Trois hommes meurent au fond d'un puits
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MATOURY

Trois hommes meurent au fond d'un puits

Jean-Marc KROMWEL / Damien LANSADE
Familles et voisins, se sont rassemblés autour du lieu du drame, dont l'accès a été bouclé par les gendarmes pour l'évacuation des victimes et les premières analyses. (JA)
Familles et voisins, se sont rassemblés autour du lieu du drame, dont l'accès a été bouclé par les gendarmes pour l'évacuation des victimes et les premières analyses. (JA)

Trois hommes sont morts asphyxiés ou noyés dans le puits qu'ils étaient en train de creuser chez un particulier. Le drame s'est déroulé au quartier Cogneau-Lamirande, à Matoury, hier vers 11 heures.

C'était le 20 avril. Jonathan, 17 ans, était abattu de plusieurs coups de feu lors d'une soirée dancehall à Cogneau-Lamirande. À peine un mois plus tard, ce quartier défavorisé de Matoury a vécu un nouveau drame, dans des circonstances complètement différentes. Un drame plus douloureux encore car trois familles ont été endeuillées.
Les faits se sont déroulés vers 10 h 45, au bout de la rue des Colibris. Trois hommes creusent un puits chez un particulier quand une émanation d'air confiné, sans doute chargé de gaz, les prend à la gorge. Deux d'entre eux perdent connaissance. Le troisième comprend le danger et sort du puits pour aller chercher du secours. Une fois l'alerte donnée, il revient aider ses amis.
Entre-temps, Evans, un jeune du quartier, se précipite pour les secourir (lire par ailleurs). Il arrive en même temps que les pompiers et trois autres riverains. « Nous avons aidé les pompiers à les sortir du puits, raconte-t-il, encore sous le choc, une heure après les faits. Mais le pompier qui les a remontés a fait un malaise. Alors, on a pratiqué un massage cardiaque sur les victimes sur les indications d'un autre pompier. Quelques minutes après, le Samu est arrivé mais ils n'ont pas pu les sauver. »
ASPHYXIE OU NOYADE
Le bilan est terrible, en effet. Deux hommes étaient en insuffisance respiratoire grave, peut-être sans vie déjà, à l'arrivée des secours. Malgré leurs efforts pour les ranimer, les médecins du Samu ont dû constater leur décès. Quelques minutes plus tard, le troisième homme, celui qui était allé appeler les secours, décédait également. Quant au propriétaire du puits, devant lequel s'est déroulé le drame, il a tenté lui aussi d'apporter les premiers soins aux blessés. Gravement intoxiqué, il a été hospitalisé et se trouvait encore hier soir sous caisson à oxygène, avec un pronostic vital engagé.
Les trois hommes décédés avaient 49, 29 et 25 ans. Ti Jack et Brunel étaient originaires d'Haïti, le troisième, dont on ignore le prénom, était du Guyana. Enfin, la nationalité du propriétaire de la construction n'est pas déterminée.
Par ailleurs, deux pompiers intervenus sur place ont également été hospitalisés après avoir fait un malaise. Ils devaient sortir du centre hospitalier hier soir.
La cause exacte de cette asphyxie collective sera déterminée avec précision dès les résultats des premières analyses connues. Sans doute aujourd'hui. Mais il semble que la pompe utilisée pour aspirer l'eau l'ait été dans de mauvaises conditions. Le confinement de l'air aurait en effet déclenché une forte émanation de monoxyde de carbone, causant l'asphyxie des trois hommes, retrouvés ensuite sous l'eau. Ils pourraient être morts asphyxiés ou noyés.
Un quartier plongé dans la douleur
Pendant toute la journée d'hier, les familles, les proches et les habitants du quartier étaient rassemblés devant le cordon de sécurité des gendarmes, attendant désespérément que des informations commencent à filtrer.
 
