LA COMPOSITION DE LA PATROUILLE ÉTAIT-ELLE PERTINENTE ?
Deux femmes fonctionnaires de police et un adjoint de sécurité âgé de 22 ans entré sous contrat dans la police en 2011. Était-ce suffisant et pertinent de composer ainsi une patrouille de police secours qui intervient sur tout et n'importe quoi ? « C'est une question machiste, persifle le directeur de la police de Cayenne, Olivier Le Cardinal. Un gardien de la paix, qu'il soit homme ou femme, ça ne change rien. » Tous les policiers interrogés se rangent à cet avis. Mais certains se plaignent d'un manque criant d'effectifs. La nuit du drame, il n'y avait que deux patrouilles de police-secours et deux patrouilles de la Bac pour une ville de 60 000 habitants et de 23 km2. Quant au jeune adjoint de sécurité (ADS), un policier lâche, en colère : « On les envoie au casse-pipe pour 1 100 euros par mois! » POURQUOI AUTANT DE CARTOUCHES TIRÉES ?
Ce sont au moins onze cartouches qui ont été tirées par une femme gardien de la paix et l'ADS. Sept auraient atteint Carlos Batista Da Silva. L'autopsie a été pratiquée hier mais les conclusions n'étaient pas connues au moment où nous mettions sous presse. Pour Olivier Le Cardinal, les policiers ont tiré une première fois. « En tombant au sol, l'homme a continué à braquer les fonctionnaires. Il y a eu quatre tirs de riposte au lieu d'un seul. » Car, selon une autre source, les deux policiers tireurs étaient de part et d'autre du véhicule de police sans savoir que le ou la collègue tirait de son côté. Y AVAIT-IL VRAIMENT LÉGITIME DÉFENSE ?
Ni le commissaire de Cayenne ni le procureur ne veulent se prononcer. « Si on fait une enquête, commente le magistrat Ivan Auriel, c'est pour justement déterminer si c'était le cas ou non. » En demandant si les policiers étaient visés, on n'obtient pas davantage de réponse. Ivan Auriel : « On va attendre que l'enquête se déroule. Autrement, il n'y a pas d'intérêt d'en faire une. » Selon le procureur, le défunt avait sur lui « un vrai pistolet » et pas un pistolet à grenaille mais il n'était pas chargé. Ça, les policiers ne pouvaient pas le savoir. QUI ÉTAIT LE DÉFUNT ?
Selon le président de l'Olympique de Cayenne Albert Darnal, sur sa page Face-book (lire ci-dessous), Carlos Batista Da Silva était licencié au club de foot et il était père d'un enfant de 7 ans. Selon la police, il était connu pour des affaires de stupéfiants. Le procureur confirme qu'il a été condamné par la justice mais refuse de dire quand et pour quel motif. QUE VONT DEVENIR LES DEUX POLICIERS QUI ONT TIRÉ ?
« Pour l'instant, ils sont au repos, explique le commissaire Le Cardinal. Ils sont choqués par ce qui est arrivé. Après, on verra. C'est l'enquête qui le dira. » Le procureur rapporte de son côté que « on ne peut pas faire de restriction (quant à la présence des policiers sur la voie publique) si les personnes ne sont pas sous contrôle judiciaire » . Or, là, les deux policiers sont libres et ne sont pas poursuivis pour le moment. QUE VA DEVENIR LE BAR CLANDESTIN AMARAL ?
« On ne peut pas fermer quelque chose qui n'a pas d'existence légale » , analyse le commissaire. Même son de cloche du procureur. Le premier ajoute qu'une procédure judiciaire a été ouverte contre l'établissement. Pour le magistrat, cela relève du préfet de décider de fermer l'établissement. (1) Lire nos éditions de mardi et d'hier. Les indépendantistes s'en mêlent
Dans un communiqué daté de mardi, le Front uni de lutte anticolonialiste (Fulac) réagit avec virulence au décès du trentenaire, piste Tarzan. Le parti dénonce « la montée en puissance d'une politique néolibérale ultra-sécuritaire menée contre les laissés-pour-compte et stigmatisant une partie du peuple guyanais orchestrée par le pouvoir colonial » . Et le Fulac de mettre en garde « quant aux dérives raciales qui pourraient découler de ces événements et entraîner progressivement la Guyane vers un Rwanda sud-américain » (sic). De son côté, Albert Darnal, l'ancien secrétaire général de l'UTG et président de l'Olympique de Cayenne, sur sa page Facebook, publie un long billet titré « J'accuse » consultable par tous. Selon lui, les policiers ont tiré « sans sommation » . « À aucun moment Careca (le surnom du défunt) n'a sorti un revolver ni ne l'a brandi vers les forces de l'ordre. »
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