Choose Outre-mer : derrière les ambitions, le défi d'attirer de nouveaux investisseurs
Réunis à Paris ce jeudi 1er octobre, investisseurs, entrepreneurs et responsables politiques participent à la première édition de Choose Outre-mer. Entre lancement d'un fonds d'investissement, promesses d'emplois et interrogations sur les retombées concrètes, les territoires ultramarins cherchent à changer d'échelle.
À la Banque de France, à Paris, les Outre-mer sont au centre des discussions économiques. Pour sa première édition, Choose Outre-mer entend faire évoluer le regard des investisseurs sur ces territoires, trop souvent associés à leurs contraintes géographiques et structurelles. L'ambition affichée par le ministère des Outre-mer est de transformer leurs ressources, leur innovation et leurs savoir-faire en activités économiques durables.
Mais derrière les discours et les poignées de main, une question demeure : cette nouvelle vitrine permettra-t-elle réellement de faire venir des capitaux et de créer des opportunités sur place ?
Un fonds pour passer à la vitesse supérieure
L'un des principaux temps forts de cette journée est le lancement du Fonds à impact Outre-mer, porté par INCO Ventures. Son objectif : accompagner les entreprises ultramarines innovantes, renforcer leurs fonds propres et soutenir leur développement. Un premier engagement qui doit permettre de mobiliser plusieurs dizaines de millions d'euros, avec une première enveloppe annoncée de 35 millions.
Pour Jean-Michel Lécuyer, président d'INCO Ventures, le potentiel des entreprises ultramarines ne fait guère de doute. " On a pu constater tout le potentiel qu'avaient ces entreprises, tout leur côté innovant, le fait que la plupart recherchent sincèrement un impact social, environnemental, un impact sur leur territoire ", explique-t-il.
À ses côtés, Daniel Hierso, directeur d'Outre-mer Network, rappelle le travail engagé depuis quinze ans pour rapprocher les jeunes entreprises des investisseurs. " On a levé un peu plus de 57 millions d'euros à ce jour dans le cadre d'Innovation Outre-mer ", souligne-t-il. Pour lui, ce nouveau fonds marque une étape dans la structuration de l'écosystème entrepreneurial ultramarin.
Présent à Paris, Thierry Déau, fondateur et PDG de Meridiam, y voit également un signal à envoyer au monde économique. " J'espère que ce fonds va encourager d'autres investisseurs à venir soutenir les investissements dans les entreprises en Outre-mer. " Son groupe est déjà engagé dans plusieurs projets d'infrastructures, notamment en Guyane, avec une centrale solaire associée à la production d'hydrogène dans l'Ouest guyanais. Il espère voir les premiers investissements du fonds se concrétiser dans les prochains mois.
" Un petit démarrage " pour la Martinique
Pour Béatrice Bellay, députée socialiste de la Martinique, la présence des acteurs économiques ne suffit pas. Encore faut-il que les collectivités ultramarines portent une vision commune et créent les conditions nécessaires à l'investissement.
" Je ne suis pas sûre que nous ayons réussi à saisir des investisseurs extérieurs qui viendraient spécifiquement sur le salon ", observe-t-elle. La parlementaire dit avoir surtout reconnu des entrepreneurs déjà présents dans les réseaux économiques ultramarins. Elle appelle ainsi à une mobilisation plus forte des collectivités, dont la Collectivité territoriale de Martinique, lors des prochaines éditions.
L'élue insiste aussi sur un autre enjeu : faire coïncider les investissements avec les besoins locaux. Les financements doivent permettre de développer les compétences, de recruter et de créer des débouchés pour la population. Elle évoque notamment ses échanges à venir avec Thierry Déau, autour des besoins des entreprises, de la stabilité et de la visibilité nécessaires aux investisseurs.
Cette question est particulièrement sensible dans les territoires confrontés au départ de leurs jeunes diplômés. Annick Girardin, ancienne ministre des Outre-mer et sénatrice de Saint-Pierre-et-Miquelon, rappelle que les entreprises réclament des financements à chaque étape de leur développement, de l'amorçage au changement d'échelle.
Des financements, mais aussi des talents
L'investissement ne constitue qu'un volet de Choose Outre-mer. En parallèle, un job dating organisé avec France Travail et l'Apec doit rapprocher les entreprises ultramarines des talents installés dans l'Hexagone. Près d'un millier d'offres sont annoncées, avec des rendez-vous organisés à Paris et dans les cinq départements et régions d'outre-mer.
L'enjeu est de répondre aux difficultés de recrutement et de faciliter le retour de compétences vers les territoires. Neuf jeunes entreprises participent également à un concours de pitchs, pour présenter leurs projets à des investisseurs et tenter de décrocher des financements.
Reste désormais à mesurer les résultats. Pour les acteurs réunis à Paris, cette première édition constitue un point de départ. Les annonces devront se traduire en investissements effectifs, en entreprises consolidées et en emplois durables. Car l'attractivité des Outre-mer ne se décrète pas lors d'un sommet : elle se construit dans la durée, au plus près des réalités économiques et sociales de chaque territoire.

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