Le soleil tape dur, proche de son zénith. Les familles des victimes sont en première ligne. Entre deux sanglots, une femme supplie les gendarmes de la laisser passer. La foule se joint à elle. Les agents, impuissants, tentent de calmer les esprits.
Pour pallier tout risque d'accident supplémentaire, la gendarmerie a préféré bloquer complètement l'accès à la rue. Du gaz pourrait continuer de s'échapper du puits. Un peu plus tôt, le premier pompier descendu au fond a fait un malaise. L'équipe poursuit son travail avec des masques de sécurité.
Un groupe de pompiers, têtes baissées, visages fermés, passe le cordon de sécurité, avant de revenir avec des cordes, des mousquetons, des baudriers, une bouteille d'oxygène. Un quatrième corps pourrait toujours se trouver au fond. Mais le puits a commencé à se remplir. Impossible pour l'instant de travailler avant d'avoir pompé l'eau.
HAÏTI PLEURE UN DE SES RESSORTISSANTS
Vers 13 heures, Louis-Jacques Daniel, administrateur du consulat d'Haïti, vient d'arriver et cherche à passer le cordon de sécurité. Les gendarmes lui refusent l'accès. Le diplomate fait le tour de la foule, calepin et stylo en main, tente de comprendre, s'enquiert de l'identité des victimes.
Un silence se fait. La foule suit avec des yeux anxieux l'équipe d'identification criminelle de la gendarmerie. Puis à nouveau un hurlement de douleur, qui s'éteint sur une note déchirante. L'attroupement se déplace soudainement. Un peu à l'écart, une femme vient de s'écrouler, terrassée par la douleur. Prostrée au sol, elle pleure, crie, tape le sol du poing. La foule la regarde faire, presque religieusement, sans savoir quoi dire. À quelques mètres de là, de l'autre côté du mur, plusieurs hommes sont morts.
Damien LANSADE
Gabriel Serville « extrêmement choqué »
Le maire de Matoury, député de la 1re circonscription, s'est dit « extrêmement choqué par l'annonce de la mort de trois personnes dans un puits en cours de forage » . Il présente ses « condoléances aux familles, amis et voisins des victimes au nom du conseil municipal » et souhaite une avancée rapide de l'enquête « sur les conditions d'un tel drame afin d'éviter qu'il ne survienne à nouveau » .
Evans a fait ce qu'il a pu
C'est un jour qu'il aura du mal à oublier. « J'essaie de penser à autre chose mais c'est difficile » , disait-il encore hier après-midi, plus de cinq heures après les faits. Evans, 26 ans, habite Cogneau-Lamirande depuis quelques semaines. Il a été l'un des premiers à venir en aide aux victimes. « On a vu un rasta qui criait au secours, raconte-t-il. On a été quatre à venir les aider. Les pompiers étaient déjà là. Un homme était allongé hors du puits (le propriétaire, probablement, ndlr), et ils étaient trois au fond. Avec mon cousin, on a fait ce qu'on a pu, mais c'était trop tard malheureusement. »
Une construction illégale
« Nous n'avons pas de permis de construire pour cette construction » , a précisé hier Marie-Noëlle Collobert, substitut du procureur de permanence. « Par ailleurs, il pourrait s'agir d'un accident du travail car on ignore dans quelles conditions ces personnes étaient employées. » Le propriétaire, la quatrième victime, actuellement hospitalisé, risque gros dans cette affaire, qui pourrait en effet relever du pénal du fait du caractère illégal de la construction et de l'emploi de personnes non déclarées.
Un précédent en 2007 à Dégrad-des-Cannes
(photo d'archives)
(photo d'archives)
Un drame s'est déroulé dans des circonstances similaires le 14 octobre 2007. Carlo, 23 ans, et Emmanuel, 52 ans, sont morts intoxiqués au monoxyde de carbone en nettoyant une pompe à eau chez Emmanuel.
D'abord asphyxiés, ils se sont noyés sous l'eau relâchée par la pompe dans la cour.
L'accident d'hier, à Matoury, doit inciter tous ceux qui utilisent des pompes à eau ou du matériel du même type à être vigilant sur l'état dans lequel ils se trouvent. Et surtout sur les conditions dans lequel ils sont employés.
Les lieux étroits, fermés et confinés, comme un puits, peuvent se révéler extrêmement dangereux.

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