« Mon père a été victime d'une usurpation d'identité à SFR »
France-Antilles Téléchargez l'application France-Guyane Installer

La radio 100% Caraïbes
MARTINIQUE

« Mon père a été victime d'une usurpation d'identité à SFR »

Karine Saint-Louis-Augustin k.saint-louis-augustin@agmedias.fr
Laurie-Anne dénonce l'usurpation d'identité subie par son père chez SFR.
Laurie-Anne dénonce l'usurpation d'identité subie par son père chez SFR. • KARINE SAINT-LOUIS-AUGUSTIN

Quand une simple souscription Internet vire au cauchemar, les conséquences peuvent dépasser l'imaginable. C'est ce qu'a vécu le père de Laurie-Anne, victime d'une usurpation d'identité orchestrée par une vendeuse d'une boutique SFR au centre commercial Océanis, au Robert. Des documents falsifiés, des prélèvements bancaires injustifiés et des procédures interminables : cette famille se retrouve plongée dans un imbroglio administratif et financier.

L'histoire débute de façon on ne peut plus banale en janvier 2025. « Mon père s'est rendu dans une boutique de téléphonie  au centre commercial Océanis du Robert, pour effectuer l'achat d'une box Internet, raconte Laurie-Anne. Comme ça ne passait pas chez lui, il a ramené la box au magasin ». Jusque-là, tout se déroule sans problème :  résiliation, remboursement des frais et, pensait-on, fin de l'histoire. Sauf qu'au mois de mai, plusieurs prélèvements de 250 euros apparaissent sur le compte de l'octogénaire, au nom de l'opérateur, alors qu'il n'avait rien acheté chez SFR et que ce n'est pas son opérateur mobile.  Intriguée, Laurie-Anne mène l'enquête : « Un IPhone 16 Pro a été acheté en bénéficiant d'une offre de portabilité avec une grosse réduction sur le téléphone, et un abonnement de 50 euros avec un paiement par carte, et un autre paiement prélevé à l'aide du RIB de mon père,  alors qu'en réalité ce dernier n'avait rien acheté ! »

En examinant les documents fournis par la boutique, elle découvre l'impensable : « La vendeuse a inversé le prénom et le deuxième prénom de mon père, a falsifié une attestation d'EDF, utilisé la photocopie de la carte d'identité et un justificatif d'adresse qui n'était pas celui de mon père. »

« Elle nous a dit que ça pouvait être quelqu'un d'autre »

Laurie-Anne décrit la suite avec une colère palpable : « On a porté plainte, les gendarmes ont mené l'enquête. La vendeuse a dit qu'elle ne vérifiait pas la concordance entre les documents qu'on lui remettait et la personne qu'elle avait en face d'elle. Elle nous a dit qu'elle ne se rappelait pas de cette vente... Mais ça n'a pas de sens ! » Grâce à ses démarches, Laurie-Anne remonte au numéro du titulaire de la ligne souscrite : il s'agit du compagnon de la vendeuse. « J'ai pu entrer en contact avec celui-ci, qui m'a dit qu'il n'était absolument pas au courant de cette histoire jusqu'à sa convocation à la gendarmerie et était très en colère contre sa compagne. » La photo et les données client qu'elle remet aux gendarmes confirment ses soupçons. « Elle a acheté le téléphone dans sa propre agence. »

Malgré ces preuves, le remboursement n'a toujours pas été effectué en faveur du père de Laurie-Anne. « SFR attend le retour de la gendarmerie... Mais moi je trouve ça injuste ! On a fourni toutes les pièces, fait toutes les recherches, et tout ce qu'ils ont fait, c'est déplacer la vendeuse », fulmine Laurie- Anne. Elle raconte avoir contacté le directeur commercial de le boutique SFR du Robert, qui se dit surpris et promet d'en informer son supérieur, mais aucune solution concrète n'a été proposée.

« Pas à son coup d'essai »

Et la colère monte quand la quadragénaire évoque la possibilité que d'autres clients soient victimes des agissements de cette vendeuse : « Quand j'ai vérifié auprès d'EDF, le numéro client était correct, mais le numéro de point de livraison ne l'était pas. Il n'est pas impossible que cette vendeuse n'en soit pas à son coup d'essai, et peut-être même qu'elle n'a pas agi seule », prévient-elle.

