CTM : l'examen du dossier sur les mesures contre la vie chère reporté
Jeudi et vendredi derniers, l'Assemblée de Martinique réunie en séance plénière n'a pas examiné le dossier relatif à une décision exceptionnelle et expérimentale de lutte contre la vie chère et la misère. Les élus ont voté à la majorité pour un report du débat. Le président du conseil exécutif, Serge Letchimy, attend toujours un engagement écrit de l'État.
Le 11 septembre dernier, la proposition du conseil exécutif de la CTM d'instaurer un octroi de mer à taux zéro sur 54 familles de produits pour lutter contre la vie chère avait pris tout le monde de court. Ladite proposition avait été rendue publique à la veille de la deuxième table ronde organisée en préfecture en présence notamment des acteurs de la grande distribution et du Rpprac. Enfin, elle avait plongé le président de l'association des maires, Justin Pamphile, dans une profonde perplexité, face à une possible perte de recettes pour les collectivités locales.
Cependant, le président du conseil exécutif de la CTM, Serge Letchimy, avait prévenu qu'il ne soumettrait pas au vote des élus la mesure exceptionnelle et expérimentale de lutte contre la vie chère et la misère, s'il n'y avait pas, en contrepartie, un engagement de l'État (une baisse de la TVA et un contrôle serré des prix et des marges). Finalement, jeudi 3 et vendredi 4 octobre, l'Assemblée de Martinique réunie en séance plénière n'a pas examiné le dossier tant attendu, l'État n'ayant pas répondu en temps et en heure à la demande du PCE. Mais rien n'est perdu pour autant !
« Nous n'avons pas encore terminé les discussions et nous n'avons pas de choses suffisamment précises qui nous permettent de trancher. Nous devrions avoir un écrit en ce début ou milieu de semaine, répondant ou pas à nos revendications », explique Serge Letchimy. « On ne peut pas ouvrir ce débat et voter sans écrit, sans engagement, même si je considère qu'il y a quelques petites avancées. Je ne veux absolument pas porter le chapeau de quelque chose qui ne serait pas dans l'intérêt supérieur du peuple martiniquais. C'est pourquoi je suggère que l'on puisse débattre en procédure d'urgence le plus tôt possible, dès que l'on aura ce courrier ».
« Nous avons été roulés dans la farine en 2009 »
Lucien Saliber, président de l'Assemblée de Martinique, abonde dans le même sens : « Même si les discussions sont en bonne voie, même si des propositions nous sont faites, elles ne sont pas suffisamment claires pour nous permettre de nous prononcer sur un dossier aussi important que celui-là. Nous avons été roulés dans la farine en 2009. Il n'est pas question pour nous de retomber dans le même piège ». Lucien Saliber propose alors aux conseillers territoriaux de voter pour ou contre la présentation, ultérieurement, en procédure d'urgence, du fameux point 3 de l'ordre du jour. Marcellin Nadeau, d'« Ansanm Pou Péyi-Nou », ne désapprouve pas la requête du PCE.
Toutefois, il prévient : « Ce qui peut constituer notre faiblesse, c'est de ne pas parler d'une seule voix et je le dis en tant que parlementaire. C'est pour cette raison que je propose, avec mon collègue Jean-Philippe Nilor et les deux autres députés qui ne sont pas conseillers territoriaux, que nous demandions dans l'urgence un rendez-vous au ministre des Outre-mer. Il faut que nous lui mettions la pression. Imaginez un seul instant un tel niveau de crise sociale dans n'importe quel département français ! Pensez-vous qu'aucun ministre ne serait venu ou n'irait dans ce département ? ».
« La méthode était mauvaise »
Daniel Marie-Sainte, du « Gran Sanblé pou Matinik », donne à Serge Letchimy un cours de méthodologie. « J'ai appris de mon expérience syndicale qu'avant d'aller négocier, on réunit sa base, tous les mandants, on élabore ensemble une plateforme de revendications, et lorsqu'on s'est assuré que l'ensemble de la base est d'accord avec cette plateforme de revendications, on s'efforce ensuite d'obtenir l'ouverture de la négociation ». Pour Daniel Marie-Sainte, ce scénario n'a pas eu lieu. « Les points de revendication transmis au gouvernement français ont été élaborés et c'est après qu'on vient demander, ici, l'assentiment de l'Assemblée. La méthode était donc mauvaise. Il faut la changer ».
Le conseiller territorial estime que la proposition du conseil exécutif de la CTM d'instaurer un octroi de mer à taux zéro sur 54 familles de produits et celles issues des tables rondes nécessitent l'adhésion de l'ensemble des élus de Martinique. « Il me paraît logique que l'on puisse arriver à une unité martiniquaise, en incluant les maires qui risquent de subir les conséquences de la mesure relative à l'octroi de mer, si elle est retenue », observe le conseiller territorial. « Or, le seul endroit, qui est prévu pour que nous puissions tous nous rencontrer, c'est-à-dire les 51 élus de l'Assemblée de Martinique, les 9 élus du conseil exécutif, les 34 maires, les deux sénateurs et les quatre députés, s'appelle le Congrès. Notre groupe propose donc qu'il soit convoqué ».
« Il faut un mouvement populaire puissant »
Jean-Philippe Nilor, d'« Ansanm Pou Péyi-Nou », invite à son tour la classe politique à maintenir un front uni et solidaire face à l'État. « L'État français s'est toujours délecté de ces divisions et a toujours profité des failles, des rivalités pour asseoir ses positions. Je suis d'accord pour faire la trêve au nom de l'intérêt du peuple martiniquais ».
Marie-Hélène Léotin, du « Gran Sanblé pou Matinik », dit se méfier de l'État. « Dans cette histoire de vie chère, nous avons un acteur incontournable et puissant qui est l'État français », concède-t-elle. « Mais, je ne lui ai jamais fait confiance et je suis convaincue que pour que l'on commence à apporter un début de solution à la question de la vie chère, il faut un mouvement populaire puissant, dans la rue, avec les associations, les syndicats, un peu à l'image de ce qu'il s'est passé en Guyane, il y a quelques années. Un mouvement auquel s'ajoute l'action des élus, unis face à l'État français ».
Au bout du compte, vendredi, les conseillers territoriaux ont voté à la majorité en faveur d'un report, à une date ultérieure, de l'examen du point 3. Il sera présenté via une procédure d'urgence.

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