Vue aérienne de la propriété de deux des quatre suspects, au bord de Ia Mana (photo d'archives)
Les quatre suspects auraient alimenté les sites d'orpaillage en personnes et en marchandises.
« Aucun trafic ne peut prospérer sans complicité locale. » C est le credo du procureur Ivan Auriel, qu'il applique autant aux stupéfiants qu'à l'orpaillage clandestin. On verra si le dossier qui sera jugé cet après-midi au tribunal confirme cette hypothèse.
C'est après un gros travail de surveillances que les enquêteurs de la police aux frontières de Saint-Laurent ont arrêté le 10 février quatre Français : les frères Jean-Pierre et Charles-Henri Pécher (46 et 48 ans) ainsi que Luc Dieu (27 ans) et Dewanan Randolph (46 ans). Ces hommes sont soupçonnés d'avoir monté un réseau d'alimentation des sites d'orpaillage situés sur la haute Mana. Ils seront jugés pour aide au séjour irrégulier, complicité d'orpaillage illégal et atteinte à l'environnement, le tout en bande organisée.
Les policiers ont caché des caméras sur la propriété des frères Pécher, située à Saut-Sabbat, au bord de la Mana, tout près de la nationale. Certaines ont d'ailleurs été volées par les enfants des frères. Mais les images récupérées auraient permis d'établir que les frères, avec leurs complices, convoyaient sur des pirogues chargées de garimpeiros, des fûts de carburant, des moteurs et des denrées pour les mines illégales. Les GPS saisis par la PAF ont mémorisé une trentaine de positions correspondant à des sites d'orpaillage. Surtout, les policiers ont saisi des livres de comptes qui indiquent un chiffre d'affaires estimé à 242 000 euros. Le réseau aurait fait payer aux garimpeiros 70 centimes par kilo convoyé en pirogue vers les sites.
Les enquêteurs ont aussi calculé que les suspects faisaient 150 allers-retours vers Saint-Laurent pour aller chercher des clandestins, des moteurs, de l'essence et des marchandises. Au départ, explique même une source, ils louaient des véhicules. Mais le loueur en avait marre que ses véhicules soient rendus empestant l'essence quand ils n'étaient pas simplement saisis par les forces de l'ordre.
Les suspects nient toute implication dans ce réseau en bande organisée. Me José Lobeau, qui défend les deux frères, considère que dans ce dossier « il n'y a pas grand-chose de prouvé. On n'a pas de constat d'atteinte l'environnement. »
Seul Luc Dieu dans ce dossier comparaît libre. Les autres ont été placés en détention provisoire pour éviter « toute concertation » . Sauf qu'ils ont été placés dans la même cellule... Initialement, ils devaient être jugés le 14 février en comparution immédiate. Mais les avocats n'avaient reçu que très tardivement l'épais dossier d'enquête. L'affaire avait donc été renvoyée au 21 mars. Sauf que ce jour-là, on s'était rendu compte que le dossier avait été égaré. Nouveau renvoi. Le dossier a été retrouvé depuis.
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