Pour Laurie-Anne, la situation dépasse le simple litige financier : « Je souhaite qu'SFR prenne en compte le problème, qu'ils fassent le nécessaire, qu'on se fasse rembourser sur tout, et que cette personne soit sanctionnée. Parce que ce sont des faits graves. »

Le préjudice dépasse le téléphone et l'abonnement : « L'offre de portabilité comprenait un abonnement mensuel de plus de 50 euros, ce qui a fait grimper la facture à plus de 600 euros. Mon père a fait opposition. Et là, un huissier me réclame ce montant. Je lui ai répondu que cette somme n'était pas due, qu'il y avait un conflit et qu'il s'agissait d'une usurpation d'identité. Tous les documents ont été remis à SFR », précise la jeune femme, visiblement épuisée mais déterminée. « Mon père a toujours géré ses finances avec sérieux. À 63 ans, il n'a jamais eu de découvert ni eu de problème avec sa banque. Et là, avec cette histoire, il se retrouve complètement désarmé, impuissant face à une situation qu'il n'a jamais provoquée. »

« Des investigations internes en cours »

Pour Laurie-Anne, l'urgence est claire : que SFR agisse, rembourse son père et sanctionne les responsables. « C'est tout simplement injuste ! On a tout fait correctement, mais rien n'avance. »

Contacté par notre rédaction, SFR répond qu'« une enquête est en cours, nous ne sommes donc pas en mesure de communiquer des éléments sur ce cas à ce stade. » L'opérateur précise par ailleurs que « des investigations internes sont actuellement en cours » et ajoute qu'« à ce stade, si le cas est confirmé, aucun élément ne permet de dire qu'il s'agirait d'autre chose que d'un cas isolé ».

-
- • Photo d'illustration/Shutterstock
Abonnements et prélèvements frauduleux : la famille attend des réponses de SFR.
Abonnements et prélèvements frauduleux : la famille attend des réponses de SFR. • Karine Saint-Louis-Augustin

« L'escroquerie est passible de cinq ans d'emprisonnement et 375 000 euros d'amende »

Quels sont les premiers réflexes à avoir lorsqu'une personne découvre qu'un contrat ou un achat a été souscrit à son nom sans son consentement ?

Les démarches suivantes sont absolument toutes nécessaires et complémentaires en cas d'usurpation d'identité ou de fraude : d'abord, pensez à sécuriser vos comptes et moyens de paiement et faire opposition immédiatement sur vos cartes ou comptes bancaires en contactant votre banque, vérifiez bien vos relevés pour repérer d'autres transactions suspectes. Ensuite, contactez l'entreprise concernée rapidement où la fraude a eu lieu (par téléphone, email ou courrier recommandé) et demandez une confirmation écrite de l'annulation et du remboursement. Puis déposez plainte en commissariat ou en gendarmerie pour usurpation d'identité et escroquerie, et vous munir d'une pièce d'identité et des preuves de la fraude. Dès lors, protégez votre identité et vérifiez vos comptes en ligne (impôts, Sécurité sociale, mutuelle, banque, EDF, assurances, etc.), changez vos mots de passe et activez des alertes si la possibilité existe. Enfin, conservez les preuves et archivez tous les documents du litige (emails, relevés, courriers, récépissé de plainte) dans un dossier organisé.

La victime d'une usurpation d'identité est-elle juridiquement tenue de payer les sommes réclamées (abonnements, achats, frais annexes) ?

Que dit le droit de la consommation à ce sujet ? En cas d'usurpation d'identité, la conduite à tenir pour toutes preuves, responsabilités et tous recours peut se décliner ainsi, en tenant pour principe que la victime n'a pas à supporter les frais frauduleux, mais doit agir rapidement pour prouver l'usurpation et engager les recours (banque, justice, plainte, Cnil...). Preuve et responsabilité : la victime doit prouver l'usurpation (plainte, relevés bancaires, témoignages). Quant aux professionnels (banques, commerçants) : ils ont une obligation de vérifier l'identité, pour tout contrat, leur négligence peut engager leur responsabilité. Protection par le Code monétaire et financier et le Code civil. Remboursement : la banque doit rembourser les paiements frauduleux (art. L. 133-18 Code monétaire et financier), sous réserve d'agir dans un délai (généralement 13 mois pour les cartes bancaires). Annulation des contrats : les contrats souscrits frauduleusement peuvent être annulés pour vice de consentement (art. 1130 Code civil). Recours juridiques : plainte pénale. L'usurpation d'identité est un délit (art. 226-4-1 Code pénal), puni jusqu'à 1 an de prison et 15 000 euros d'amende. Contestation : la victime peut contester les prélèvements non autorisés auprès de sa banque ou des créanciers. Démarches pratiques : déposer plainte (commissariat/gendarmerie ou en ligne) ; signaler l'usurpation aux banques, opérateurs et sites marchands (avec copie de la plainte) ; contester les prélèvements par courrier recommandé et demander leur rétrocession ; mettre en œuvre par une déclaration de sinistre tout contrat d'assurance souscrit pouvant s'appliquer au litige ; saisir la Cnil si des données personnelles ont été utilisées.

Quelle est la responsabilité du professionnel (ici, l'opérateur ou la boutique) lorsque les vérifications d'identité ont manifestement été insuffisantes ou inexistantes ?

