Interdit d'embarquer à Félix-Eboué, un chanteur de Trinidad-et-Tobago obtient gain de cause
L'exécution de l'arrêté préfectoral qui visait le chanteur dancehall Kman 6ixx et trois de ses proches a été suspendue, sur décision du tribunal administratif de la Guyane. La préfecture est condamnée à verser une somme de 900 euros à chacun des quatre requérants.
Sur YouTube, les clips de Kashif Sankar, alias Kman 6ixx, cumulent près de 25 millions de vues. Avec environ 91 000 auditeurs par mois sur la plateforme Spotify, le rappeur trinidadien est un artiste de renommée internationale. En Guyane depuis la mi-novembre avec sa compagne, un ami et un autre musicien avec lequel il se produit sur scène, l'artiste livrait un showcase le 30 novembre au Drink's à Cayenne. Depuis le 3 décembre, les quatre individus étaient visés par un arrêté préfectoral leur interdisant d'embarquer à bord d'un avion pendant cinq jours.
Mardi dernier, le rappeur se rendait à l'aéroport Félix-Eboué pour rejoindre Paris, où il devait se produire trois jours plus tard. En compagnie de ses proches, Kashif Sankar a fait l'objet d'un contrôle mené dans le cadre des opérations de lutte contre le trafic de stupéfiants entre la Guyane et l'Hexagone. À l'issue du contrôle, les autorités ont estimé que le rappeur tenait des réponses incohérentes sur l'objet de sa présence sur le territoire, ainsi que sur les modalités de réservation et de paiement de son voyage.
Autre motif avancé par la préfecture, l'absence de photos pour établir la bonne tenue du showcase le samedi 30 novembre. Au cours de l'audience du vendredi 6 décembre, le représentant du préfet de la Guyane avançait que le nom de Kman 6ixx n'était pas indiqué sur l'affiche promotionnelle de l'évènement.
"[...] Le préfet de la Guyane a estimé que les éléments recueillis suffisaient pour révéler une forte probabilité de transport par M. Sankar de produits stupéfiants [...]", peut-on lire dans la décision du tribunal administratif du samedi 7 décembre. Le préfet ajoute dans ses écritures que le groupe de quatre personnes était accompagné par ZT Elsinky, défavorablement connu des forces de police - mais jamais condamné -, et qui aurait payé leur trajet pour Paris.
Les quatre individus, par l'intermédiaire de leur représentant Maître Khiter, ont déposé une requête enregistrée le 5 décembre au tribunal administratif pour demander la suspension de l'arrêté. Par ailleurs, les requérants réclamaient que la somme de 2000 euros leur soit versée "en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative".
"On est sur un niveau stratosphérique de bêtise. Les allégations de la préfecture sont fallacieuses, péremptoires, fausses", s'indignait vendredi maître Khiter, avant la publication des ordonnances du juge des référés. "Même si on obtient une suspension de l'arrêté, les concerts que les musiciens devaient donner ne pourront pas avoir lieu. Qu'il s'agisse de Garou ou de deux jeunes artistes du Trinidad, ils doivent être protégés par les mêmes textes", poursuit-il, dénonçant l'irrégularité du 100% contrôle à l'aéroport Félix Eboué.
Dans la décision de justice administrative publiée le samedi 7 décembre, le juge des référés a estimé qu'aucun élément probant ne pouvait révéler un transport de drogue de la part des quatre requérants. "[...] Le préfet de la Guyane, en prenant l'arrêté litigieux, a porté une atteinte grave et manifestement illégale à liberté d'aller et venir de M. Sankar [...]", explique la décision. Le juge des référés a ordonné la suspension de l'arrêté préfectoral, et a condamné l'Etat à verser 900 euros à l'ensemble des requérants.
"Les requérants saluent évidement les décisions qui condamnent la préfecture de Guyane", réagit Maître Khiter. "Néanmoins, le préjudice est constitué, des recours indemnitaires seront formés. Il est intolérable que le résident guyanais, l’artiste de passage ou encore le visiteur soient discriminés de la sorte", poursuit-il. Avant de conclure : "Pour voyager entre la Guyane et Paris personne ne devrait avoir à justifier de quoi que ce soit. Cette pratique qui viole nos libertés individuelles doit cesser."
Ce n'est pas la première fois que le nom de Kman 6ixx défraye la chronique. En février 2024, Kashif Sankar était accusé par la Haute Cour de justice trinidadienne d'être membre du gang Sixx. Il avait été également inculpé pour détention de munitions avec sa compagne, selon le média trinidadien AZP news. Les deux individus avaient alors été libérés sous caution de 40 000 et 10 000 dollars.
Ces derniers mois, il avait été interdit de se produire ou s'était vu refuser l'entrée dans plusieurs îles des Caraïbes : en février à Saint-Kitts-et-Nevis, à Antigua en août ou encore en Dominique en septembre dernier.
Contactée par mail vendredi en fin d'après-midi, la préfecture n'a pour le moment pas donné suite à nos sollicitations. De son côté, le parquet a déclaré ne pas vouloir communiquer sur les dossiers en cours.

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