque l'impression d'être une rock star le temps de quelques minutes. La joie était tellement forte qu'il n'y avait plus de place pour les pensées."
Q: Vous avez seulement 26 ans, quel sera votre prochain objectif ?
R: "D'abord, je vais prendre un peu de repos et profiter d'une vie un peu différente du quotidien ces derniers temps, très centré sur l'entraînement. Ensuite, mon grand objectif de l'année prochaine sera naturellement l'Ultra-Trail du Mont-Blanc. Trois années se sont écoulées depuis ma dernière participation et j'ai gagné en maturité."
fd/dar

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