En France, si un professionnel ne vérifie pas correctement l'identité d'un client lors d'un contrat (compte, abonnement, service réglementé), sa responsabilité peut être engagée, juridiquement et financièrement sous deux axes principaux. Responsabilité civile : le professionnel peut être fautif s'il ne respecte pas son obligation de vérification. Il peut devoir rembourser ou indemniser le client ou une tierce victime (ex. fraude bancaire). Responsabilité pénale : dans certains secteurs, l'absence de vérification d'identité peut constituer une infraction pénale (fraude, blanchiment, usurpation d'identité), notamment si le professionnel a été négligent ou complice. L'article 226-4-1 du Code pénal sanctionne le fait de ne pas vérifier l'identité d'un client dans les cas prévus par la loi (ex. pour les opérateurs de téléphonie ou les établissements financiers ou les ventes d'armes).

Quels risques encourt l'auteur de l'usurpation d'identité et de la fraude, notamment lorsqu'il s'agit d'un salarié ou d'un intermédiaire commercial (sanctions pénales, civiles, disciplinaires) ?

En droit français, l'usurpation d'identité et les faits de fraude exposent leurs auteurs à un large éventail de sanctions, pouvant être pénales, civiles et disciplinaires. Ces sanctions sont cumulables et peuvent s'appliquer simultanément, sous réserve de l'appréciation souveraine des juridictions compétentes. La sévérité des réponses judiciaires est souvent renforcée lorsque l'auteur des faits est salarié ou intermédiaire commercial, notamment en raison d'un abus de confiance, d'une violation des obligations professionnelles ou d'un abus de fonction. Sur le plan pénal, l'usurpation d'identité, définie à l'article 226-4-1 du Code pénal, est punie jusqu'à un an d'emprisonnement et 15 000 euros d'amende, y compris en l'absence de préjudice financier avéré. À cette infraction peuvent s'ajouter plusieurs qualifications connexes. L'escroquerie (article 313-1) est passible de cinq ans d'emprisonnement et 375 000 euros d'amende, tout comme l'abus de confiance (article 314-1), une incrimination particulièrement fréquente lorsque les faits sont commis par un salarié. Les faits de faux et usage de faux (article 441-1) sont quant à eux sanctionnés de trois ans de prison et 45 000 euros d'amende, peines pouvant être portées à cinq ans et 75 000 euros lorsqu'ils sont commis dans un cadre professionnel. Les sanctions pénales peuvent encore être aggravées en présence de circonstances telles que l'abus de fonction, l'intervention en bande organisée ou la vulnérabilité des victimes. Indépendamment des poursuites pénales, les auteurs de ces agissements s'exposent à des sanctions civiles, sur le fondement de l'article 1240 du Code civil. Les juridictions peuvent ainsi ordonner le versement de dommages et intérêts destinés à réparer les préjudices financiers, moraux ou réputationnels subis par la victime, ainsi que le remboursement des sommes détournées. Lorsqu'un salarié ou un intermédiaire est en cause, sa responsabilité personnelle peut être engagée en cas de faute intentionnelle, entraînant notamment la résiliation du contrat, la perte de commissions ou d'avantages professionnels. Enfin, des sanctions disciplinaires peuvent venir compléter ce dispositif. Pour les salariés, les faits peuvent constituer une faute grave ou lourde, justifiant un licenciement immédiat et la perte des indemnités afférentes. Les intermédiaires commerciaux s'exposent, pour leur part, à la résiliation de leur contrat, à une exclusion professionnelle, voire à un signalement aux autorités compétentes.

Que peut faire un consommateur si, malgré un dépôt de plainte et des justificatifs, l'entreprise tarde à reconnaître la fraude ou à rembourser, et qu'une procédure de recouvrement est engagée ?

Le consommateur doit, sans autre délai, relancer l'entreprise par écrit par une lettre recommandée avec accusé de réception (LRAR) : en rappelant les faits, en joignant toutes preuves (plainte, justificatifs), en exigeant un remboursement sous 15 jours et en mentionnant que la procédure de recouvrement est abusive. Puis, il peut saisir le médiateur de la consommation si l'entreprise nationale a un médiateur, pour trouver une solution à l'amiable. Pour les litiges inférieurs à 5 000 euros, il peut saisir le conciliateur de justice de sa commune, par une procédure gratuite, son rôle consiste à faciliter le règlement amiable de certains litiges civils du quotidien. Ensuite, il peut s'opposer à la procédure de recouvrement s'il l'estime infondée en demandant un justificatif détaillé de la dette et exiger l'arrêt des poursuites. Enfin, si rien ne fonctionne, il peut, avec la représentation d'un avocat, saisir le tribunal judiciaire pour demander l'annulation de la dette et des dommages et intérêts. Le concours de l'aide juridictionnelle peut être acquise au consommateur, sous des critères de ressources, vous dispensant totalement ou partiellement des frais d'avocat, pour vos frais de procédure.

Édition spéciale :
Rétro 2025

Revivez toute l'actualité marquante de la Martinique

Voir la boutique

Suivez l'info en temps réel
sur l'appli France-Guyane!

Télécharger