« Je croyais qu'ils allaient me tuer et me jeter à l'eau »
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MATOURY

« Je croyais qu'ils allaient me tuer et me jeter à l'eau »

Bernard DORDONNE
C'est à ce carrefour, à quelques mètres de la scierie du Larivot (Matoury), que Stéphane s'est fait sauvagement agresser et enlever (BD)
C'est à ce carrefour, à quelques mètres de la scierie du Larivot (Matoury), que Stéphane s'est fait sauvagement agresser et enlever (BD)

Un homme de 35 ans a été victime d'une tentative d'extorsion de fonds dans la nuit de lundi à mardi, au carrefour derrière la scierie du Larivot. Fusil sur la tempe, son calvaire a duré près de trois heures. Trois des auteurs ont été placés en garde à vue.

Victime d'une extorsion de fond, dans la nuit de lundi à mardi, Stéphane (1) raconte son calvaire. « Je ne sais pas pourquoi ils n'ont pas tiré sur moi mais je croyais qu'ils allaient me buter et me jeter du pont du Larivot » , confie la victime en allumant sa énième cigarette.
Âgé de 35 ans, Stéphane est un bon gaillard, costaud. Arrivé en Guyane il y a un peu plus de deux ans, il travaille dans une société du bâtiment située dans la zone industrielle de Collery. « Ils ont gardé ma carte bancaire et ont menacé de s'en prendre à ma famille, vous comprenez mon angoisse » , explique-t-il, avant d'ajouter : « J'ai envie de mettre en garde toutes les personnes qui circulent seules en voiture le soir après 21 heures. »
DU SIMPLE ACCROCHAGE À L'ENLÈVEMENT
Le calvaire de Stéphane commence lundi soir vers 22 heures. En sortant du travail, il se rend à Family Plaza pour dîner. En rentrant chez lui, un scooter percute le rétroviseur côté chauffeur de son véhicule au niveau du carrefour à quelques mètres de la scierie du Larivot.
Stéphane descend de sa voiture pour constater les dégâts, lorsqu'il voit surgir trois autres individus à bord de scooters. L'homme avec lequel il a eu l'altercation se montre menaçant dès le début de l'échange : « Il faut payer un scooter! »
« Ce n'est pas comme ça que les choses se passent, je vais appeler la police et on va faire un constat » , rétorque Stéphane.
Le seul fait d'évoquer le mot « police » , ont fait les motocyclistes voir rouge. L'un des agresseurs a sorti un revolver Beretta calibre 9, un autre a brandi un pistolet à impulsion électrique (Taser) et le troisième a montré son couteau. Munis de cet arsenal de guerre, ils tabassent l'homme.
ÉLECTROCUTÉ DEVANT LE DISTRIBUTEUR
Stéphane vide ses poches pour leur montrer qu'il n'a pas d'argent. Les agresseurs récupèrent sa carte bancaire, puis l'obligent à rentrer dans la voiture : direction le distributeur automatique de billets implanté dans la station service de la deux fois deux-voies, juste à côté.
« Devant le distributeur, ils m'ont électrocuté plusieurs fois avec le taser. J'ai fait mon code, le bon dès le départ, mais je ne pouvais pas enlever de l'argent car j'avais dépassé le montant du prélèvement autorisé. Ils m'ont fait refaire l'opération trois fois et c'était toujours le même message. À chaque opération, je prenais une série de coups de poing » , ajoute la victime, la voix tremblante.
Si Stéphane a cru que son cauchemar était terminé après l'épisode du distributeur, les minutes qui ont suivi la tentative d'extorsion ont été bien plus terribles sur le plan moral.
CONDUIT AU FOND DE LA FORÊT
« Ils ont pris la direction de Macouria. J'avais un fusil sur la tempe pendant le trajet. Quand j'ai vu le pont du Larivot, j'ai cru qu'ils allaient me tuer et me jeter à l'eau. J'ai eu très peur. Ils ont dépassé le pont et sont rentrés dans la forêt. »
Sans aucune maison à des centaines de mètres aux alentours, les malfrats ont interrogé la victime sur sa famille et sur son lieu de résidence. « Si tu ne nous donnes pas d'argent, on tue tes enfants et ta femme! » Pour montrer leur détermination, les auteurs ont entrecoupé chacune de leurs menaces de nombreux coups.
TABASSÉ, UN AUTOMOBILISTE LUI PORTE SECOURS
Voyant qu'ils ne pouvaient rien tirer de leur otage, ils l'ont lâché au rond-point des Maringouins, tout en lui recommandant de ne rien dire à personne.
En larmes sur le bord de la route, Stéphane a eu la chance de rencontrer un automobiliste qui a répondu à ses gestes de détresse. Il était un peu plus d'une heure du matin lorsque la victime est arrivée au commissariat de Cayenne, qui a alerté les gendarmes de Matoury, compétents dans la zone où s'est déroulée l'agression (lire ci-contre).
(1) Prénom d'emprunt choisi par la victime qui préfère garder l'anonymat.
Trois individus déjà interpellés
Hier matin, les fins limiers de la brigade de recherche de la compagnie de gendarmerie de Matoury, en charge de l'enquête, ont interpellé trois des quatre malfrats recherchés dans le cadre de l'enquête pour extorsion de fonds sous la menace d'une arme.
La voiture de location de la victime a été retrouvée à Matour y, avec l'un des agresseurs au volant. Les experts en police technique et scientifique ont passé au crible le véhicule à la recherche d'empreintes et d'éléments pouvant confondre les auteurs de l'agression.
C'est soulagé, et moins anxieux, que la victime a tenu à saluer l'efficacité des enquêteurs de la brigade qui a identifié très tôt les principaux auteurs de son agression.
Hier, le parquet a prolongé la garde à vue des individus interpellés. Ils devront être déférés, demain, devant le magistrat.

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