Le mystère de l'assassinat d'Amazile Montet
France-Antilles Téléchargez l'application France-Guyane Installer

La radio 100% Caraïbes
CAYENNE

Le mystère de l'assassinat d'Amazile Montet

Sébastien ROSELÉ
(crédits DR & GoogleMaps)
(crédits DR & GoogleMaps)

Seize mois que la sexagénaire a été retrouvée morte sur une plage et pas le début d'une piste. Deux de ses enfants racontent.

Amazile Montet devait avoir un rendez-vous très particulier le soir qui a précédé sa mort. Celui dont on ne parle pas à son fils avec lequel on vit pourtant. Ce genre de rendez-vous qui vous impose des précautions inhabituelles. Amazile Montet a été retrouvée morte sur la plage de Montabo le lendemain matin, samedi 15 décembre 2012. Cela fait seize mois. Seize mois et toujours pas l'ombre d'un début de commencement de piste. Revenons à la veille au soir. Sans rien dire à personne, Amazile Montet a caché des objets de valeur.
Sabrina a 35 ans. Elle est un des six enfants de la victime. Fonctionnaire de police, elle vit en région parisienne. Elle développe : « Mon frère a retrouvé caché dans ses affaires à lui l'alliance de ma mère et environ 1 000 euros en liquide. » À l'autre bout du téléphone, la jeune femme marque une pause, et poursuit. « C'est comme si elle savait qu'il allait lui arriver quelque chose. » Plus tard, elle ajoute que sa mère a laissé « ses clés et ses papiers (avant de partir), ce qu'elle ne fait jamais! »
La femme a quitté la maison du lotissement des Sorossis, qui donne sur la route de Montabo, vendredi 14, la veille de son décès. Elle s'était d'abord rendue au marché de Cayenne, puis à la Poste, raconte son fils Olivier, 31 ans, le seul des six enfants de la défunte à être resté en Guyane. Ils vivaient ensemble, elle avec son mari, décédé en mars 2012, lui, le fils, avec sa compagne et leur fils. Amazile est revenue de la Poste vendredi matin. « Ma copine, poursuit le fils, devait conduire notre enfant à l'école. Elle en a profité pour déposer ma mère à l'arrêt de bus en face des Impôts. » Depuis ce moment, plus personne n'a eu de nouvelles de la défunte.
Amazile Montet en 2002 (ci-contre) et l'endroit où son corps a été retrouvé (point B). (crédits DR & GoogleMaps)
Amazile Montet en 2002 (ci-contre) et l'endroit où son corps a été retrouvé (point B). (crédits DR & GoogleMaps)
« ELLE VIVAIT SIMPLEMENT »
Née en Haïti dans les années quarante, Amazile Montet avait 66 ans. « Elle travaillait tout le temps » , explique d'emblée son fils Olivier. Sabrina poursuit : « Elle était commerçante, elle faisait le marché deux fois par semaine. Elle vendait du prêt-à-porter. » Elle faisait aussi le ménage deux fois par semaine dans une famille. Il lui restait encore un mois avant d'être à la retraite. La sexagénaire courageuse « vivait simplement, dit sa fille Sabrina. Elle ne possédait pas grand-chose » .
Juste après le décès, la famille a reçu des drôles de coups de fils et des visites étonnantes. Des personnes jusqu'ici inconnues venaient réclamer des dettes que la mère aurait contractées. « On a appris, confirme Olivier Montet, que ma mère devait beaucoup d'argent à beaucoup de personnes. J'ai remboursé une partie. » Sabrina a suivi tout ça à distance, depuis l'Hexagone. Évidemment, que tous ces urubus inconnus viennent tournoyer ne lui a pas plu. « J'ai dit à mon frère que si ma mère leur devait de l'argent, ils n'avaient qu'à aller au commissariat. » Une femme a « harcelé » la famille, réclamant 6 000 euros. « On lui a donné la moitié. Et depuis, on n'a plus eu aucune nouvelle » , ponctue Sabrina. « Peut-être qu'elle devait des sous à quelqu'un et qu'il l'a tuée » , se risque Olivier.
Pour Sabrina, il faudrait plutôt inverser la logique. Sa mère ne devait pas de l'argent. Non. Mais on lui en devait. « Elle vendait beaucoup à crédit. » Elle pense aussi que sa mère était rackettée.
FAIRE CROIRE À UN SUICIDE
Samedi 15 décembre 2012, au matin. Toute la nuit, dans sa voiture, Olivier a cherché sa mère partout : à l'église qu'elle fréquente, à l'hôpital, à la morgue... Il a appelé sa soeur Sabrina pour la prévenir et lui demander conseil. Et puis, alors qu'il a appris la terrible nouvelle. « J'ai pleuré devant le commissariat. » La commerçante a été retrouvée nue, uniquement vêtue d'un soutien-gorge, sur une plage à un kilomètre de chez elle. « Peut-être que les meurtriers l'ont dévêtue pour faire croire à un suicide. Je pense aussi qu'ils ont voulu faire disparaître le corps » , suppose Sabrina.
L'autopsie a révélé que la Cayennaise avait reçu beaucoup de coups. « Elle en a reçu plusieurs sur le corps, dont un, fatal, à la mâchoire. Il a été porté avec quelque chose comme une batte de base-ball » , détaille la fille de la victime.
Les funérailles ont été organisées le 29 décembre 2012 dans l'Hexagone, en secret. Seule la famille était là. « Je n'avais pas envie que les personnes qui avaient fait ça (le meurtre) y assistent » , raconte la fille policière. Olivier se souvient d'avoir pris l'avion le 26 décembre après « beaucoup d'interrogatoires de la police » .
Les deux enfants d'Amazile Montet restent avec leurs doutes et leurs hypothèses. Olivier s'étonne que sa mère, qui « avait peur de l'eau » et qui « n'allait jamais à la plage » , y ait péri. Sabrina est surprise de tous ces témoignages disant qu'Amazile Montet était à la Crique à 21 heures, route de Montabo à 18 heures ou à 20 heures. « Elle ne sortait pas quand il faisait nuit. »
 
