Les Brésiliens d’Albina rapatriés
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Les Brésiliens d’Albina rapatriés

T. F. & P. R.

Suite aux émeutes de la nuit de Noël, près d’une centaine de ressortissants brésiliens installés à Albina ont été évacués vers Paramaribo et attendent d’être rapatriés à Belém dans un avion de l’armée de l’air brésilienne.

« Il n’y a quasiment plus de Brésiliens à Albina. » Quelques pas dans les rues de la ville frontière ont suffi à une jeune femme, de retour à Saint-Laurent après un séjour d’une semaine à Paramaribo, pour dresser ce constat. Après la nuit d’émeutes, de violences et de pillages qui a secoué Albina, les ressortissants brésiliens à circuler dans les rues sont rares. Principalement parce que plus d’une centaine d’entre eux a été évacuée vers la capitale surinamaise. Relogés dans des hôtels, ces habitants attendent désormais d’être rapatriés au Brésil, à Belém, dans un avion de l’armée de l’air spécialement mis en place par les autorités brésiliennes. Mais tous n’ont pas souhaité partir.

Parmi les onze personnes qui ont été admises à l’hôpital de Saint-Laurent, plusieurs ont émis le souhait de retourner à Albina. Notamment pour y retrouver des membres de leur famille dont elles n’ont pas de nouvelles depuis la nuit de Noël. Hier, il ne restait plus qu’un seul habitant d’Albina d’origine brésilienne à occuper un lit du Centre hospitalier de l’ouest guyanais (Chog). Un homme d’une cinquantaine d’années qui souffre de plusieurs fractures et doit subir une intervention chirurgicale.

Depuis hier, un calme relatif s’est installé dans les rues d’Albina. Principalement en raison d’une présence policière et militaire renforcée.

Jointe au téléphone, Ana Beltrame, consule du Brésil en Guyane, n’a, elle, pour l’instant pas reçu de demande de rapatriement. Elle prévoit néanmoins de louer un autobus afin d’affréter les ressortissants brésiliens qui le souhaiteraient de Saint-Laurent jusqu’à l’Oyapock. Elle était à Saint-Laurent, dimanche, afin d’y rencontrer ses compatriotes hospitalisés.

Pour ce qui est des chiffres, la consule réfute les deux morts brésiliens. « Selon les sources officielles, on ne dénombre aucun mort du côté brésilien ». Elle poursuit : « On entend parler de cadavres jetés dans le fleuve par la police… Je ne pense pas que cela soit faisable. Quant aux femmes violées, aucune plainte n’a été déposée, ce ne sont que des on-dit ».

Pour Ana Beltrame, les émeutes qui ont touché Albina s’expliquent essentiellement par le fait que « les orpailleurs n’ont pas de compte en banque et gardent tout leur argent sur eux. À partir de là, ils deviennent des proies faciles, surtout les jours de fêtes, lorsqu’ils vendent tout leur or et se mettent à boire… »
 
 
« J’ai été étonné par l’attaque »
 
Un Brésilien qui vit en Guyane depuis dix-huit ans témoigne de ce qui s’est passé sur le site du journal brésilien Folha Online.

Il vit à Cayenne depuis dix-huit ans. Aujourd’hui âgé de 62 ans, Rubens Cardoso, propriétaire d’une petite entreprise, se rend régulièrement au Suriname. Joint dimanche par téléphone par Folha Online, version web de l’un des plus importants quotidiens brésiliens Folha de São Paulo, il témoigne de la violence de l’attaque. « J’ai été étonné par l’attaque. La dernière fois que j’ai été à Albina, je pensais que la situation était sous contrôle. Jamais je n’aurais imaginé qu’arriverait une telle chose ».

Le bilan est encore difficile à estimer, l’ambassadeur du Brésil au Suriname, José Luiz Machado e Costa, n’ayant pas encore confirmé la mort de ressortissants brésiliens. Neuf personnes ont toutefois été hospitalisées à Saint-Laurent, dont la femme enceinte qui a perdu son bébé. Il a également affirmé qu’il y avait eu vingt-cinq blessés, dont sept grièvement.

Si Rubens Cardoso était loin de pouvoir imaginer qu’un tel drame pouvait survenir, il avait toutefois ressenti une atmosphère tendue, voire une franche hostilité à l’égard de ses compatriotes et des étrangers en général. « Chaque fois que je passe par Albina, je sens que c’est dangereux. La population locale harcèle les Brésiliens. Par exemple, quand on négocie la traversée du fleuve avec les piroguiers, on sent qu’il y a une grande méfiance à l’égard des étrangers ». Mais il tient à préciser que la situation à Albina est particulière : « Il s’agit de Brésiliens en situation illégale, il ne faut pas faire d’amalgame ».

De même, cette tension est due au fait que ces garimpeiros ont dû, selon lui « s’installer du côté surinamais en raison de la répression intense menée en Guyane française (contre eux, ndlr). Albina est devenue une base des garimpeiros, comme Oïapoque ». Mais il précise que la tension qu’il ressent outre-Maroni n’a rien de comparable avec la situation des Brésiliens en Guyane. Bien au contraire : « La situation est là-bas (au Suriname, ndlr) bien plus critique qu’ici. À Paramaribo, il y a beaucoup de prostitution et de drogue. Personne n’a le courage de se balader seul, tout le monde est toujours en groupe. En Guyane, la situation est très différente, nous sommes bien intégrés, sans aucun problème avec la population locale ».

Traduction : Isabelle LEROUGE
 
 
 
Repère
 
Côté tourisme. Les hôtels de Paramaribo, tout comme l’office de Tourisme n’ont relevé aucune crainte de la part des touristes qui séjournent actuellement dans la capitale. Les structures hôtelières sont actuellement pleines, ou presque, comme chaque année à cette période. Seule une Guesthouse a noté que certains de leurs clients préféraient raccourcir leur séjour pour rentrer chez eux. Leur clientèle est pour l’essentiel constituée de Guyaniens, de Hollandais, et de Guyanais.
 
EN +
Ci-dessous, une vidéo du site brésilien Globo.com montre l'arrivée des rapatriés à Belem. Les témoins, présentés comme des "survivants", parlent de "nuit de terreur". Certains Brésiliens auraient "fuit à la nage", et des cadavres auraient été "jetés à l'eau" racontent encore les témoins dans cette vidéo :
 

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