Alors qu'il se trouvait dans la salle, un professeur de technologie a été blessé par un projectile tiré par une arme.
L'arrière du collège. C'est à cet endroit que le tireur devait se situer. (SR)
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« Heureusement que c'était la récréation. Sinon, vu la configuration de la salle, la balle aurait pu blesser un élève. » Pour le policier qui prononce ces mots, on a frôlé le drame. Hier, à 10 heures, dans la salle informatique du collège Paul-Kapel, deux professeurs de technologie étaient en pause. L'un d'eux, âgé de 39 ans, était devant son écran d'ordinateur. Soudain, il a ressenti une très vive douleur à la nuque. Son collègue est venu vers lui et a constaté qu'il saignait abondamment. Ils n'ont pas tout de suite pensé à un projectile tiré par une arme à feu (lire ci-dessous).
Le blessé est conduit au centre hospitalier, à toute vitesse. C'est là qu'il a appris que c'était le résultat d'un coup de feu. Ses jours ne sont pas en danger. Mais les médecins ont décidé de lui faire passer un scanner pour localiser le ou les bouts de projectile avant de les extraire. Hier soir, le blessé était toujours à l'hôpital et on ne savait toujours pas le type de projectile qui l'avait blessé. Pour le parquet, il s'agirait d'une balle. « Mais on ignore le calibre. » « Des éclats se sont logés en surface, dans le cuir chevelu, entre la peau et l'os, racontent de leur côté deux policiers. Le projectile devait être en fin de course et n'avait plus beaucoup de vitesse. » Le professeur a été opéré ce mercredi matin.
HYPOTHÈSE DE LA BALLE PERDUE
Quelques heures après le coup de feu, vers 17 heures, premier rebondissement dans cette affaire. Un homme est arrêté. Une perquisition a été faite chez lui qui a permis de retrouver une carabine. L'homme a été placé en garde à vue et l'arme confisquée jusqu'à nouvel ordre. Mais les policiers étaient sceptiques concernant son éventuelle implication. L'homme a d'ailleurs été laissé libre à 20h30. « Des collégiens ont d'abord expliqué qu'un homme se baladait autour du collège avec une arme à feu, raconte un policier. Puis ils sont revenus sur leur témoignage et ont indiqué que c'était il y a trois semaines et que depuis, ils ne l'avaient pas revu. Puis ils ont encore changé leur version en précisant qu'ils l'avaient aperçu ce matin avec son arme. »
Dans la salle informatique, les enquêteurs ont relevé deux impacts sur la vitre. Mais après quelques recherches, il s'est avéré qu'un seul projectile l'avait traversée hier matin. Le second impact remontait à 2011... Au moment du coup de feu, les vitres étaient occultées par des rideaux.
La salle informatique est située au rez-de-chaussée comme tout le reste du collège d'ailleurs. Elle est à l'arrière de l'établissement et donne sur un canal longé par une bande de terre couverte de hautes herbes. Plus loin, on trouve un terrain de football. C'est quelque part par là que devait être posté le tireur. Pour les policiers qui travaillent sur l'affaire, il ne peut s'agir que d'une balle perdue. Le tireur ne visait pas de manière délibérée ce professeur qu'il ne pouvait de toute façon pas voir.
« Tout s'est passé très calmement »
Professeur de technologie à Paul-Kapel, Alain Brigitte était au côté de Jean-André Boutin lorsque celui-ci a été touché. Il lui a apporté les premiers soins.
