Les valeurs coutumières contre la récidive
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Les valeurs coutumières contre la récidive

Daniel SAINT-JEAN
Les autorités coutumières (Antoine Lamoraille et le capitaine Johannes Baya) en discussion avec un jeune mineur (visage flouté) en réinsertion (DR)
Les autorités coutumières (Antoine Lamoraille et le capitaine Johannes Baya) en discussion avec un jeune mineur (visage flouté) en réinsertion (DR)

Le projet de loi sur la prévention de la récidive, loi Taubira, sera débattu à l'Assemblée nationale à partir de mardi. Un sujet au coeur des préoccupations de l'association saint-laurentaise Mama Bobi, qui lutte, entre autres, contre le fléau des mules.

Depuis près d'une dizaine d'années, le phénomène des « mules » à Saint-Laurent interpelle les autorités coutumières et les responsables éducatifs de Mama Bobi. Cette association défend l'idée que « la démarche interculturelle offre un modèle social de gestion de notre diversité culturelle ouverte sur l'avenir » . Elle oeuvre depuis dix ans à la réinsertion des jeunes sortant de détention, avec une implication des autorités coutumières.
Les débats qui vont débuter mardi devant l'assemblée nationale, concernant la prévention de la récidive, intéressent les membres fondateurs de l'association : Antoine Aouegui Lamoraille, le capitaine Baya Johannes Baya et Papa G. « Mama Bobi propose un accompagnement des jeunes en encourageant une transmission des valeurs plus traditionnelles » , souligne le directeur du centre, Marc Perroud.
Un accompagnement par le témoignage d'anciennes mules et aussi en jetant les bases d'une insertion par l'autogestion de pépinières, la gestion forestière ou l'entretien d'espaces verts. La connaissance et la culture des plantes aromatiques et médicinales de Guyane sont d'ailleurs une des missions de Mama Bobi.
EN DIX ANS, DEUX RÉCIDIVES POUR 40 PRISES EN CHARGE
Une de ces structures de formation en horticulture, à Saint-Laurent, est La Casa Luigi (lire ci-contre). Quatre jeunes y vivent de six mois à un an. « C'est un espace d'écoute et d'accueil. Ce pavillon permet l'hébergement d'urgence pour des jeunes adultes en errance » , poursuit Marc Perroud, avant de souligner que « l'entrée se fait par cooptation. C'est important pour la vie communautaire » .
Papa G précise que « cette démarche doit s'intégrer dans le cadre républicain pour faire de ces jeunes des citoyens. Elle doit aussi prendre en compte les familles afin de prévenir la récidive intrafamiliale » . L'association a constaté que, dans une allée de Saint-Laurent, les seize foyers avaient subi la pression des dealers. « Ils posent 1 000 euros sur la table pour discuter. Puis, reviennent avec 1 kilo de gros raisins qu'ils font avaler au jeune (un test pour les ovules, ndlr). Il faut stigmatiser l'ignorance et la connivence qui sont complices du passage à l'acte. » « En dix ans, quarante familles ont été concernées par ce programme de solidarité et d'émancipation sociale. Il n'y a eu que deux récidives! » , affirme Marc Perroud. Une action menée par cette association que connaît bien la Garde des Sceaux, Christiane Taubira, qui a souvent rencontré les fondateurs de Mama Bobi. Elle est encore venue leur rendre visite l'année passée.
« La prison te fait devenir plus dangereux au fond de ton coeur »
L'aîné des quatre jeunes colocataires de La Casa Luigi (de dos) avec le directeur du centre Marc Perroud (DSJ)
L'aîné des quatre jeunes colocataires de La Casa Luigi (de dos) avec le directeur du centre Marc Perroud (DSJ)
Quatre jeunes, de 18 à 27 ans discutent sur la terrasse d'un pavillon. Ce sont les colocataires de La Casa Luigi, qui gèrent la pépinière des lieux. « À la sortie de prison, on ne peut pas rentrer comme cela dans la famille. On a besoin de se poser, de revoir le monde, faire nos démarches dans le calme et avoir accès à une formation » , déclare l'aîné du groupe. « J'ai entendu parler de l'association et de cette structure en détention. La prison, elle fait devenir plus doux, mais au plus profond de son coeur, plus dangereux! Et à la sortie, on n'a pas trop envie d'être harcelé, on ne parle pas beaucoup » , poursuit-il.
Aussi, cette structure d'accueil lui permet de « laisser les problèmes à l'extérieur » et d'envisager son avenir au travers de discussions avec les autorités coutumières et les responsables éducatifs.
C'est pour lui une façon de rebondir, une chance pour un nouveau départ et une occasion de se responsabiliser par la formation. Sur ce dernier point, Papa G aime à dire que « s'occuper des plantes est une bonne façon. Si on ne les arrose pas, elles meurent! »

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