Condamné en son absence à 25 ans de réclusion pour un meurtre commis en 2004, Gérard Javinde a cette fois comparu devant la cour d'assises. Il a été acquitté ce mercredi matin. Pour la défense, l'accusation ne reposait que sur la rumeur publique.
Le dimanche 14 mars 2004, vers 3 h 45, le corps d'un homme était retrouvé sur un terrain vague du village Saramaca de Kourou, entre la rue du Suriname et celle du Maroni (lire ici). La victime, âgée de 29 ans, Denis Anakaba, avait reçu onze coups avec une arme blanche. À l'issue de deux jours de débats devant la cour d'assises, l'avocat de la partie civile, Me Émile Tshéfu, et l'avocat général ont l'intime conviction que l'auteur de ce meurtre est Gérard Javinde. Juste avant la découverte du corps, il était intervenu dans un bar clandestin lorsque la victime avait giflé sa soeur... « Nous sommes du côté de la souffrance. Pas pour la vengeance mais pour comprendre » , souligne Me Tshéfu, qui regrette que l'accusé n'ait pas commencé « son travail d'amendement » en reconnaissant les faits. Pour l'avocat, « personne d'autre » n'avait de raisons de commettre ce meurtre. Une culpabilité marquée par sa fuite et son changement répété de versions...
RUMEUR PUBLIQUE
« Le temps a un effet sur la mémoire et c'est rarement bénéfique » , constate l'avocat général, soulignant les dix années qui se sont écoulées depuis les faits et les huit années de cavale de l'accusé. Elle reprend les témoignages qui parlent de la course-poursuite à la sortie du bar « entre deux personnes, pas trois. Il n'y a que 102 mètres entre le bar et le lieu où a été trouvé le corps » .
Pour elle, l'intention de donner la mort est confirmée par les onze coups de couteau. Neuf dans les parties vitales, dont deux mortels par la perforation des poumons. « Un contexte de vengeance » . Une peine de dix-huit ans de réclusion criminelle, dont 12 de sûreté, est requise assortie d'une interdiction du territoire national.
Du côté de la défense, Me Fabienne Landry estime que tout le dossier ne repose que sur la rumeur publique : « C'est le téléphone arabe! Mais personne n'a vu l'auteur du meurtre de Denis Anakaba! » Et si Gérard Javinde, âgé de 22 ans, a pris la fuite, « c'est que la rumeur le désignait comme le meurtrier. Il craignait pour sa vie » . Et de rappeler que pendant l'audition de sa soeur, des membres de la famille de la victime avaient saccagé son domicile, l'obligeant, sur recommandation des gendarmes, de quitter Kourou par peur de représailles. L'avocate souligne « l'absence d'investigations au départ de l'enquête. Elle s'est contentée de la rumeur accusant mon client » . Elle s'interroge aussi sur le refus de la soeur de Gérard Javinde de venir témoigner devant la cour.
Les débats se sont poursuivis dans le secret de la salle des délibérations jusqu'à une heure avancée de la soirée. Le verdict a été rendu ce mercredi matin : Gérard Javinde a été acquitté du meurtre de Denis Anakaba.
• Retour sur le verdict dans notre prochaine édition
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