(SR)
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« J'étais dans la salle avec mon collègue pendant la récréation de 10 heures. Il était assis devant un ordinateur et on était en train de discuter quand, brusquement, on a entendu comme une petite explosion. Cela m'a fait penser à une porte qui claque. Il m'a dit : « Ça m'a touché! C'est l'ordinateur! » Il a porté sa main à son crâne et moi, j'ai tout de suite vu qu'il avait une hémorragie. Étant secouriste, j'ai vu qu'il fallait lui faire un pansement compressif. Je suis allé chercher du papier et je lui ai fait le pansement. Ensuite, je l'ai conduit à l'infirme rie. J'ai appelé les pompiers, mais ils m'ont répondu qu'ils ne pouvaient pas venir parce qu'ils n'avaient pas de véhicule disponible. Du coup, c'est le principal adjoint qui l'a conduit à l'hôpital. Tout s'est passé très calmement. À aucun moment, il n'a perdu connaissance et il a même marché un peu pour aller à l'infirmerie. Sur le coup, on n'a pas du tout pensé à une balle. Lui, il pensait plutôt à un problème d'ordinateur. Moi, j'ai cru que c'était une ampoule qui avait explosé. Une fois qu'il était parti à l'hôpital, j'ai vu la principale du collège et nous sommes retour nés ensemble sur les lieux. C'est là que j'ai constaté deux trous dans le rideau. On l'a soulevé et j'ai vu un trou dans la vitre avec une fissure autour. C'est à ce moment-là que l'on a pensé à une balle et que la principale a appelé la police. Je pense que lui n'a pas su que c'était une balle avant de partir pour l'hôpital, c'est pour cela qu'il n'a pas paniqué. Sa famille l'a rejoint à l'hôpital avant de venir au collège nous rassurer. Les collégiens n'ont pas su ce qui s'était passé et moi, je suis retourné faire cours de 11 heures à midi. Ensuite, le rectorat, la mairie, la police, la préfecture et le conseil général sont arrivés. On a eu un entretien tous ensemble et le collège est resté fermé l'après-midi. Cela fait deux ans que j'enseigne à Paul-Kapel et je n'ai jamais eu de sentiment d'insécurité dans l'établissement. C'est pour cela que je pense plutôt à un accident. »
Propos recueillis par A. S.-M.
- Droit de retrait des enseignants
Des hier après-midi, les enseignants du collège ont fait valoir leur droit de retrait. Ils ont décidé de le maintenir pour aujourd'hui. Les élèves ne devraient donc pas avoir cours et le collège devrait rester fermé. La principale organise ce matin une réunion de concertation avec l'équipe de l'établissement. À l'issue de cette réunion, les enseignants ont décidé de poursuivre leur droit de retrait pour 24 heures supplémentaires. Le collège restera donc fermé demain (jeudi). En outre, une marche de soutien et de revendications aura lieu le vendredi 04 avril à 8h30 au départ du collège Paul-Kapel, organisée par l'intersyndicale enseignante. "Il ne s'agit pas d'une énième mobilisation corporatiste. Il s'agit d'entrainer l'ensemble des forces vives de notre société sur la problématique des violences scolaires qui polluent le quotidien des établissements scolaires et qui empêchent, de fait, la mise en place d'un climat à même d'offrir les conditions de réussite pour tous les élèves", déclare Farouk Amri, du syndicat enseignant.
- Le recteur au chevet du blessé et des enseignants
Rapidement alerté de l'accident, le recteur Philippe Lacombe s'est rendu à l'hôpital de Cayenne pour rencontrer Jean-André Boutin, l'enseignant blessé. Il s'est ensuite rendu au collège Paul-Kapel où il a participé à une réunion improvisée avec les services de la préfecture, de la police, de la justice, du conseil général et de la mairie de Cayenne. Une cellule d'écoute a été mise en place au sein du collège.
- Les syndicats indignés
Deux syndicats enseignants ont immédiatement réagi après l'annonce de l'accident. La FSU « alerte sur un climat général de violence qui s'installe dans les zones urbaines et en particulier aux abords des établissements scolaires » . Elle « dénonce l'insuffisance des mesures annoncées par la préfecture lors de la réunion sur la violence scolaire » organisée fin janvier en préfecture. De son côté, le Sgen-CDTG déplore aussi une réunion « pas à la hauteur » et surtout des suites qui « restent au niveau des grands patrons signataires et confidentielles » . Le syndicat réclame des mesures urgentes comme « la mise en oeuvre opérationnelle du plan de lutte contre la délinquance déjà signé » , « l'investissement des maires » et « la mise en place d'une cellule d'appui aux établissements » .
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