Un dossier très mal géré depuis le début
Dès le début, l'enquête du meurtre d'Amazile Montet a été mal gérée. Premier problème : comme l'enquête piétinait, que les éventuels témoins ne parlaient pas, le parquet a décidé de co-saisir les enquêteurs du commissariat de Cayenne et la police judiciaire. Ces deux services ont beau appartenir à la police nationale, ils ne savent pas travailler ensemble. Du coup, les deux services enquêteurs ne se parlaient pas et ne s'échangeaient pas les informations. Le procureur, lui qui souhaitait gagner en efficacité en saisissant deux unités, a dû être surpris. Il a même du taper du poing sur la table pour faire avancer les choses. Pendant cette période, il a aussi été envisagé de confier le dossier aux gendarmes...
Ensuite, le procureur a tardé à ouvrir une information judiciaire. Confier la direction d'enquête à un juge d'instruction aurait permis beaucoup de souplesse, notamment pour placer des suspects sur écoute, faire des perquisitions, interpeller des personnes, etc. Cette information judiciaire pour meurtre a finalement été ouverte le 15 mars 2013, soit trois mois exactement après le décès d'Amazile Montet.
Troisième souci. La commission rogatoire a été envoyée très tardivement : en fin d'année 2013. Ce document, rédigé par le juge d'instruction, lui permet de désigner le service d'investigation de son choix pour lui demander d'enquêter sur un crime ou un délit. Ce qui signifie que depuis le 15 mars, personne n'enquêtait sur le meurtre d'Amazile Montet.
Dernière difficulté : une des trois juges d'instruction du tribunal de Cayenne est tombée gravement malade. Ses deux collègues se sont réparti les dossiers qu'elle avait dans son cabinet. Mais seules les affaires où il y a des personnes placées en détention provisoire sont traitées en priorité. Ce qui se comprend. Pendant ce temps, pourtant, l'affaire Amazile Montet est de nouveau mise de côté.
S.R.

Édition spéciale :
Rétro 2025

Revivez toute l'actualité marquante de la Martinique

Voir la boutique

Suivez l'info en temps réel
sur l'appli France-Guyane!

Télécharger